mardi 21 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2108211 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | LADAOUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 juin 2021, la société par actions simplifiée Compagnie Hôtelière de Gestion (SAS CHG), représentée par Me Ladaoui, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Noisy-le-Grand à lui verser, en réparation des préjudices subis, à titre principal en raison des fautes commises dans le cadre de l'opération de restructuration du quartier Mont d'Est et à titre subsidiaire en raison de sa responsabilité pour rupture d'égalité devant les charges publiques, la somme de 1 232 522,51 euros, à parfaire et assortie des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de cette commune la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La SAS CHG soutient que :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
- la commune de Noisy-le-Grand l'a menacée, comme l'ont été les propriétaires-bailleurs, d'une procédure d'expropriation qui n'a jamais été mise en œuvre ;
- elle a pratiqué une politique de menaces et d'intimidations des différents bailleurs et copropriétaires des appartements des résidences Noisy 1 et Noisy 2 afin de les inciter à vendre à bas prix ;
- elle a organisé, en collusion avec l'Etat, la diminution des nuitées du Samu social qui constituent son chiffre d'affaires exclusif.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute pour rupture d'égalité devant les charges publiques :
- le " processus de restructuration " du quartier Mont d'Est a conduit à la suppression des nuitées du Samu social et donc à la privation de ses ressources financières ;
- le " processus de restructuration " du quartier Mont d'Est a réduit la valeur locative et foncière des lots de copropriété et conduit les copropriétaires à vendre ces lots à bas prix.
En ce qui concerne les préjudices subis :
- elle a subi un préjudice lié à la perte de son chiffre d'affaires, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 254 894 euros ;
- elle a subi un préjudice lié à la perte de la valeur de son fonds de commerce, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 887 708,40 euros ;
- elle a subi un préjudice lié à la perte de la valeur de son lot de copropriété, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 37 866,86 euros ;
- elle a subi un préjudice moral, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2023, la commune de Noisy-le-Grand, représentée par Me Grand d'Esnon, conclut au rejet de la requête et demande le versement de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Noisy-le-Grand fait valoir qu'aucun des moyens que contient la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 6 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
21 décembre suivant.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;
- et les observations de Me Lescanne, substituant Me Grand d'Esnon, représentant la commune de Noisy-le-Grand.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS CHG est une société de gestion immobilière qui possède, au moyen de baux consentis par les copropriétaires, la jouissance de l'ensemble des lots de copropriété des résidences hôtelières Noisy 1 et Noisy 2 implantées sur l'esplanade de la commune dans le quartier Mont d'Est à Noisy-le-Grand ainsi qu'un appartement dans la résidence Noisy 2. Ces résidences sont exploitées en partenariat avec le Samu social, pourvoyeur de clientèle quasi-exclusif. La commune de Noisy-le-Grand a, ainsi qu'elle l'indique dans l'un de ses courriers adressé à la société requérante, engagé une réflexion sur la restructuration de ce quartier en avril 2014 qui a abouti, concernant les résidences Noisy 1 et Noisy 2, à un projet d'acquisition de ces bâtiments aux fins de les détruire et construire de nouveaux bâtiments à usage d'hôtels, de commerce et de bureaux. La SAS CHG avait été approchée par la commune de Noisy-le-Grand dès mai 2013 et une proposition d'acquisition amiable lui a été faite en mars 2015, proposition à laquelle elle n'a pas donné suite. La SAS CHG demande au tribunal de condamner la commune de Noisy-le-Grand à lui verser, en réparation des préjudices subis, à titre principal en raison des fautes commises dans le cadre de l'opération de restructuration du quartier Mont d'Est et à titre subsidiaire en raison de sa responsabilité pour rupture d'égalité devant les charges publiques, la somme de 254 894 euros pour la perte de son chiffre d'affaires, celle de 887 708,40 euros pour la perte de valeur de son fonds de commerce, celle de 36 866, 86 euros pour la perte de valeur de son lot de copropriété et celle de 50 000 euros pour son préjudice moral.
I- Sur les conclusions indemnitaires :
I.A- En ce qui concerne la responsabilité pour faute :
I.A.1- S'agissant des pressions exercées par la commune de Noisy-le-Grand sur la société requérante et sur les autres copropriétaires :
2. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la commune de Noisy-le-Grand a envoyé à la SAS CHG un premier courrier daté du 2 mars 2015, par lequel elle lui fait une offre d'acquisition amiable sous réserve de validation par le conseil municipal et mentionne que le vote sur la déclaration d'utilité publique relative à la restructuration du quartier Mont d'Est doit être soumis à ce conseil municipal en juin 2015. Par un second courrier adressé à la société requérante le 12 décembre 2016, la commune de Noisy-le-Grand l'informe qu'elle lui fera une nouvelle proposition d'acquisition amiable mais que si les négociations ne pouvaient pas aboutir, elle sera dans l'obligation d'engager une procédure de déclaration d'utilité publique en vue d'une expropriation. Ce faisant, en se bornant à rappeler à la SAS CHG, après lui avoir fait une proposition d'acquisition amiable, la possibilité qui lui reste ouverte de recourir, en cas d'échec et à une échéance qui n'est pas immédiate, à une procédure d'expropriation, la commune n'a exercé aucune pression sur la société requérante et n'a ainsi pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité.
