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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109803

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109803

vendredi 1 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantDELIMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire récapitulatif, enregistrés respectivement les 19 juillet 2021 et 15 avril 2022, M. B, représenté par Me Delimi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification de la décision à intervenir, ou à défaut de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Par une ordonnance du 17 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

16 mai 2022.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience publique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme C A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais, né le 1er mai 1983 à Narsingi, est entré en France, selon ses déclarations, le 27 avril 2013. Il a sollicité, le 24 avril 2019, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 18 juin 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de deux ans et a effectué un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article

L. 435-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a travaillé du 1er septembre 2016 au

31 décembre 2019, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, au sein de la société

" Korcarz et fils ", entreprise de boulangerie industrielle, en qualité de " personnel de fabrication ". A la suite de la liquidation judiciaire de la société par une décision du tribunal du

27 novembre 2019, M. B a exercé son activité professionnelle, en qualité d'employé, dans un magasin d'alimentation la société " SARL Exo Store " du 14 septembre 2020 au 28 janvier 2021. M. B a ensuite démissionné de cet emploi, pour retourner travailler, à compter du

1er mars 2021, dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, auprès de son ancien employeur au sein de la société " Biovegan ", nouvellement créée. Il ressort ainsi des pièces du dossier que M. B justifiait, à la date de la décision attaquée, d'une insertion professionnelle depuis près de cinq ans, nonobstant son changement d'emploi, lié à la liquidation de la société dans laquelle il travaillait régulièrement. Le requérant justifie, en outre, que ses employeurs successifs l'ont déclaré aux organismes sociaux et ont déposé des demandes d'autorisation de travail le concernant. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le requérant est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 18 juin 2021 doit être annulé en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

6. Eu égard à ses motifs, sous réserve d'un changement de circonstances, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. B d'une carte de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du procès :

7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Delimi, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Delimi de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 juin 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, sous réserve d'un changement de circonstances, de délivrer à M. B, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, un titre de séjour portant la mention " salarié ".

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 (mille) euros à Me Delimi en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Delimi et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hermann Jager, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneuil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

V. Hermann A

L'assesseur le plus ancien,

Signé

M. D

La greffière,

Signé

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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