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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109900

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109900

lundi 2 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantSOW

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 juillet 2021, M. A C, représenté par Me Sow, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 11 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour pour raisons de santé et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination de l'Algérie ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;

- l'avis du collège de médecin de l'OFII n'est pas conforme aux prescriptions de l'arrêté du 8 juillet 1999 ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observation en défense.

M. C a produit le 23 juillet 2021 des pièces complémentaires, lesquelles ont été communiquées à la préfecture de la Seine-Saint-Denis.

Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai suivant à 12h.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22,

R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romnicianu, vice-président,

- les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 19 mars 1987 à Beni Snous (Algérie), est entré en France le 20 octobre 2015 sous couvert d'un visa Schengen de court séjour. Il a sollicité le 12 mars 2021, le renouvellement de son certificat de résidence pour raisons de santé sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé. Par un arrêté

du 11 juin 2021, dont M. C demande l'annulation pour excès de pouvoir, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande au motif qu'un traitement approprié à sa pathologie existe dans son pays d'origine, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, la décision contestée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'arrêté ministériel du 8 juillet 1999, lequel n'est pas applicable ratione temporis aux faits de l'espèce. En tout état de cause, il ne résulte pas des pièces du dossier que l'avis rendu

le 6 mai 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait entaché d'irrégularité.

4. En troisième lieu, l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié dispose : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7. Au ressortissant algérien, résident habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ".

5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer que l'absence de prise en charge médicale est, ou n'est pas susceptible d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour la santé de l'intéressé ou que le demandeur a, ou n'a pas la possibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, la possibilité ou l'impossibilité pour lui de bénéficier effectivement de ce traitement dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de renouveler le certificat de résidence de M. C, le préfet s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 6 mai 2021, selon lequel, si l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce dernier peut néanmoins effectivement bénéficier d'un traitement et d'un suivi approprié dans son pays d'origine et peut voyager vers ce pays sans risque. Si M. C, reconnu handicapé à 70 % et qui souffre d'un spina bifida avec méningocèle avec apparition d'un déficit des membres inférieurs (pied bot), conteste la disponibilité en Algérie du traitement médical approprié, il se borne, à ce titre, à souligner l'extrême gravité de son état de son santé, laquelle n'est pas contestée par l'administration, sans produire d'élément suffisant de nature à remettre en cause la teneur de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur l'existence d'une offre de soins adaptée aux besoins médicaux de l'intéressé en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur d'appréciation quant à l'accès effectif aux soins médicaux en Algérie et en refusant, pour ce motif, de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles ()

L. 425-9, () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () ". Ces dispositions de procédure s'appliquent aux ressortissants algériens dont la situation est examinée sur le fondement des stipulations du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien régissant, comme les dispositions de portée équivalente de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la délivrance de plein droit du titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " aux étrangers malades.

8. Le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. Eu égard à ce qui a été dit au point 6, M. C ne remplissait pas les conditions permettant la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 7) de l'article 6 de l'accord franco-algérien. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de saisi la commission du titre de séjour avant de prendre la décision contestée.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2/ Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. C, qui se prévaut de sa présence en France depuis 2015, est célibataire, sans charges de famille et n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions du séjour de M. C en France, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, l'arrêté en litige n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'est pas, à cet égard, davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

11. En sixième et dernier lieu, M. C n'établit pas qu'il ne pourrait pas avoir en Algérie un accès effectif au traitement approprié à son état de santé, ne se prévaut d'aucune autre circonstance et n'avance aucune précision ni aucune justification susceptible d'établir la réalité des risques auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour en Algérie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auraient été méconnues.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour pour raisons de santé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonctions et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romicianu, président-rapporteur,

Mme Marianne Parent, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2023.

Le Président-rapporteur,

Signé

M. D

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

M. B La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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