mercredi 14 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2108566 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | DE CAUMONT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 juin 2021 et 6 avril 2022,
M. C A, représenté par Me de Caumont, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision " 48 SI " du 23 mars 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul, lui a interdit de conduire et lui a enjoint de restituer son permis, ainsi que l'ensemble des décisions antérieures portant retrait de points à la suite des infractions en date des 5 octobre 2018,
10 novembre 2018, 4 octobre 219, 25 octobre 2019 et 5 décembre 2019, ensemble le rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des retraits de points contestés ;
- la réalité des infractions n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut, d'une part, au non-lieu à statuer partiel sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision " 48 SI " du 23 mars 2021 et contre la décision de retrait de points relative à l'infraction du 5 décembre 2019, et au rejet du surplus des conclusions de la requête.
Il soutient que :
- les mentions relatives à la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du
5 décembre 2019 ont été supprimées, et l'administration doit être regardée comme ayant retiré la décision " 48 SI ", dès lors que le relevé d'information intégral de M. A présente un solde de points positif ;
- les moyens de la requête dirigés contre les autres décisions portant retrait de points ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
La magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme B. Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a commis les 5 octobre 2018, 10 novembre 2018, 4 octobre 2019,
25 octobre 2019 et 5 décembre 2019 des infractions au code de la route ayant entraîné le retrait de l'ensemble des points du capital affecté à son permis de conduire. Par une décision " 48 SI " du 23 mars 2021, le ministre de l'intérieur a récapitulé l'ensemble de ces décisions de retrait de points, a invalidé son permis de conduire et lui a enjoint de le restituer. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cette dernière décision et des décisions portant retrait de points de son permis de conduire, ensemble le rejet de son recours gracieux.
Sur l'exception de non-lieu présentée par le ministre de l'intérieur :
2. Il ressort du relevé d'information intégral du 24 septembre 2021 renseigné par l'officier du ministère public que les mentions relatives à la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 5 décembre 2019 ont été supprimées, et que la décision " 48 SI " contestée n'apparaît plus sur le relevé d'information intégral de M. A, dont le solde de point est positif avec un point sur douze. Dès lors, le ministre doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement retiré, postérieurement à la date d'introduction de la requête, les décisions précitées. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation de ces décisions et du rejet du recours gracieux formé par le requérant en tant qu'il concerne ces décisions, ainsi que celles présentées à fin d'injonction afférentes à ces décisions, sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'absence d'information préalable :
3. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. / Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. / III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.
S'agissant des infractions commises les 5 octobre 2018 et 10 novembre 2018 :
5. Depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par
procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Il en est de même de la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée, qui possède la même valeur probante.
6. Il ressort des mentions du relevé d'information intégral que les infractions du
5 octobre 2018 et 10 novembre 2018 (non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant) ont chacune été constatées par un procès-verbal électronique du même jour, qui sont produits par le ministre à l'instance. Ces procès-verbaux comportent l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et en outre, s'agissant du procès-verbal du
5 octobre 2018, la mention " refus de signer " certifiée par l'agent verbalisateur, et s'agissant du procès-verbal du 10 novembre 2018, la signature de M. A. Par suite, moyen tiré de ce que ce dernier n'aurait pas reçu l'ensemble de l'information prescrite par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté pour ces infractions.
S'agissant de l'infraction commise le 25 octobre 2019 :
7. La seule circonstance que le contrevenant n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes.
8. L'administration produit à l'instance le procès-verbal électronique dressé pour l'infraction commise le 25 octobre 2019, consistant en un non-respect de l'arrêt à un feu rouge fixe ou clignotant, sanctionnée d'un retrait de quatre points. Le procès-verbal ayant été dressé en l'absence du contrevenant, il ne comporte pas sa signature. Toutefois, ainsi qu'il a été écrit au point 6, M. A a été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des infractions de même nature commises les 5 octobre et 10 novembre 2018, un peu moins d'un an auparavant pour la dernière. Dès lors l'omission de l'information, s'agissant du retrait de points contesté, n'a pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de priver le requérant de la garantie instituée par la loi pour lui permettre d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable s'agissant de l'infraction du 25 octobre 2019 doit être écarté.
S'agissant de l'infraction du 4 octobre 2019 :
9. Si l'administration fait valoir que le requérant a bénéficié de l'information préalable obligatoire à l'occasion des précédentes infractions des 5 octobre et 10 novembre 2018, il est constant que ces infractions ne portaient pas sur le même type de fait sanctionnés que lors de l'infraction du 4 octobre 2019, consistant en une circulation sur une bande d'arrêt d'urgence. En conséquence, et alors que cette infraction a donné lieu à une amende forfaitaire majorée dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait été payée, le ministre de l'intérieur n'apporte pas la preuve que M. A avait reçu les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223 3 du code de la route. Dans ces conditions, le moyen doit être accueilli et la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 4 octobre 2019 (trois points) doit être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen soulevé à son encontre.
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de réalité des infractions :
10. Aux termes de l'article L.223-1 du code de la route, " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive ".
11. Le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à considérer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite dans le système national de permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.
12. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier par le ministre que des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée ont été émis à raison des infractions commises les 5 octobre 2018, 10 novembre 2018 et 25 octobre 2019. Le requérant n'établit pas avoir présenté des réclamations dans le délai de trente jours imparti par l'article 530 du code de procédure pénale, qui auraient entraîné l'annulation des amendes forfaitaires correspondant à ces infractions. Par suite, leur réalité étant établie, le moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré trois points sur son permis de conduire à la suite de l'infraction commise le 4 octobre 2019, ainsi que du rejet de son recours gracieux en tant qu'il concerne cette décision.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Si l'annulation contentieuse d'une décision ou de plusieurs décisions de retrait de points implique nécessairement que le ministre de l'intérieur reconnaisse à l'intéressé le bénéfice des points illégalement retirés, le capital de points dont dispose ce dernier doit être recalculé en tenant compte également des retraits de points légalement intervenus à son encontre et le cas échéant, des décisions de retrait ou de reconstitution de points qui n'avaient pu être prises en compte par l'administration aussi longtemps que l'invalidation annulée était exécutoire. Il y a lieu dès lors, d'enjoindre à l'administration de reconnaître à M. A le bénéfice des trois points irrégulièrement retirés et de réexaminer sa situation dans le sens des observations qui précèdent, en en tirant elle-même toutes les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé. Ce réexamen devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Le surplus des conclusions à fin d'injonction doit être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées par
M. A contre la décision " 48 SI " du 23 mars 2021, la décision de retrait de points consécutive à l'infraction du 5 décembre 2019, et le rejet de son recours gracieux en tant qu'il concerne ses décisions, et sur les conclusions à fin d'injonction afférentes.
Article 2 : La décision de retrait de trois points relative à l'infraction commise le 4 octobre 2019, et le rejet du recours gracieux présenté par M. A en tant qu'il concerne cette décision, sont annulés.
Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de reconnaître à M. A le bénéfice des points retirés à la suite de l'infraction mentionnée à l'article 2 ci-dessus, à condition qu'ils n'aient pas déjà été restitués, et, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de réexaminer la situation du requérant pour en tirer les conséquences sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.
La magistrate désignée,
N. B
La greffière,
S. Le Bourdiec
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026