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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2108761

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2108761

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2108761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP LONQUEUE - SAGALOVITSCH - EGLIE-RICHTERS & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juin 2021 et le 22 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Tourniquet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 27 février 2021 par laquelle elle a été classée par Pôle emploi en catégorie 2 niveau d'emplois 2-2 ;

2°) d'annuler la décision du 20 avril 2021 par laquelle elle a été classée en catégorie 2 niveau d'emplois 2-2 et positionnée dans l'emploi " conseiller emploi " et la filière " relation de services " ;

3°) d'enjoindre à Pôle emploi de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de Pôle emploi Ile-de-France une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la légalité de la décision du 27 février 2021 :

- cette décision est entachée d'un défaut de motivation ;

Sur la légalité de la décision du 20 avril 2021 :

- cette décision est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas justifié que son auteur, qui n'est pas identifié ni identifiable, disposait d'une délégation de signature ;

- il appartient à Pôle emploi de produire le compte-rendu de la réunion du 18 avril 2021 pour pouvoir vérifier la composition régulière de la commission paritaire locale ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

Sur les moyens communs aux décisions du 27 février 2021 et du 20 avril 2021 :

- Pôle emploi n'était pas en situation de compétence liée pour procéder à son reclassement en application de l'article 3 du décret du 31 décembre 2003 ;

- elle n'a pas bénéficié de l'entretien individuel de positionnement préalable à son reclassement ;

- son positionnement en catégorie 2 niveau d'emplois 2.2 est entaché d'une " erreur de droit " au regard de sa carrière et la qualité de son investissement professionnel ;

- le décret du 28 janvier 2021, méconnaît le principe d'égalité de traitement entre agents de droit privé et agents de droit public, notamment en ce qu'il ne prévoit pas d'entretien préalable pour ces derniers.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2022, Pôle emploi, représenté par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B contre les deux décisions du 27 février et du 20 avril 2021 sont inopérants dès lors que l'autorité décisionnaire se trouvait en situation de compétence liée et qu'en tout état de cause, les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 juin 2022.

Un mémoire présenté pour Pôle emploi, enregistré le 21 juillet 2022, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n° 2003-1370 du 31 décembre 2003 ;

- le décret n° 2021-81 du 28 janvier 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courneil,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- et les observations de Me Tourniquet, représentant Mme B.

Une note en délibéré, présentée pour Mme B, a été enregistrée le 29 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, agent contractuel de droit public à l'agence Pôle emploi de Vitry-sur-Seine depuis le 1er juin 2007, exerçait les fonctions de " conseiller référent " de niveau d'emploi III. Par deux courriers du directeur général adjoint de Pôle emploi en date des 24 et 27 février 2021, elle a été informée que, conformément au nouveau dispositif de classement des emplois mis en place au 1er février 2021, elle était positionnée au 8ème échelon de la catégorie 2, niveau d'emploi 2.2, et qu'elle était désormais rattachée à l'emploi de " conseillère emploi " du métier " conseil " de la filière " relation de service ". Par un recours en date du 25 mars 2021, l'intéressée a contesté ce positionnement devant la commission consultative paritaire locale, qui a rendu, le 16 avril 2021, un avis défavorable à sa demande. Par une décision n° 210/2021 du 21 avril 2021, le directeur général de Pôle emploi a confirmé le positionnement de Mme B, classée en catégorie 2 niveau d'emploi 2.2, dans l'emploi " conseillère emploi " de la filière " relation de service ". Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation du courrier en date du 27 février 2021 ainsi que la décision du 21 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la situation de compétence liée :

2. Aux termes de l'article 3 du décret du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi, dans sa version en vigueur à compter du 1er février 2021 : " Les agents () sont répartis, en fonction de leur emploi, dans l'une des catégories d'emplois 1, 2, 3 et 4 et dans l'une des trois filières suivantes : relation de service, support et management. / La catégorie d'emplois 1 comporte deux niveaux d'emplois (1.1 et 1.2), les catégories d'emplois 2 et 3 comportent chacune trois niveaux d'emplois (2.1, 2.2, 2.3, 3.1, 3.2 et 3.3) et la catégorie d'emplois 4 comporte un niveau d'emplois (4). / Les filières relation de service et support comportent les catégories d'emplois 1, 2, 3 et 4, la filière management comporte les catégories d'emplois 3 et 4. / Les emplois sont classés dans les différentes catégories d'emplois par décision du directeur général. " Il résulte du tableau de correspondance figurant à l'article 26 du décret du 28 janvier 2021 modifiant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi que les agents contractuels de droit public de Pôle Emploi classés, avant le 1er février 2021, dans le niveau d'emploi III sont reclassés, à cette date, dans le niveau d'emploi 2.2. Aux termes de l'article 27 de ce décret : " Dans le mois qui suit l'entrée en vigueur du présent décret, l'agent se voit notifier son positionnement dans un emploi et une filière du référentiel des métiers de Pôle Emploi. L'agent qui conteste ce rattachement peut saisir la commission paritaire compétente dans un délai d'un mois à compter de la date de la notification. La commission paritaire rend un avis sur la contestation dans un délai d'un mois à compter de sa saisine et peut demander au directeur général la révision du positionnement contesté. Le directeur général notifie à l'agent, dans les quinze jours qui suivent l'avis de la commission paritaire, son positionnement définitif. ".

