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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2108376

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2108376

mardi 6 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2108376
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantMAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des complémentaires, enregistrées les 21 juin 2021 et 11 juillet 2022, M. A E, représenté par Me Maillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail le temps que le titre lui soit délivré, sous la même astreinte, ou, à défaut, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans l'attente ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à toute autorité compétente de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision de refus de délivrance d'un certificat de résidence :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- méconnaît l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

- méconnaît l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.

La décision fixant le délai de départ volontaire :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 III alinéa 8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par une intervention, enregistrée le 20 septembre 2021, le Comité inter-mouvements auprès des évacués (La CIMADE) demande que le tribunal fasse droit à la requête de M. E.

Elle se prévaut des mêmes moyens que ceux exposés par le requérant et fait également valoir que :

- l'existence d'une mesure d'éloignement non exécutée n'est pas un motif permettant de refuser l'enregistrement d'une demande de titre de séjour ;

- l'interruption de la durée de résidence habituelle en France d'un étranger en raison d'une obligation de quitter le territoire antérieure non exécutée n'est prévue par aucun texte ;

- le requérant justifiant de sa présence habituelle sur le territoire français depuis plus de dx ans, il pouvait bénéficier d'un certificat de résidence de plein droit en vertu de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ; les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur de droit.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 juillet 2022.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de ce que les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens et qu'il y a lieu de substituer à cette base légale celle tirée du pouvoir de régularisation dont dispose toujours l'autorité préfectorale.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mai 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme J,

- les observations de Me Maillard, représentant M. E,

- les observations de Mme C, représentant la CIMADE.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant algérien né le 7 mars 1955, déclare être entré en France en dernier lieu le 20 novembre 2000, sous couvert d'un visa de court séjour, et y avoir résidé depuis cette date. Le 24 mai 2011, il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Le 27 juin 2019, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien en raison de ses attaches personnelles et familiales. Par un arrêté du 21 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'intervention de la CIMADE :

2. La CIMADE, qui intervient au soutien des conclusions de la requête, justifie, eu égard à son objet statutaire et à la nature du litige, d'un intérêt suffisant pour intervenir dans les présentes instances. Son intervention est, par suite, recevable.

Sur décision de refus de certificat de résidence :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-2175 du 2 octobre 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme H G, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B, directrice des migrations et de l'intégration, de M. D, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, et de M. F, chef du bureau de l'éloignement, pour l'ensemble des attributions relevant de ces bureaux et, notamment, les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de titre de séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. L'exigence de motivation n'implique pas que la décision attaquée mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation du requérant. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. E avant de rejeter sa demande de titre séjour.

5. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des stipulations de l'accord franco-algérien, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à un titre de séjour sur le fondement d'une autre stipulation de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, M. E n'établit pas avoir demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ainsi qu'il le soutient, le préfet ayant relevé dans l'arrêté attaqué qu'il avait sollicité la délivrance d'un certificat de résidence au titre de l'admission exceptionnelle au séjour en raison d'attaches familiales, et le préfet n'a pas examiné d'office s'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement. Il ne peut donc utilement se prévaloir de la méconnaissance de stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien précité : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° - Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, où à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. E se prévaut notamment de la circonstance qu'il a effectué une partie de sa scolarité en France et y a notamment obtenu un certificat d'études primaires en 1969 et le brevet d'études du premier cycle en 1972, de sa résidence habituelle et continue en France depuis l'année 2000, et de sa réelle insertion dans la société française. S'il ressort des pièces du dossier qu'il a passé une partie de son enfance en France, il est ensuite retourné vivre en Algérie, son pays de naissance, où il a fondé une famille, et ne justifie être revenu en France que de façon temporaire au cours des années 1981 à 1984 puis en 1989. S'il soutient qu'il est présent de façon continue en France depuis le 20 novembre 2000, les pièces qu'il produit sont insuffisantes pour établir sa résidence habituelle en France au cours des années 2000 à 2010, ainsi que pour les mois de janvier à novembre de l'année 2018, pour lesquels il ne produit que des attestations de droits à la sécurité sociale et courriers à l'assurance maladie ne faisant pas état de soins prodigués au cours de l'année, des courriers de caisses de retraite, l'avis d'imposition sur les revenus de l'année 2017 et une attestation de chargement de forfait Navigo. En outre, alors que le requérant ne justifie pas avoir noué en France des liens d'une particulière intensité, son épouse et ses 7 enfants résident en Algérie selon les mentions non contestées de l'arrêté attaqué, où il n'est donc pas dépourvu d'attaches familiales. S'il souffre d'un cancer rectal décelé au mois d'août 2020, il n'établit pas qu'il ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé en Algérie, et n'a d'ailleurs pas sollicité la délivrance d'un certificat de résidence pour ce motif. Enfin, s'il a travaillé quelques mois en 2015 et 2016, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle récente et a d'ailleurs entamé des démarches pour prendre sa retraite. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc méconnu ni les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, ni celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien.

8. En cinquième lieu, l'article L. 111-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que ce code s'applique " sous réserve des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 susvisé régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. L'accord franco-algérien ne contient aucune disposition équivalente à celle prévue à l'article L. 313-14 permettant d'admettre exceptionnellement au séjour un ressortissant étranger en situation irrégulière. Dès lors, le préfet de Seine-Saint-Denis ne pouvait légalement rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. E en se fondant sur la circonstance que ce dernier ne remplissait pas les conditions mentionnées par les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point, ainsi qu'il a été fait en l'espèce. Si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables aux dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ces stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation. Dans ces conditions, il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation.

