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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107819

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107819

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantMARTIN-PIGEON MARINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2021, M. B A, représenté par Me Martin-Pigeon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mai 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, lui a interdit de retourner sur le territoire pendant deux ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

Sur le refus de titre séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'une incompétence ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît le droit au respect de sa vie privée et familiale.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 25 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Jimenez, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 17 mai 1987, a déposé une demande de carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle le 13 octobre 2020. Par un arrêté en date du 10 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, lui a interdit de de retourner sur le territoire pendant deux ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission. Le requérant demande l'annulation de l'arrêté.

Sur le refus de titre séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté du 22 février 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 24 février 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme D C, attachée d'administration de l'Etat en charge des refus de séjour et des interventions, en ce qui concerne notamment les arrêtés portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. La décision de refus de séjour attaquée vise les textes dont elle fait application, notamment les dispositions et stipulations applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle comporte également les considérations de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée. La décision d'obligation de quitter le territoire français, qui fait suite à un refus de titre de séjour et a ainsi pour fondement les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet, conformément à l'article L. 613-1 du même code, d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre, qui est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Le préfet a considéré que M. A ne pouvait être regardé comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 23 mai 2019 alors qu'il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'une mesure d'éloignement non exécutée aurait pour effet d'interrompre les années de résidence habituelle d'un ressortissant étranger en situation irrégulière. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait pris des décisions différentes s'il n'avait pas commis cette erreur dans la mesure où le requérant n'établit pas résider habituellement et continuellement sur le territoire français depuis 2014 comme il l'allègue. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation du requérant doit être écarté.

5. Aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. A est employé en contrat à durée indéterminé depuis le 1er novembre 2018 par un restaurant. Il produit à ce titre 28 bulletins de salaire caractérisant un temps partiel entre novembre 2018 et avril 2019 et entre octobre 2019 et juin 2020, et un temps plein entre mai et septembre 2019 et entre juillet 2020 et mars 2021. D'autre part, si M. A soutient résider en France depuis octobre 2014, il ne justifie pas de sa présence entre août 2017 et février 2018, de sorte qu'il ne peut être regardé comme résidant habituellement en France que depuis mars 2018. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. A est sans charge de famille et que son épouse réside toujours au Bangladesh. Dès lors que M. A ne justifie ni d'une insertion professionnelle effective ni d'une véritable ancienneté de séjour ni de la présence de liens personnels et familiaux en France, il ne saurait se prévaloir utilement de motifs exceptionnels pour prétendre à une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

6. Le requérant soutient que les décisions litigieuses méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation. Aux termes des stipulations de cet article : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. " Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui ne peut être regardé comme résidant habituellement en France que depuis mars 2018, est sans charge de famille et que son épouse réside toujours au Bangladesh. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, de tels moyens ne peuvent qu'être écartés.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. Le requérant soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une insuffisance de motivation. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément. En l'espèce, la décision fait mention de la durée de la présence du requérant sur le territoire français, de la nature, de l'ancienneté de ses liens avec la France et de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée, en date du 23 mai 2019. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision est entachée d'une insuffisance de motivation. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Le requérant soutient que l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale. Eu égard aux motifs développés aux points 5 et 6, de tels moyens ne peuvent qu'être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation de l'arrêté du 10 mai 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

La présidente-rapporteure,

J. Jimenez

Le premier assesseur,

D. Charageat

La greffière,

S. Saibi

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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