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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107829

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107829

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantPLACE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 juin 2021, M. B A, représenté par Me Place, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé sa demande de renouvellement de carte de séjour temporaire et de changement de statut, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié ", dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, assorti d'une astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, assorti d'une astreinte de 50 euros par jour de retard et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Le requérant soutient que :

Sur le refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait en ce que le préfet indique qu'aucun nouveau contrat de travail n'a été produit au soutien de sa demande ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'un défaut de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requête est tardive et par suite, irrecevable.

Par une ordonnance du 17 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 1er novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique,

- le rapport de Mme Jimenez, présidente ;

- les observations de Me Rapoport substituant Me Place, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 29 juin 1991, de nationalité nigérienne, est entré en France le 22 août 2012 sous couvert d'un visa de long séjour " étudiant ". Il a obtenu plusieurs titres de séjour en qualité d'étudiant. Le 12 septembre 2019, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et un changement de statut. Par un arrêté du 21 janvier 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes du I de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devenu notamment l'article L. 614-4, dans sa rédaction applicable : " L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 3°, 5°, 7° ou 8° du I de l'article L. 511-1 ou sur le fondement de l'article L. 511-3-1 et qui dispose du délai de départ volontaire mentionné au premier alinéa du II de l'article L. 511-1 ou au sixième alinéa de l'article L. 511-3-1 peut, dans le délai de trente jours suivant sa notification, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision mentionnant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ou d'interdiction de circulation sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant ()". Aux termes du premier alinéa du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative, dans sa version applicable : " Conformément aux dispositions du I de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application des 3°, 5°, 7° ou 8° du I de l'article L. 511-1 ou de l'article L. 511-3-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ".

3. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a adressé l'arrêté du 21 janvier 2021 par lettre recommandée avec accusé de réception au 18 rue de Romainville à Montreuil, alors qu'il produit lui-même une attestation du requérant certifiant qu'il réside 124 rue Hoche à Montreuil. Ce pli a été retourné à l'expéditeur le 30 janvier 2021, " pour cause de boîte aux lettre non identifiable " selon les termes de la société La Poste. Il a ainsi été envoyé à une adresse erronée, alors que le préfet disposait de la véritable adresse de M. A, et ne peut donc être regardé comme ayant été régulièrement notifié. Par suite, le délai de recours de trente jours prévu par les dispositions précitées n'était pas expiré le 8 juin 2021, date d'introduction de la demande d'annulation de l'arrêté attaqué. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : / 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié ". () La carte de séjour prévue aux 1° ou 2° du présent article est délivrée, sans que lui soit opposable la situation de l'emploi, à l'étudiant étranger qui, ayant obtenu un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national, souhaite exercer un emploi salarié et présente un contrat de travail, à durée indéterminée ou à durée déterminée, en relation avec sa formation et assorti d'une rémunération supérieure à un seuil déterminé par décret et modulé, le cas échéant, selon le niveau de diplôme concerné ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ".

5. Pour refuser de renouveler la carte de séjour temporaire de M. A, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que la société Bloom Innovation, qui a été contactée par mail le 29 mai 2020, a confirmé que l'intéressé ne faisait pas partie de ses effectifs et que M. A n'avait produit aucun nouveau contrat de travail dans le cadre de sa demande. Or, le requérant fait valoir, sans être contredit, qu'il n'a jamais présenté de demande d'autorisation de travail pour la société Bloom Innovation, mais qu'il a signé un contrat de travail à durée indéterminée avec la société Time Force pour un poste de développeur CRM, rémunéré à hauteur de 36 000 euros annuels brut, et que cette société a adressé à la préfecture tous les éléments utiles à l'examen de sa demande d'autorisation de travail. Il produit à ce titre le contrat de travail en date du 17 janvier 2020 et une demande d'autorisation de travail en date du 21 février 2020. Dès lors, en n'ayant pas examiné la demande d'autorisation de travail soutenue par la société Time Force et le contrat de travail associé, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'un défaut d'examen.

6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté 21 janvier 2021 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le motif d'annulation retenu par le jugement implique seulement que le préfet de la Seine-Saint-Denis réexamine la situation de M. A au regard du séjour. Il y a donc lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à M. A sans délai une autorisation provisoire de séjour. En revanche, le surplus des conclusions à fin d'injonction et la demande de prononcé d'une astreinte doivent être rejetés.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761 1 du code de justice administrative :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser au requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 21 janvier 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification de la présente décision et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine Saint Denis.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

J. Jimenez

Le premier assesseur,

D. Charageat

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2107829

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