mercredi 21 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2109592 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | BALI COURQUIN JOLLY PICARD |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 juillet 2021 et 7 novembre 2022 sous le numéro 2109592, la société Etablissements Poulingue, représentée par Me Jolly (SCP Bali Courquin Jolly Picard), demande au tribunal :
1°) d'annuler les titres de recette émis les 9 juin 2021 (pour un montant de
108 763, 04 €) et 17 juin 2021 (pour un montant de 33 988, 45 €) par le maire de la commune de Noisy-le-Grand pour le recouvrement de pénalités de retard infligées dans le cadre de l'exécution du marché public de travaux conclu le 28 mars 2019 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Noisy-le-Grand la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que le principe d'unicité du décompte général, auquel les parties au contrat n'ont pas entendu déroger, faisait obstacle à ce que la commune de Noisy-le-Grand émette des titres de recette en vue de recouvrement de pénalités de retard qui avaient vocation à figurer dans ce décompte général, lequel n'était pas établi à la date d'émission des titres de recettes en litige.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 octobre et 5 décembre 2022, la commune de Noisy-le-Grand, représentée par Me Grand d'Esnon (SELARL Carbonnier Lamaze Rasle et Associés), conclut au rejet de la requête de la société Etablissements Poulingue et à ce que soit mise à sa charge la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'application de pénalités provisoires, au stade de l'exécution des travaux, ne fait pas obstacle à l'intangibilité du décompte définitif en tant que fondement exclusif des droits des parties ; il convient en effet de distinguer les pénalités définitives, imputées sur le solde du marché, qui relèvent effectivement du décompte général définitif, et les pénalités provisoires sur des délais partiels en cours d'exécution des travaux, qui peuvent être soit remboursées soit confirmées au stade du décompte général définitif ;
- les parties ont entendu déroger au principe d'unicité du décompte s'agissant des pénalités de retard, dès lors que l'article 9 du cahier des clauses administratives particulières stipule que les pénalités de retard " sont appliquées " en cas de retard dans l'exécution des travaux ; aucune stipulation contractuelle ne faisait obstacle à l'émission de titres de recettes pour l'application de ces pénalités ;
- l'article 13.2 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux prévoit la possibilité de déduire les pénalités de retard, qui ont alors un caractère provisoire, des acomptes versés au titulaire du marché, avant même l'établissement du décompte général ; les titres de recette contestés sont des retenues sur acompte au titre des pénalités de retard.
II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 août 2021 et
7 novembre 2022 sous le numéro 2111102, la société Etablissements Poulingue, représentée par Me Jolly (SCP Bali Courquin Jolly Picard), demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de recette émis le 7 juillet 2021 (pour un montant de 20 393,07 €) par le maire de la commune de Noisy-le-Grand pour le recouvrement de pénalités de retard infligées dans le cadre de l'exécution du marché public de travaux conclu le
28 mars 2019 ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Noisy-le-Grand la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 octobre et 5 décembre 2022, la commune de Noisy-le-Grand, représentée par Me Grand d'Esnon (SELARL Carbonnier Lamaze Rasle et Associés), conclut au rejet de la requête de la société Etablissements Poulingue et à ce que soit mise à sa charge la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales,
- l'ordonnance n° 2015-899 du 23 juillet 2015,
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012,
- le cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés publics de travaux issu de l'arrêté du 8 septembre 2009 modifié par l'arrêté du 3 mars 2014,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
- les conclusions de M. Breuille, rapporteur public,
- les observations de Me Charroux, représentant la commune de Noisy-le-Grand.
La société Etablissements Poulingue n'était pas représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 mars 2019, la commune de Noisy-le-Grand a conclu avec la société Etablissements Poulingue un marché de travaux dans le cadre de l'opération de construction d'un groupe scolaire. La société Etablissements Poulingue s'est vu confier le macro-lot n° 2
" enveloppe " portant sur les prestations de structure bois, couverture-étanchéité, menuiseries extérieures bois, châssis de toiture aluminium, verrières de toiture et serrurerie-métallerie. Le délai d'exécution de ce lot a été fixé à 6 mois et demi aux termes de l'acte d'engagement, avec un planning prévisionnel de 30 semaines tandis que la livraison du groupe scolaire, selon le planning initial du marché, avait été fixée au 29 juin 2020. En raison des retards pris par le chantier, la commune de Noisy a infligé à trois reprises des pénalités de retard à la société Etablissement Poulingue, d'un montant respectif de 108 763,04 euros, 33 988,45 euros et 20 393,07 euros, sur le fondement des stipulations de l'article 9.2.1.2.2 du cahier des clauses administratives particulières du marché. Par les présentes requêtes, la société Etablissements Poulingue demande au tribunal d'annuler les titres de recettes émis par le maire de
Noisy-le-Grand les 9 juin, 17 juin et 7 juillet 2021 pour le recouvrement de ces sommes.
