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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107823

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107823

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107823
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantCALVO PARDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2021, M. C A, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

Sur le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français :

- les décisions sont entachées d'une erreur de droit en ce que le préfet a estimé qu'il ne pouvait se prévaloir d'une présence sur le territoire français antérieure à la notification d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée ;

- les décisions sont entachées d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- les décisions méconnaissent l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour :

- il n'a jamais reçu notification d'une précédente mesure d'éloignement en date du 1er décembre 2014 ;

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- son droit à être entendu a été méconnu.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 18 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 25 décembre 1988, a déposé une demande de carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour le 17 mai 2016. Par un arrêté en date du 30 mars 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant deux ans et l'a informé qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur version applicable au litige : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7. "

3. Pour refuser sa demande, le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré, d'une part, que les trente-et-une fiches de paie présentées ne suffisaient pas à justifier d'une insertion professionnelle effective et suffisamment stable ni de perspective réelle d'embauche et, d'autre part, que M. A n'avait pas obtenu d'autorisation de travail pour exercer une activité salariée. Or, il ressort des pièces du dossier que M. A exerçait une activité professionnelle depuis septembre 2015, ainsi qu'en attestent les soixante-trois fiches de paie qu'il produit. M. A a ainsi travaillé au sein de la société ALJ de septembre 2015 à mars 2017 en qualité de peintre, à temps plein puis à mi-temps à partir d'avril 2016. Ensuite, il a occupé le même poste, à temps plein, de janvier 2018 à février 2019 au sein de la société PSH puis au sein de la société DOZ de février à mai 2019. Depuis octobre 2019, il est embauché en tant que maçon au sein de la société VMC à temps partiel. Il complète ce temps partiel avec un emploi à temps plein en tant que peintre au sein de la société AQUADIM. Le requérant produit également dix fiches de paie postérieures à l'arrêté pour justifier de la continuité de son emploi dans la société AQUADIM. Ainsi, depuis 2015, M. A a justifié d'une réelle insertion professionnelle en tant qu'ouvrier dans le bâtiment. De plus, le requérant justifie, par les pièces nombreuses, diverses et suffisamment probantes qu'il verse au dossier, de sa présence habituelle et continue sur le sol français depuis 2011. Ces éléments suffisent à le regarder comme justifiant de motifs exceptionnels pour prétendre à une admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation par la délivrance d'un titre de séjour en application de l'article L.313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 30 mars 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique que le préfet de la Seine-Saint-Denis procède sans délai à l'effacement du signalement de M. A dans le système d'information Schengen et lui délivre un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente décision.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date 30 mars 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer un titre de séjour à M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder sans délai à l'effacement du signalement de M. A dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

J. B

Le premier assesseur,

D. Charageat

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2107823

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