3. En second lieu, il résulte de l'instruction que la commune de Noisy-le-Grand a envoyé le 7 novembre 2017 aux copropriétaires des résidences Noisy 1 et Noisy 2, dont la société requérante, un courrier leur indiquant que ces résidences ont été détournées de leur fonction initiale de résidences de tourisme pour être transformées en résidences d'hébergement social, que l'Etat envisage de réduire de deux cents le nombre de nuitées réservées par le Samu social dans ces résidences et leur conseillant de céder leurs lots de copropriété. Ce faisant, en donnant à ces copropriétaires des informations, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elles seraient erronées, cette commune, qui s'est bornée à leur conseiller de vendre, n'a exercé aucune pression sur eux et n'a ainsi pas commis de faute de nature à engager sa responsabilité. Il en va de même du courrier en date du 3 avril 2018, par lequel la commune de Noisy-le-Grand a adressé à un copropriétaire, qui n'est au demeurant pas la société requérante, en réponse à une demande de proposition d'offre de sa part, des informations similaires pour justifier le montant de cette offre.
I.A.2- S'agissant de l'organisation de la diminution des nuitées du Samu social par la commune de Noisy-le-Grand en collusion avec l'Etat :
4. Il ne résulte pas de l'instruction, et notamment pas du courrier en date du
7 novembre 2017 déjà mentionné au point 3 et signalant que la commune de Noisy-le-Grand travaille avec l'Etat sur la question du détournement des résidences Noisy 1 et Noisy 2 de leur fonction initiale de résidence de tourisme en résidence d'hébergement social, qu'il y aurait eu une collusion entre cette commune et les services de l'Etat visant à diminuer le nombre de nuitées réservées par le Samu social dans ces résidences et ainsi faire baisser le chiffre d'affaires de la société requérante afin de la forcer à vendre.
I.B- En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
5. En premier lieu, la responsabilité de la puissance publique peut se trouver engagée, même sans faute, sur le fondement du principe d'égalité des citoyens devant les charges publiques, lorsqu'une mesure légalement prise a pour effet d'entraîner, au détriment d'une personne physique ou morale, un préjudice grave et spécial, qui ne peut être regardé comme une charge lui incombant normalement.
6. En l'espèce, la SAS CHG se borne à soutenir que le " processus de restructuration " du quartier Mont d'Est est de nature à engager la responsabilité pour rupture d'égalité devant les charges publiques de la commune de Noisy-le-Grand alors qu'il ne résulte pas de l'instruction, ni du reste n'est soutenu par la société requérante, que cette opération de restructuration aurait donné lieu à une quelconque décision de la part de cette commune.
7. En deuxième lieu, en admettant qu'en utilisant l'expression " processus de restructuration ", la SAS CHG ait entendu soutenir que la responsabilité de la commune de Noisy-le-Grand pour rupture d'égalité devant les charges publiques devait être engagée en raison de dommages permanents causés par des travaux publics, il ne résulte pas non plus de l'instruction, ni du reste n'est soutenu par la société requérante, que l'opération de restructuration du quartier Mont d'Est aurait donné lieu à des travaux.
8. En troisième et dernier lieu, en admettant qu'en utilisant cette expression de " processus de restructuration ", la SAS CHG, qui cite une jurisprudence en ce sens, ait entendu soutenir que la responsabilité pour rupture d'égalité devant les charges publiques de la commune de Noisy-le-Grand doit être engagée en raison de la longueur excessive de la phase administrative de cette opération de restructuration, non seulement elle n'en fixe pas les dates de début et de fin mais en outre, en admettant que l'on considère que cette phase administrative a débuté en avril 2014 dès lors qu'il résulte de l'instruction, notamment d'un courrier adressé à la société requérante, que la commune a commencé à engager une réflexion sur la restructuration du quartier Mont d'Est à partir de ce mois, la durée de cette phase administrative, en admettant également qu'elle ne soit pas achevée à la date de la présente décision, n'apparaîtrait pas excessive eu égard à la complexité de l'opération concernant un quartier entier et à la résistance à laquelle s'est heurtée l'administration, notamment de la part de la société requérante, laquelle n'a jamais donné suite à la proposition d'acquisition amiable qui lui a été faite en mars 2015.
I.C- En ce qui concerne les préjudices :
9. En l'absence de faute de la commune de Noisy-le-Grand, et dès lors qu'il n'y a pas lieu d'engager sa responsabilité pour rupture d'égalité devant les charges publiques, les conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
II- Sur les intérêts :
10. Ces conclusions ne peuvent qu'être rejetées en conséquence du rejet des conclusions indemnitaires.
III- Sur les frais liés au litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Noisy-le-Grand, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS CHG réclame au titre des frais liés au litige. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SAS CHG le versement d'une somme de 1 500 euros à la commune de Noisy-le-Grand, au titre des mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SAS CHG est rejetée.
Article 2 : La SAS CHG versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la commune de Noisy-le-Grand, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Compagnie Hôtelière de Gestion et à la commune de Noisy-le-Grand.
Délibéré après l'audience du 7 mai 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Truilhé, président,
- M. L'hôte, premier conseiller,
- Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024.
Le rapporteur,Le président,F. L'hôteJ.-C. TruilhéLa greffière,A. Capelle
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026