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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109444

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109444

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109444
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantGUILLOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2021, Mme B C épouse A, représentée par Me Guillou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte en lui délivrant durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi ;

- le préfet s'est, à tort, estimé lié par l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de justification de l'existence de l'avis rendu par le collège de médecins de l'OFII du 4 février 2021 et de l'absence de preuve de ce que le médecin-instructeur n'a pas siégé dans ce collège ;

- elle méconnaît les articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation dans l'application du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit d'être entendu a été méconnu de même que la procédure contradictoire prévue à l'article 24 de la loi du

12 avril 2000 ;

- elle méconnaît les articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que son droit d'être entendu a été méconnu de même que la procédure contradictoire prévue à l'article 24 de la loi du

12 avril 2000 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 février 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut à titre principal au non-lieu à statuer et à titre subsidiaire au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'ordonnance n° 2109748 du 21 septembre 2021 par laquelle le juge des référés du tribunal a suspendu l'exécution de l'arrêté en litige et lui a enjoint de réexaminer la situation de l'intéressée en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler a été entièrement exécutée, puisque l'intéressée a été reçue le 15 février 2022, qu'une autorisation provisoire de séjour, valable jusqu'au 14 mai 2022, lui a alors été remise, et que le réexamen de sa situation personnelle est en cours d'instruction.

Des pièces, demandées par mesure d'instruction au préfet de la Seine-Saint-Denis, ont été réceptionnées le 7 mars 2023 et communiquées à la requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mars 2023 :

- le rapport de M. E,

- les observations de Me Iharkane, substituant Me Guillou, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse A, ressortissante algérienne née le 28 mars 1984, fait valoir être entrée en France le 20 décembre 2018 munie d'un visa. Elle a bénéficié d'un certificat de résidence en qualité d'étranger malade valable du 24 septembre 2019 au 23 mars 2020 dont elle a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 18 juin 2021 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'exception de non-lieu à statuer :

2. La circonstance qu'une autorisation provisoire de séjour a été délivrée à la requérante, reçue le 15 février 2022 par les services de la préfecture, ne prive pas d'objet les conclusions à fin d'annulation, l'arrêté en litige n'ayant pas été retiré, ni abrogé sans commencement d'exécution. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu opposée en défense doit être écartée.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

3. En premier lieu, la décision portant refus de séjour vise en droit les stipulations des points 5 et surtout 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il mentionne en fait que le collège des médecins a rendu un avis le 4 février 2021, en indique la teneur et en déduit que la requérante ne peut se prévaloir des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Cette décision analyse également la situation privée et familiale de la requérante en France. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait à tort estimé lié par l'avis du collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 4 février 2021, ni qu'il se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de la requérante. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit à s'être à tort estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'OFII et du défaut d'examen doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux () susvisé : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport ". Aux termes de son article 6 : " (), un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté (). "

6. Il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins a rendu un avis le

4 février 2021, versé au dossier par le préfet à la suite d'une mesure d'instruction réalisée à cet effet, et dont la requérante n'a ultérieurement pas utilement contesté la régularité. Par ailleurs, il ressort du bordereau de transmission également fourni par le préfet qu'un rapport médical a été établi le 24 septembre 2020 par un médecin qui n'a pas siégé au sein du collège de médecins ayant rendu l'avis. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

8. Par un avis du 4 février 2021 dont le préfet s'est réapproprié la portée dans la décision portant refus de séjour en litige, le collège des médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale, et que le défaut de prise en charge peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont elle est originaire, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