2. Les requêtes n° 2109592 et n° 2111102, présentées pour la société Etablissements Poulingue, sont relatives à l'exécution d'un même marché public de travaux et présentent à juger des questions communes. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. D'une part, l'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché de travaux publics est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties.
4. D'autre part, aux termes de l'article 9.2 du cahier administratif des clauses particulières (CCAP), relatif aux pénalités : " Les stipulations suivantes sont appliquées en cas de retard ou dysfonctionnement dans l'exécution des travaux par rapport aux prescriptions du marché et au calendrier détaillé d'exécution établi et éventuellement modifié comme il a été exposé dans le présent C.C.A.P. / () 9.2.1.2.2 Retard dans l'exécution des travaux / Le titulaire du présent marché est tenu de respecter, dans l'exécution des travaux qui lui incombent, les dates et délais d'exécution des travaux validés par le maître d'ouvrage. / Par dérogation à l'article 20.1 du C.C.A.G.-Travaux, en cas de non-respect de ce calendrier, le titulaire encourt des pénalités d'un montant de 1/1000ème du montant du lot concerné par jour calendaire de retard, assorti d'une pénalité forfaitaire plancher de 300 € HT par jour calendaire de retard ". En outre, l'article 6-2 du CCAP prévoit le versement d'acomptes au fur et à mesure de l'exécution du marché et il résulte de l'article 13.2 du cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés publics de travaux, auquel renvoie l'article 6-2 du CCAP, que les acomptes mensuels à régler au titulaire du marché peuvent comprendre notamment des pénalités de retard à déduire du montant versé et que les montants figurant dans les états d'acomptes mensuels n'ont pas un caractère définitif et ne lient pas les parties contractantes.
5. Enfin, il résulte de la combinaison de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et des articles 23 et 24 du décret du 7 novembre 2012 que l'émission d'un titre de recette ayant force exécutoire est réservée au recouvrement des créances publiques liquides et exigibles.
6. Contrairement à ce que soutient la commune de Noisy-le-Grand, il ne résulte pas de l'instruction que les parties auraient entendu déroger au principe d'unicité du décompte général en ce qui concerne les pénalités visées par le titre litigieux. Aucune autre stipulation contractuelle n'a expressément prévu la possibilité d'émettre un titre de recette avant l'établissement du décompte général pour le recouvrement des pénalités de retard, et il résulte au contraire des stipulations de l'article 13 du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de travaux, auquel les parties n'ont pas entendu déroger sur ce point, que les pénalités de retard doivent être comprises dans les états de décomptes mensuels, qui n'ont pas de caractère définitif, lesquels sont ensuite pris en compte dans le décompte général en vertu du principe d'unicité de celui-ci.
7. Les titres de recettes par lesquels les pénalités de retard en cause ont été mises en recouvrement ont été émis alors que le décompte général du marché n'avait pas été établi et n'était, a fortiori, pas devenu définitif. En l'absence d'établissement de ce décompte, et en vertu du principe d'unicité de celui-ci, les créances faisant l'objet des titres de recettes en litige ne présentaient pas un caractère exigible. Par suite, la commune de Noisy-le-Grand ne pouvait légalement émettre des titres de recettes à l'encontre de la société requérante pour le recouvrement de créances correspondant aux pénalités de retard qu'elle lui avait infligées. Il suit de là que les titres de recettes en litige doivent être annulés.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Noisy-le-Grand la somme de 1 500 euros à verser à la société Etablissements Poulingue en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que la société requérante, qui n'est pas la partie perdante, soit condamnée à verser à la commune de Noisy-le-Grand la somme que celle-ci demande au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : Les titres de recette émis les 9 juin, 17 juin et 7 juillet 2021 par la commune de Noisy-le-Grand à l'encontre de la société Etablissements Poulingue sont annulés.
Article 2 : La commune de Noisy-le-Grand versera une somme de 1 500 euros à la société Etablissements Poulingue au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Noisy-le-Grand au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Etablissements Poulingue, à la commune de Noisy-le-Grand et à la trésorerie de Noisy-le-Grand.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Romnicianu, président,
Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
M. Khiat, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.
La rapporteure,
N. Dupuy-Bardot
Le président,
M. Romnicianu
La greffière,
D. Azlouk
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2109592, 211110
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026