3. En premier lieu, par un courrier du 27 février 2021, le directeur général de Pôle emploi a informé Mme B de son positionnement en catégorie 2, au niveau 2.2 à l'échelon 08 associé à l'indice 496 à compter du 1er février 2021, par application automatique du tableau de correspondance figurant à l'article 26 du décret du 28 janvier 2021. Le directeur général de Pôle emploi, qui n'a ainsi pas exercé d'appréciation sur la situation individuelle de l'intéressée, se trouvait dans une situation de compétence liée. Par suite, ainsi que le fait valoir Pôle emploi en défense, les moyens dirigés contre le courrier du 27 février 2021, qui ne critiquent pas cette situation de compétence liée, doivent être écartés comme étant inopérants.

4. En second lieu, s'il résulte de l'article 26 du décret du 28 janvier 2021, ainsi qu'il a été dit au point précédent, que le reclassement des agents contractuels de droit public de Pôle emploi procède automatiquement de l'application de cet acte réglementaire à sa date d'entrée en vigueur, il résulte néanmoins des dispositions de l'article 27 de ce décret et de l'article 3 du décret du 31 décembre 2003 que le directeur général de Pôle emploi est amené à prendre définitivement position, sur saisine d'un agent et après avis de la commission paritaire compétente, sur le rattachement de cet agent à un emploi et à une filière du référentiel des métiers de Pôle emploi. Il résulte de ces dispositions que cette procédure a ainsi pour objet de permettre au directeur général de Pôle emploi de porter une appréciation sur les situations individuelles des agents insatisfaits de leur positionnement et, le cas échéant, de le modifier. Par conséquent, Pôle emploi n'est pas fondé à se prévaloir, pour cette seconde décision contestée, d'une situation de compétence liée.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 20 avril 2021 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ". Aux termes de l'article R. 5312-25 du code du travail : " Sous l'autorité du directeur général, le directeur régional ou le directeur d'un établissement créé sur le fondement du 7° de l'article R. 5312-6 anime et contrôle l'activité de Pôle emploi dans la région ou dans le ressort de l'établissement. / Il a autorité sur l'ensemble du personnel affecté à la région ou à l'établissement. / Il peut déléguer sa signature aux personnels placés sous son autorité. ".

6. Mme B soutient que la décision en litige est entachée d'incompétence dès lors qu'il n'est pas justifié que son auteur, qui n'est pas identifié ni identifiable, disposait d'une délégation de signature. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige a été signée pour ordre par M. C, directeur régional adjoint, dont le nom, apposé de manière lisible en lettres manuscrites, permet l'identification de cette personne en dépit de l'absence de mention de sa qualité. D'autre part, par une décision n° 2021-20 du 31 mars 2021, M. C a reçu délégation de signature à l'effet de signer les documents et actes nécessaires à la gestion des ressources humaines de la part de la directrice régionale de Pôle emploi Île-de-France qui, en vertu des dispositions précitées du code du travail, disposait d'un tel pouvoir. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur et du signataire de la décision contestée doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ne ressort ni du décret du 31 décembre 2003 fixant les dispositions applicables aux agents contractuels de droit public de Pôle emploi, ni du décret du 28 janvier 2021, tel que modifié par le décret du 28 janvier 2021, ni de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration que la décision en litige serait au nombre des décisions devant être motivées. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme étant inopérant.

8. En troisième lieu, Mme B, qui se borne à soutenir qu'il appartient à Pôle emploi de produire le procès-verbal de la commission consultative paritaire locale, ne soutient pas, postérieurement à la production d'un tel document par l'administration en défense, que ladite commission aurait été composée de manière irrégulière ou que sa réunion se serait déroulée de manière irrégulière. Par suite, le moyen ne comporte pas des considérations de droit ou de fait suffisamment précises pour en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.

9. En quatrième lieu, si Mme B se prévaut de l'absence d'entretien préalable à son reclassement, il ressort des pièces du dossier qu'une telle formalité a uniquement été prévue à l'endroit des agents de droit privé de Pôle emploi par la convention collection nationale du 21 novembre 2009, telle que modifiée par l'accord du 22 novembre 2017 relatif à la classification des emplois et à la révision de certains articles de la convention. Si la requérante soutient par ailleurs, par voie d'exception, que le décret susvisé du 28 janvier 2021, en ne prévoyant pas un tel entretien, méconnaît le principe d'égalité de traitement entre les agents de droit public et ceux de droit privé, il ne ressort ni d'aucun texte ni d'aucun principe général du droit, l'existence d'un tel principe d'égalité de traitement entre ces deux catégories distinctes d'agents. Par suite, le moyen doit être écarté.

10. En cinquième lieu, conformément à ce qui a été dit au point précédent, Mme B ne peut utilement se prévaloir d'un principe d'égalité de traitement entre agents de droit privé et agents de droit public. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité du décret du 28 janvier 2021 doit être écarté.

11. En sixième et dernier lieu, si Mme B soutient que son positionnement sur l'emploi de " conseillère emploi " méconnaît ses acquis et expériences professionnels, elle se borne à produire une attestation de formation de fin de cycle en recrutement de conseiller en 2006 et à justifier de l'obtention d'une certification " conseiller et accompagner les publics en difficulté " en 2009 et de félicitations de membres d'un jury en 2010, documents, au demeurant relativement anciens, qui ne permettent pas d'établir une inadéquation entre ses précédentes fonctions exercées dans l'emploi de " conseillère référente " et son nouveau positionnement.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais d'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que Pôle emploi, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à Mme B la somme que celle-ci réclame au titre des frais qu'elle y a exposés. Il n'y a pas davantage lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par Pôle Emploi au titre des frais qu'il a exposés.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de Pôle emploi présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à Pôle emploi Île-de-France,

Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

La rapporteure,

L. Courneil

La présidente,

N. Ribeiro-MengoliLa greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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