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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2108412

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2108412

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2108412
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantKHRIS-FERTIKH HADJAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 19 et 24 juin, 20 décembre 2021 et 5 juillet 2022, Mme B A, représentée par Me Khris-Fertikh, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

- et les observations de Me Khris-Fertikh, représentant Mme A.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante malienne née le 16 août 1997 à Bamako (Mali), est entrée en France le 5 septembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant ". Le 17 juin 2020, elle a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 20 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention " étudiant ". En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée et sous réserve d'une entrée régulière en France. ".

3. Pour refuser de renouveler le titre de séjour " étudiant " de Mme A, le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que celle-ci n'avait fourni aucune justification d'inscription " au titre de l'année 2020-2021 et ne [pouvait] donc plus se prévaloir de la qualité d'étudiant ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A, inscrite en première année de licence au cours de l'année universitaire 2019-2020, a été inscrite en deuxième année de licence pour l'année 2020-2021, comme elle en atteste par la production d'un certificat de scolarité établi le 11 mars 2021, accompagné d'un certificat d'assiduité établi le 28 mai suivant. En outre, Mme A produit la copie d'un courrier électronique adressé le 14 mars 2021 à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, qui en a accusé réception le 15 mars suivant, par lequel elle indique produire son certificat de scolarité de l'année 2020-2021 en réponse à la demande qui lui en a été faite par les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Mme A, au demeurant inscrite pour l'année 2021-2022 en troisième année de licence, établit ainsi n'avoir jamais perdu la qualité d'étudiant depuis son entrée en France le 5 septembre 2019. Par suite, la requérante démontre la réalité de son inscription pour l'année universitaire 2020-2021 et donc, contrairement à ce qu'a estimé le préfet, son statut d'étudiant à la date de la décision attaquée, entachée d'erreur de fait sur ce point.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour doit être annulée, de même, par voie de conséquence, que les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Le présent jugement implique seulement que le préfet de la Seine-Saint-Denis réexamine la demande de Mme A. Il y a lieu d'enjoindre à cette autorité d'agir en ce sens dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa demande, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 20 mai 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis concernant Mme A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation administrative de Mme A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, durant cette période, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 31 août 2022, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

La rapporteure,

Signé

N. Dupuy-Bardot

Le président,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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