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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109306

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109306

lundi 2 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109306
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantCABINET DOSÉ LÉVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2021, M. D F, ressortissant algérien représenté par Me Marie Dosé, avocat, demande au tribunal administratif :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence algérien ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans un délai de

15 jours, sous astreinte de 100 € par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté préfectoral attaqué est signé par une personne incompétente ;

- il méconnait les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien et, au surplus, est entaché d'un vice de procédure, le préfet ne lui ayant pas demandé de faire viser son contrat de travail à durée indéterminé par les autorités compétentes en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il méconnait les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien : M. F réside sur le territoire français de façon ininterrompue depuis 2014. Il est intégré au sein de la société française, parle bien le français, ce qui lui a d'ailleurs valu d'être dispensé de formation linguistique par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. M. F apporte sa contribution à la société française en étant créateur d'emploi - sept personnes sont salariés de l'entreprise qu'il a fondée - et en s'acquittant de ses impôts. Ses deux frères, Mouhoub et Sedik F, sont chacun titulaires d'un certificat de résidence algérien de dix ans. Leurs épouses sont respectivement titulaire d'un certificat de résidence et française. Il n'a plus aucun membre de sa famille en Algérie.

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit d'observation en défense.

Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romnicianu, vice-président ;

- et les observations de Me Dosé substitué par Me Velasco pour M. F.

Considérant ce qui suit :

1.M. D F, ressortissant algérien né le 29 décembre 1991 à Alger, est entré en France le 08 août 2014 muni d'un visa touristique valable un mois. Il a bénéficié d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française valide du

12 novembre 2018 au 11 novembre 2019. Le 05 décembre 2019 il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " salarié " (article 7 b de l'accord franco-algérien) ou " vie privée et familiale " (article 6 § 5 de l'accord franco-algérien). Par un arrêté du 08 juin 2021, dont il demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la

Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office de cette mesure.

2.En premier lieu, par un arrêté du 5 mars 2020, publié au recueil des actes administratifs du 6 mars 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. Patrick Lapouze, sous-préfet du Raincy, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ne peut qu'être écarté.

3.En 2ème lieu, aux termes du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du

27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; / () / II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur ".

4.En l'espèce, pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par M. F, qui a fondé sa propre société de bâtiment, GLOBAL ELEC, dont il est le gérant mais également salarié, le préfet s'est fondé sur la circonstance que, à défaut de contrat de travail visé par les autorités compétentes, l'intéressé ne remplit pas les conditions posées par les stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien modifié citées au point précédent. Dans ces circonstances, et dès lors que le requérant ne justifie pas disposer d'un contrat de travail visé par les services compétents valant autorisation de travail, le préfet de la Seine-Saint-Denis pouvait pour ce seul motif lui refuser la délivrance du certificat de résidence sollicité sur le fondement des stipulations du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 citées au point précédent.

5.En outre, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. ". Il résulte de ces dispositions que, s'il estime être saisi d'une demande incomplète, il appartient au préfet d'indiquer au demandeur les pièces manquantes dont la production est indispensable à l'instruction de sa demande.

6.En l'espèce, toutefois, il ressort des termes de la décision contestée qu'en mentionnant que M. F n'avait pas produit le contrat de travail exigé par la réglementation en vigueur pour être admis au séjour en qualité de salarié, le préfet n'a pas opposé à l'intéressé le caractère incomplet de sa demande, préalablement à son examen au fond, mais s'est fondé sur ce qu'il ne remplissait pas les conditions permettant de lui délivrer le titre de séjour sollicité dès lors qu'il n'était pas titulaire d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes et d'une autorisation de travail. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.

7.En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". A l'appui de son recours, M. F, qui se prévaut, sans au demeurant l'établir, de sa présence ininterrompue depuis 2014, fait valoir qu'il est intégré au sein de la société française, parle bien le français, et a créé sa propre entreprise de bâtiment, laquelle emploie pas moins de sept salariés. Toutefois, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de

M. F, âgé de 29 ans à la date de la décision litigieuse, désormais séparé de son épouse, sans charge de famille en France et n'établissant pas être dépourvu de toute attache familiale en Algérie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les stipulations précitées de l'accord franco-algérien.

8.Il résulte de ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 8 juin 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de l'Algérie. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F et au préfet de

la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romicianu, président-rapporteur,

Mme Marianne Parent, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2023.

Le Président-rapporteur,

Signé

M. Romnicianu

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

M. Parent La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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