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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109449

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109449

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109449
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMAILLARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2021, Mme B E épouse A, représentée par Me Maillard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé le pays à destination duquel elle sera éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de dix jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail et de voyage durant la période de fabrication du titre ; à défaut, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et sous la même astreinte, en lui délivrant à titre principal un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour portant autorisation de travail et de voyage, et à titre complémentaire une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et voyager durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- elle est insuffisant motivée en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de démonstration qu'un avis a été rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, du caractère collégial de la délibération, de la complétude de l'avis au regard de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de communication des sources sur lesquelles il s'est fondé, et en l'absence de démonstration que le médecin ayant établi le rapport n'a pas siégé au sein du collège ;

- elle méconnaît l'autorité de la chose jugée attachée au jugement n° 1810395 rendu le 20 décembre 2018 par le tribunal administratif de Montreuil ;

- elle est entachée d'erreur de droit en ce que le préfet s'est à tort estimé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est borner à estimer que le traitement approprié existe dans le pays d'origine ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation au regard des stipulations du 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle méconnaît le 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle méconnaît le II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Des pièces, produites par le préfet de la Seine-Saint-Denis en réponse à une mesure d'instruction réalisée à cet effet, ont été enregistrées le 21 mars 2023 et communiquées à la requérante.

Un mémoire a été enregistré le 22 mars 2023, pour la requérante et n'a pas été communiqué.

Mme E épouse A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 31 mai 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mars 2023 :

- le rapport de M. D,

- et les observations de Me Maillard, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E épouse A, ressortissante algérienne née le 24 avril 1964, a demandé le 5 février 2020 le renouvellement de son titre de séjour délivré au titre de son état de santé. Par un arrêté du 21 octobre 2020, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler son certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

3. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui en fait la demande au titre de ces stipulations, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait pour celui-ci un défaut de prise en charge médicale dans le pays d'origine. Lorsque le défaut de prise en charge médicale risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'intéressé, l'autorité administrative ne peut refuser le certificat de résidence algérien sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause en Algérie. Si de telles possibilités existent mais que l'intéressé fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment au coût du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

4. Mme E épouse A soutient que le préfet, qui s'est borné à indiquer l'existence d'un traitement adapté dans son pays d'origine, n'a pas examiné la condition du bénéfice effectif du traitement dans son pays d'origine, prévue par le 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

5. Il ressort des pièces du dossier que l'état de santé de Mme E épouse A, qui souffre en particulier de déficit immunitaire primitif sévère, de pathologie granulomatose, d'un sarcome de Kaposi et d'une cytopénie, nécessite une prise en charge médicale dont le défaut, ainsi que l'a estimé l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans son avis du 5 février 2020, pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par l'arrêté litigieux du 21 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à la demande de l'intéressée au motif que " le traitement approprié existe dans le pays dont elle est originaire et où elle peut donc être prise en charge ", qu'elle " n'a pas allégué de circonstances exceptionnelles empêchant son accès aux soins dans son pays " et que " son état de santé lui permet de voyager sans risque à destination de l'Algérie ". En se bornant à relever l'existence d'un traitement approprié et l'absence de circonstances exceptionnelles tirées de la situation personnelle de la requérante l'empêchant d'accéder à ce traitement, sans avoir vérifié l'accessibilité du traitement à la généralité de la population, le préfet ne s'est pas assuré, comme il aurait dû, de la disponibilité du traitement dans des conditions permettant à l'intéressée d'y avoir accès et a, par suite, entaché sa décision d'une erreur de droit.

6. Il suit de là que Mme E épouse A est fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique seulement que le préfet de la Seine-Saint-Denis réexamine la demande de Mme E épouse A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à ce réexamen dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pendant le réexamen de sa demande, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. La requérante a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 31 mai 2021. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et sous réserve que Me Maillard, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce dernier de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 octobre 2020 du préfet de la Seine-Saint-Denis concernant Mme E épouse A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la demande de Mme E épouse A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, durant cette période, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Me Maillard la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de la renonciation de cet avocat à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse A, à Me Maillard et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. C, magistrat honoraire faisant fonction de premier conseiller,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

L. D

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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