lundi 14 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2108410 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | GABORIT RUCKER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 21 juin 2021, 17 mai 2022 et 14 septembre 2022, la société Eiffage Construction, représentée par Me des Cars, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler le titre exécutoire du 24 mars 2021 par lequel le maire du Raincy a mis à sa charge la somme de 355 179,50 euros, ensemble la lettre de relance du 14 juin 2021 que lui a adressée le comptable public de la Trésorerie municipale de Saint-Denis, et de la décharger de l'obligation de payer cette somme ;
2°) à titre subsidiaire, de la décharger de l'obligation de payer la somme de 116 096,50 euros ;
3°) de mettre à la charge de la commune du Raincy la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle justifie d'un intérêt pour agir, dès lors que le titre de recettes lui est adressé ;
- le titre de recettes n'est pas signé et il incombe à la commune de produire une copie du bordereau du titre dûment signé ;
- il est insuffisamment motivé dès lors qu'il est dépourvu d'indication portant sur les bases de liquidation de la créance ;
- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, faute pour la commune de l'avoir mise à même de présenter ses observations écrites ;
- il est entaché d'une erreur de fait s'agissant de l'identification du destinataire ;
- les droits de voirie relatifs à l'opération de rénovation du lycée Albert Schweitzer ne peuvent être mis à sa charge, dès lors qu'elle n'était pas partie au marché public de travaux conclu par la région Ile-de-France pour la rénovation du lycée, et qu'elle n'est pas davantage intervenue dans ces travaux, lesquels ont été réalisés par la société Eiffage Construction Equipements, venant aux droits de la société Pradeau-Morin ;
- l'arrêté du 18 avril 2015, sur lequel la commune s'est fondée pour émettre le titre de recette, et le titre de recette lui-même sont entachés d'illégalité du fait de leur caractère rétroactif ;
- la créance est prescrite en ce qu'elle concerne l'année 2015 et la période qui s'est écoulée entre le 1er janvier et le 24 mars 2016 ;
- la titre de recette méconnaît l'article L. 2125-1 du code général des collectivités territoriales, dès lors que l'occupation du domaine public aurait dû être accordée à titre gratuit pour la réalisation travaux de rénovation d'un lycée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête de la société " Eiffage Construction ".
Il fait valoir que les conclusions dirigées contre la lettre de relance du 14 juin 2021, qui constitue un acte de recouvrement de la créance, sont présentées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 septembre 2021, 29 juillet 2022 et 2 novembre 2022, la commune du Raincy, représentée par Me Savignat, conclut au rejet de la requête de la société Eiffage Construction et à ce que soit mise à sa charge la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la société Eiffage Construction ne justifie pas d'un intérêt à agir contre le titre exécutoire du 24 mars 2021 qui ne la concerne pas ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire, présenté par la société Eiffage Construction et enregistré le 28 novembre 2022, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales,
- le livre des procédures fiscales,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
- les conclusions de Mme Nguër, rapporteure publique,
- les observations de Me des Cars, représentant la société Eiffage Construction,
- et les observations de Me Trub, substituant Me Savignat, représentant la commune du Raincy.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte d'engagement du 9 décembre 2014, la région Ile-de-France a confié à la société " Eiffage Construction Ile-de-France Equipements et Patrimoine Etablissement Pradeau et Morin ", dénommée " Eiffage Construction Equipements ", des travaux de restructuration du lycée Albert Schweitzer du Raincy. Pour la réalisation de ces travaux, la société Eiffage Construction Equipements, dont le siège social est situé au 21 rue Mozart à Clichy, a présenté une demande d'occupation du domaine public pour l'installation d'une benne, en mentionnant toutefois, dans sa demande manuscrite, que sa dénomination était " Eiffage Construction ". Par un arrêté du 18 avril 2015, le maire du Raincy a interdit le stationnement des véhicules, à l'exception de ceux de la société " Eiffage Construction ", sur cinq emplacements de stationnement de la commune, des deux côtés de la voie, du 23 avril 2015 au 16 février 2018. Le 24 mars 2021, le maire du Raincy a émis à l'encontre de la société " Eiffage Construction, 19 21 rue Mozart 92100 Clichy ", un titre exécutoire de 355 179,50 euros correspondant aux redevances dues à raison de l'occupation des cinq emplacements susmentionnés. Une lettre de relance lui a également été adressée le 14 juin 2021. Par la présente requête, la société Eiffage Construction, dont le siège social est situé au 11 place de l'Europe à Vélizy-Villacoublay, demande au tribunal, à titre principal, d'annuler le titre exécutoire du 24 mars 2021 et la lettre de relance du 14 juin 2021 et la décharge de l'obligation de payer la somme de 355 179,50 euros ou, à titre subsidiaire, de la décharger de l'obligation de payer la somme de 116 096,50 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la lettre de relance du 14 juin 2021 :
2. Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction résultant de la loi n° 2017-1775 du 28 décembre 2017 de finance rectificative pour 2017 : " () / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () "
3. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales relève de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances relève de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.
