jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2109434 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | CALVO PARDO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juillet 2021, M. D A, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour ou, à tout le moins, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ainsi que de mettre fin à son signalement au système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- elles sont entachées d'erreur de droit ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie et qu'il justifie de motifs exceptionnels, le préfet ayant insuffisamment examiné sa situation ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissent de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;
- elle méconnaît le droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 novembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Breuille a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de nationalité chinoise né le 3 décembre 1989, fait valoir être entré en France en 2008. Il a sollicité, le 22 octobre 2020, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 25 juin 2021 dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté en litige : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que si M. A soutient résider habituellement en France depuis l'année 2008, il ne l'établit pas en ne produisant pas de pièces suffisamment nombreuses, diversifiées et probantes, notamment, entre 2008 et 2014. Dans ces conditions, le requérant, n'établissant pas résider habituellement sur le territoire français depuis le 25 juin 2011, n'est pas fondé à soutenir que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie en application du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le moyen tiré du vice de procédure doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, le préfet a, à tort, déduit de la circonstance que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 10 janvier 2018, qui aurait été notifiée le 15 janvier suivant et qui n'a pas fait l'objet d'une annulation contentieuse, la circonstance qu'il ne saurait se prévaloir d'une présence sur le territoire national en violation de la loi, et ne peut donc être regardé comme séjournant en France depuis une date antérieure au délai d'exécution de cette décision. Cependant, dès lors que M. A ne justifie résider habituellement en France que depuis 2014 et qu'en tout état de cause, la durée de présence n'est qu'un critère parmi d'autres pris en compte par le préfet dans l'exercice de son pouvoir de régularisation, cette erreur de droit demeure sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit en ce que le préfet n'a pas comptabilisé les années antérieures à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si le requérant, qui ne justifie d'aucune insertion professionnelle, se prévaut de son mariage le 10 janvier 2015 avec une compatriote en situation irrégulière, un enfant étant né de cette relation le 8 décembre 2014, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine commun. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence en France de ses parents en situation régulière, il n'établit pas la nécessité de rester auprès de ceux-ci. Dans ces conditions, l'arrêté en litige, en tant qu'il porte refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit, par suite, être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
8. En dépit de la circonstance que son enfant est né en France et qu'il y est scolarisé depuis septembre 2017, en dernier lieu pour l'année scolaire 2020-2021 en classe préparatoire (CP), ainsi que de la résidence régulière de ses grands-parents en France, l'arrêté en litige, en tant qu'il porte refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'a pas porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant alors que, comme il a été dit, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Chine. Le moyen tiré de la méconnaissance par les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit par suite être écarté.
9. En cinquième lieu, eu égard à ce qui a précédemment été dit aux points 6 et 8, le requérant ne démontre pas que la décision portant refus de séjour serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'il ne ressort en outre pas des pièces du dossier ni des termes de la décision en litige que le préfet aurait insuffisamment examiné la situation de l'intéressé au regard de cet article. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation commise dans l'application de ces dispositions et du défaut d'examen de sa situation au regard de celles-ci doivent être écartés.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
12. En l'espèce, l'arrêté en litige, pour édicter à l'encontre du requérant une interdiction de retour et fixer sa durée à deux ans, se fonde, après avoir analysé sa durée de présence en France ainsi que sa situation privée et familiale, sur la circonstance que M. A a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 10 janvier 2018.
13. Cependant, M. A justifie avoir résidé en France à compter de 2014, y dispose d'attaches familiales dès lors que ses parents y résident régulièrement sous couvert de titres de séjour pluriannuels et aucune pièce versée au dossier n'établit que son comportement serait susceptible de constituer une menace pour l'ordre public, critère que n'a pas opposé le préfet de la Seine-Saint-Denis dans l'arrêté en litige. Au demeurant, le préfet ne justifie pas de la notification et donc de l'opposabilité à M. A de l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre le 10 janvier 2018, la mesure d'éloignement versée au dossier concernant d'ailleurs " Mme D A épouse B ". Dans ces conditions, en édictant une interdiction de retour à l'encontre de M. A et en fixant sa durée à deux ans, le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Il suit de là, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés à son encontre, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans édictée à l'encontre de M. A doit être annulée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2021 en tant qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, n'implique pas la délivrance d'un titre de séjour ni le réexamen de la situation de M. A.
16. En revanche, l'annulation de l'interdiction de retour implique nécessairement l'effacement du signalement de M. A dans le système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'agir en ce sens dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais de l'instance :
17. Il y a seulement lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 25 juin 2021 portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans édictée à l'encontre de M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement du signalement de M. A dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M. A la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 16 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
M. Iss, premier conseiller,
M. Breuille, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
L. Breuille
Le président,
Signé
L. GauchardLa greffière,
Signé
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026