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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109893

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109893

lundi 2 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109893
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantNOEL HASBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juillet 2021, Mme G C, ressortissante ivoirienne représentée par Me Emilie Noel Hasbi, avocat, demande au tribunal administratif :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 21 octobre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour pour raisons de santé et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de la Côte-d'Ivoire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à tout le moins de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est signé par une personne incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle ne peut bénéficier effectivement, dans son pays d'origine, des traitements appropriés ;

- il méconnait les articles L. 313-11-7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : elle vit en concubinage (et mariée religieusement) avec un compatriote, M. A.

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observation en défense, en dépit de la mise en demeure qui lui a été adressée le 16 mai 2022.

Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai suivant à 12h.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judicaire de Bobigny du 14 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romnicianu, vice-président,

- les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G C, ressortissante ivoirienne née le 1er janvier 1982 à Grand-Bassam (Côte-d'Ivoire), a sollicité le 29 janvier 2020 le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été précédemment délivré pour raisons de santé, sur le fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 octobre 2020, dont Mme C demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande au motif qu'un traitement approprié à sa pathologie existe dans son pays d'origine et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de la Côte d'Ivoire.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-2175 du 2 octobre 2020, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture le 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E D aux fins de signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté préfectoral attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est soutenu, l'arrêté préfectoral attaqué fait état des différents éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme C et à son état de santé. Il comporte l'exposé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de la requérante et est ainsi suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

5. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi.

6. En l'espèce, pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme C, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins en date 17 juin 2020 selon lequel, si l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, en revanche, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Côte-d'Ivoire.

7. A l'appui de son recours, Mme C fait valoir qu'elle est atteinte d'insuffisance cardiaque et rénale, qu'elle doit se rendre très régulièrement à l'hôpital de Lafontaine à Bobigny pour le renouvellement de ses médicaments ou pour faire des analyses et que " la Côte d'Ivoire est réputée pour avoir une prise en charge hospitalière inadaptée à cette maladie ", d'autant qu'elle vit à Grand-Bassam, à plus de 50 km de la capitale, Abidjan, où se trouve l'institut de cardiologie public. Toutefois, ces simples allégations, au demeurant non établies, ne sauraient suffire, à elles seules, à remettre en cause le bien-fondé de l'appréciation portée par le préfet, au regard de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 17 juin 2020, quant à l'offre de soins disponibles et aux caractéristiques du système de santé en Côte-d'Ivoire. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. En quatrième lieu, l'arrêté attaqué ayant été pris sur le seul fondement du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le préfet n'ayant pas examiné d'office si un titre de séjour pouvait être délivré à Mme C sur le fondement des articles L. 313-11-7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - lesquels, au demeurant, contrairement à ce qui est soutenu, ne sont pas visés dans la décision attaquée - la requérante ne peut utilement en invoquer la méconnaissance.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de la vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. En l'espèce, si Mme C soutient, sans au demeurant l'établir, qu'entrée irrégulièrement en France en 2016, elle vit depuis 2018 en concubinage avec un compatriote,

M. F A, avec lequel elle est mariée religieusement, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de l'intéressée, que l'arrêté attaqué aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour pour raisons de santé et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de la Côte-d'Ivoire. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romicianu, président-rapporteur,

Mme Marianne Parent, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2023.

Le Président-rapporteur,

Signé

M. H

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

M. B La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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