5. Il résulte des termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales que la lettre de relance, qui rappelle au débiteur défaillant son obligation de payer résultant d'un titre exécutoire et l'invite à s'acquitter de sa dette avant l'engagement de poursuites pour son recouvrement forcé, constitue un acte préparatoire d'un acte de poursuite. Elle relève, en vertu des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales et lorsqu'elle concerne une créance non fiscale d'une collectivité territoriale, de la compétence du juge de l'exécution. Il s'ensuit qu'il n'appartient pas aux juridictions administratives de connaître des conclusions de la société requérante tendant à l'annulation de la lettre de relance émise le 14 juin 2021.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune du Raincy :
6. Il est constant que le marché public relatif à la construction du lycée Albert Schweitzer du Raincy a été attribué à la société " Eiffage Construction Ile-de-France Equipements et Patrimoine Etablissement Pradeau et Morin ", désormais dénommée " Eiffage Construction Equipements ", dont le siège social est situé au 19 rue Mozart à Clichy, et que cette société a réalisé les travaux que lui avait confiés la région Ile-de-France. Il est également constant que, pour les besoins de ces travaux, la société Eiffage Construction Equipements a présenté une demande d'occupation du domaine public auprès de la commune du Raincy, en mentionnant toutefois, dans sa demande manuscrite, que sa dénomination était " Eiffage Construction ". Par suite, c'est bien la société Eiffage Construction Equipements que la commune du Raincy a entendu constituer débitrice de la redevance d'occupation du domaine public, la commune ayant d'ailleurs adressé le titre de perception afférent à cette créance au siège social de cette société situé au 19-21 rue Mozart à Clichy. Dans ces conditions, et alors que le titre de perception en litige n'est pas adressé au siège social de la société requérante, lequel se situe à Vélizy-Villacoublay, la seule circonstance que celui-ci mentionne la société " Eiffage Construction ", seule dénomination dont avait connaissance la commune du Raincy, ne suffit pas à considérer que le titre de perception lui était adressé et, par suite, à lui conférer un intérêt pour en demander, en son nom propre, l'annulation. En outre, si la société requérante est présidente de la société Eiffage Construction Equipements, elle a présenté sa requête en son nom propre et non en qualité de représentante légale de cette dernière société.
7. Il résulte de ce qui précède que la fin de non-recevoir opposée par la commune du Raincy doit être accueillie. Par suite, la requête de la société Eiffage Construction doit être rejetée comme irrecevable.
Sur les frais d'instance :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Raincy, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la société Eiffage Construction au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
9. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la société Eiffage Construction une somme de 1 500 euros à verser à la commune du Raincy sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Eiffage Construction est rejetée.
Article 2 : La société Eiffage Construction versera une somme de 1 500 euros à la commune du Raincy au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Eiffage Construction, à la commune du Raincy et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
Mme Tahiri, première conseillère.
Mme Dupuy-Bardot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024.
La rapporteure,
N. Dupuy-Bardot
Le président,
J. Charret
La greffière,
D. Ferreira
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026