10. Compte tenu de la situation de M. E telle que décrite au point 7, le préfet n'a pas entaché décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne prenant pas de mesure de régularisation au bénéfice de l'intéressé dans le cadre de l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose.

11. En sixième lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé, pour refuser le séjour à M. E, sur la circonstance que celui-ci a fait l'objet, le 24 mai 2011, d'une obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas été exécutée, et estimé que l'intéressée " ne saurait se prévaloir d'une présence sur le territoire national en violation de la loi ; qu'ainsi M. () E ne peut être regardé comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de ladite mesure ; qu'au cas d'espèce l'intéressé ne peut donc se prévaloir d'une longue présence habituelle et continue sur le territoire national depuis lors ". Il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire qu'une mesure d'éloignement non exécutée aurait pour effet d'interrompre les années de résidence habituelle d'un ressortissant étranger en situation irrégulière. Si le préfet a ainsi commis une erreur de droit en considérant que les années de résidence de M. E sur le territoire français qui sont antérieures à la date d'exécution d'office de la mesure d'éloignement prononcée le 24 mai 2011 ne pouvaient être prises en compte dans l'appréciation de la durée de présence en France de l'intéressé, il résulte toutefois de l'instruction, en particulier au regard de ce qui a été indiqué au points précédents, et alors que le requérant n'établit pas sa présence habituelle en France pendant la majeure partie de l'année 2018, que le préfet aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur, laquelle s'avère donc sans influence sur la légalité de la décision litigieuse.

12. En septième lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 312-2 du même code : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 ou de délivrer une carte de résident à un étranger mentionné aux articles L. 314-11 et L. 314-12, ainsi que dans le cas prévu à l'article L. 431-3. () ". Aux termes de l'article L. 313-14 du même code : " () L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".

13. D'une part, si l'accord franco-algérien susvisé du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, il n'a pas entendu écarter, sauf stipulations incompatibles expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour, dès lors que les ressortissants algériens se trouvent dans une situation entrant à la fois dans les prévisions de l'accord et dans celles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien prescrivant la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence aux ressortissants algériens justifiant résider régulièrement en France depuis plus de dix ans n'ayant pas d'équivalent dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu de soumettre le cas d'un ressortissant algérien se prévalant de ces dispositions à la commission du titre de séjour en application de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, ainsi qu'il a été dit, M. E n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-1 de cet accord, et le préfet n'a pas examiné d'office sa situation au regard de ces dispositions.

14. D'autre part, la procédure de saisine pour avis de la commission du titre de séjour dans les conditions prévues par l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas davantage applicable aux ressortissants algériens, dès lors qu'ils ne peuvent utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande de titre de séjour.

15. Enfin, M. E ne justifiant pas, ainsi qu'il a été dit, qu'il remplissait les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour de plein droit sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, le préfet n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande présentée sur ce fondement.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

16. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. E n'établit pas que la décision portant refus de délivrance d'un certificat de résidence est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

17. En deuxième lieu, indépendamment de l'énumération donnée par l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une mesure portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français.

18. Le requérant n'établit pas qu'il pourrait bénéficier de plein droit d'un titre de séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco- algérien ainsi qu'il a été dit au point 7 ou sur le fondement de l'article 6-1 du même accord, dès lors qu'il ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, de dix années de résidence habituelle en France ainsi qu'il a été dit au point 7. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet ne pouvait légalement prendre à l'encontre de l'intéressé une décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

19. En troisième et dernier lieu, pour les motifs exposés ci-dessus, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

20. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E justifie d'une situation exceptionnelle imposant qu'un délai de départ supérieur à trente jours lui soit accordé par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Par suite, en limitant à trente jours le délai ouvert à M. E pour quitter le territoire français, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

21. Il résulte de ce qui précède que M. E n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination doit ainsi être écartée.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

22. En premier lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " III. ' L'autorité administrative, par une décision motivée, assortit l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une durée maximale de trois ans à compter de sa notification, lorsque aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger ou lorsque l'étranger n'a pas satisfait à cette obligation dans le délai imparti. () Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence des cas prévus au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. () La durée de l'interdiction de retour mentionnée au premier alinéa du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

23. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Par suite, la requérante ne peut se fonder sur son illégalité à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français.

24. En deuxième lieu, la décision en litige mentionne, en droit, le quatrième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, et précise, en fait, l'examen de la situation de l'intéressé au regard du huitième alinéa de ce même article. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté

25. En troisième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement invoquer le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, et qui implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

26. En l'espèce, M. E, dont la demande de titre de séjour a fait l'objet d'un refus, ne pouvait ignorer qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. Par ailleurs, il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure contestée et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu, tel qu'énoncé au 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, doit être écarté.

27. En quatrième lieu, le requérant ne saurait sérieusement faire valoir que la précédente mesure d'éloignement du 24 mai 2011 qu'il a contestée devant le tribunal administratif de Paris par une requête enregistrée sous le numéro 1111415, ne lui a pas été notifiée. Eu égard à la situation personnelle et familiale de M. E telle qu'exposée au point 5, le préfet n'a ni violé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni fait une inexacte application de sa situation au regard des dispositions précitées du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, ainsi consécutivement que celles tendant au prononcé d'une injonction sous astreinte et celles tendant au paiement d'une somme d'argent en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de la CIMADE est admise.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de

la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

N. J

Le président,

Signé

M. I

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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