9. Il ressort des pièces du dossier que la requérante souffre d'épilepsie, d'insuffisance rénale chronique sévère, avec complication de néphroangiosclérose, ainsi que de divers problèmes cardiologiques, notamment une valvulopathie mitrale et tricuspide rhumatismale, ainsi qu'une insuffisance aortique modérée d'origine rhumatismale, avec surveillance du rythme cardiaque par un stimulateur (pacemaker) posé en 2019. Il ressort également des pièces du dossier qu'un taux d'incapacité de 50 à 80 % lui a été reconnu. Cependant, s'agissant de la disponibilité du traitement dans le pays d'origine de la requérante, celle-ci se borne d'abord à se prévaloir de la circonstance que les seuls médicaments " Uvedose " et " Calcidia " seraient indisponibles en Algérie, sans démontrer ni même soutenir qu'aucun traitement similaire substituable, contenant les molécules en cause soit, d'une part, de la vitamine D et d'autre part, du calcium et des propriétés alcalines, n'y serait accessible et qu'elle ne pourrait effectivement en bénéficier. Si la requérante soutient ensuite que son état de santé nécessite un suivi multidisciplinaire en raison des multiples pathologies dont elle souffre, elle se borne à cet égard à se prévaloir de la circonstance qu'il n'existerait aucun service de cardiologie ni de neurologie à l'hôpital de Taher, sans démontrer qu'aucun autre hôpital ne lui permettrait de bénéficier effectivement de ce suivi, et de ce que le pacemaker qui lui a été posé n'est pas commercialisé dans son pays d'origine, alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est allégué que ce dispositif devrait être changé. Dans ces conditions, en l'état du dossier, Mme C épouse A ne démontre pas que le préfet a méconnu les stipulations du point 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi () ". Aux termes de son article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Son article 8 stipule : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. La requérante se prévaut de son mariage avec un ressortissant algérien, le

6 juillet 2018, lequel serait entré en France le 20 décembre 2018. Cependant, l'époux de la requérante est en situation irrégulière et sa demande d'annulation de l'arrêté portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français a d'ailleurs été rejetée par un jugement n° 2110168 rendu le 27 janvier 2022 par le tribunal administratif de Montreuil, confirmé par une ordonnance n° 22PA01013 du 21 juillet 2022 de la cour administrative d'appel de Paris. Les trois enfants du couple, nés en 2009, 2011 et 2015, de nationalité algérienne, n'ont pas vocation à se maintenir sur le territoire français et rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, notamment eu égard à la durée récente de résidence habituelle de l'intéressée en France et en dépit de la scolarisation de ses enfants et de la résidence régulière ou la nationalité française de frères de son époux, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée a, au regard des buts en vue desquels elle a été prise, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ni méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants. Dans ces conditions, les moyens invoqués tirés de la méconnaissance des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, la requérante ne démontre pas l'illégalité de la décision portant refus de séjour et ne peut donc soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie d'exception.

13. En deuxième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'avait pas, en application de l'article L. 613-1 de ce code, à faire l'objet d'une motivation en fait distincte de celle portant refus de titre de séjour, laquelle est suffisante comme il a été dit au point 3. La mesure d'éloignement est donc suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit par suite être écarté.

14. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de la requérante en édictant à son encontre une mesure d'éloignement. Le moyen tiré du défaut d'examen doit par suite être écarté.

15. En quatrième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. La requérante, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, alors que le préfet a fondé sa mesure d'éloignement sur le refus de séjour opposé et statué ainsi sur une demande de l'intéressée, ne précise pas en quoi elle disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'elle a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée et le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, alors que le préfet a au demeurant fondé la mesure d'éloignement sur le refus de séjour concomitamment opposé en statuant sur une demande, il résulte en tout état de cause des dispositions du livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement se prévaloir de ce que la procédure contradictoire prévue à l'article 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, au demeurant repris à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration applicable à la date de l'arrêté, aurait été méconnue.

16. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés aux points 9 et 11, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 3 de la convention de New-York et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, la requérante ne démontre pas l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et ne peut donc soutenir que la décision fixant le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office serait illégale par voie d'exception.

18. En deuxième lieu, cette décision vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne la nationalité de la requérante et indique qu'elle n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où elle est effectivement réadmissible. Dès lors, cette décision est suffisamment motivée et le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.

19. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet se serait abstenu de procéder à un examen particulier de la situation de la requérante en fixant le pays de destination. Le moyen tiré du défaut d'examen doit, par suite, être écarté.

20. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 15, cette décision n'est pas entachée d'un vice de procédure en méconnaissance du droit d'être entendu ou de l'article 24 de la loi du 12 avril 2000, dès lors qu'il résulte des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des obligations de quitter le territoire français et des décisions relatives au pays de renvoi.

21. En cinquième lieu, la requérante n'établit pas être exposée à des traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précité au point 10, en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit donc être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme C épouse A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

23. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

24. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. D, magistrat honoraire faisant fonction de premier conseiller,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

L. E

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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