jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2108360 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | MELIODON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 juin 2021, Mme G E épouse D, Mme C D, Mme H F, M. I D et M. A D, représentés par Me Meliodon, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à verser à l'enfant de M. B D la somme de 30 000 euros et, pour les autres ayants-droits, 15 000 euros chacun, en réparation du préjudice moral subi du fait du suicide de M. B D, survenu alors qu'il était détenu le 10 octobre 2018 à la maison d'arrêt de Villepinte ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens ainsi qu'une somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- l'Etat a manqué à son obligation de vigilance et de surveillance, ce qui est assimilable à de la non-assistance à personne en danger et constitue à minima une faute simple ;
- l'Etat engage sa responsabilité pour faute lourde sur le fondement de l'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire ;
- le fils du défunt est fondé à obtenir la somme de 30 000 euros et les autres ayants-droits la somme de 15 000 euros chacun.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient, à titre principal, qu'aucune faute n'est imputable à l'Etat. A titre subsidiaire, il demande à ce que les préjudices soient ramenés à de plus justes proportions.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'organisation judiciaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caron-Lecoq,
- et les conclusions de M. Terme, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D a été condamné le 24 juillet 2018 à douze mois de prison dont huit avec sursis pour des faits, commis par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, de menace de mort réitérée et violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Il a été écroué le 24 juillet 2018 à la maison d'arrêt de Villepinte. Le 10 octobre 2018 à 7h15, il a été retrouvé, dans sa cellule, décédé suite à pendaison. Par courrier reçu le 19 février 2021, les consorts D ont demandé au garde des sceaux, ministre de la justice, l'indemnisation des préjudices subis. Cette demande ayant été implicitement rejetée, ils demandent au tribunal de condamner l'Etat à les indemniser de leur préjudice moral.
2. Les consorts D ne sauraient utilement se prévaloir devant le juge administratif de la responsabilité de l'Etat pour faute sur le fondement de l'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire.
3. Toutefois, la responsabilité de l'Etat en cas de préjudice matériel ou moral résultant du suicide d'un détenu peut être recherchée pour faute des services pénitentiaires en raison notamment d'un défaut de surveillance ou de vigilance. Une telle faute ne peut toutefois être retenue qu'à la condition qu'il résulte de l'instruction que l'administration n'a pas prise, compte tenu des informations dont elle disposait, en particulier sur les antécédents de l'intéressé, son comportement et son état de santé, les mesures que l'on pouvait raisonnablement attendre de sa part pour prévenir le suicide.
4. Il résulte de l'instruction, particulièrement de la grille d'évaluation du potentiel de dangerosité du 26 juillet 2018 ainsi que de la décision du chef d'établissement du 1er août 2018 pris à la suite de la commission pluridisciplinaire unique du même jour, que M. D n'avait aucun problème de santé et ne présentait aucun risque suicidaire. Les 3 et
17 septembre 2018, il ne s'est pas plus déclaré suicidaire lors de ses auditions autour du thème principal " prévention suicide ". M. D, placé en cellule individuelle en raison de risques d'agression par des co-détenus, a tout de même fait l'objet d'une surveillance spécifique et adaptée qui a été levée le 27 septembre 2018 à la suite des avis du service pénitentiaire d'insertion et de probation et du service médical. Si sa compagne, inquiète de son état psychologique à la suite de leurs échanges au parloir le 9 octobre 2018, a alerté par téléphone le service pénitentiaire de la volonté de M. D de mettre fin à ses jours, ce qui a d'ailleurs été retranscrit dans une " synthèse des observations " produite en défense, il résulte des observations retranscrites par l'agent pénitentiaire dans le document précité que M. D a continué d'être placé en surveillance spécifique et il ressort également des autres pièces, particulièrement du procès-verbal de " transport constatations " du 10 octobre 2018 et du rapport du chef d'établissement pénitentiaire du 11 octobre 2018, que l'intéressé a été reçu en audience par un agent de l'établissement et, s'il a confirmé les propos tenus auprès de sa compagne, a indiqué ne pas vouloir mourir et a accepté la venue d'un imam. Il résulte en outre de la liste des rondes de nuit, produite en défense et non contestée, que le bâtiment " F Est " dans lequel se situait la cellule de M. D a fait l'objet de quatre contrôles le mardi 9 octobre 2018 à 19h57 et 21h58 et le lendemain à 1h45 et 5h59. Dans ces conditions, et eu égard par ailleurs au soutien de sa sœur et de sa compagne qui ont effectivement échangé avec lui au cours de douze parloirs, à ses démarches de réinsertion et à l'inscription de son dossier à la commission d'application des peines pour un éventuel octroi de mesure de libération sous contrainte, ainsi qu'il résulte du courriel de la conseillère pénitentiaire d'insertion et de probation du
4 octobre 2018, le comportement de M. D, dont la fin de peine était fixée dix-sept jours seulement après son suicide, ne pouvait laisser présager un passage à l'acte imminent. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction qu'une négligence fautive des services pénitentiaires aurait été commise, dans la prévention de l'acte suicidaire de M. D.
5. Il résulte de ce qui précède que les consorts D ne sont pas fondés à demander l'engagement de la responsabilité pour faute de l'Etat. Par suite, leurs conclusions à fin d'indemnisation et, par voie de conséquence, leurs conclusions relatives aux dépens et aux frais liés au litige ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des consorts D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E épouse D, à Mme C D, à Mme H F, à M. I D, à M. A D et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
Mme Caron-Lecoq, première conseillère,
M. Breuille, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
La rapporteure,
C. Caron-Lecoq
Le président,
L. GauchardLa greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026