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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109901

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109901

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109901
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantCAROUNANIDY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 juillet 2021 et le 30 mai 2023, M. A B, représenté par Me Carounanidy doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice sur sa demande reçue le 15 mars 2021 tendant à l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) sur la période du 2 septembre 2004 au 30 décembre 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de le rétablir dans ses droits à la NBI à compter de cette date, et de lui verser la somme de de 4 990,68 euros, augmentée des intérêts à taux légal à compter du 15 mars 2021, dans un délai de deux mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il remplit les conditions pour obtenir la NBI attachée à ses fonctions d'éducateur de la protection judiciaire de la jeunesse dans le ressort d'un contrat local de sécurité et qu'il ne s'est vu attribuer une NBI qu'à compter du 1er janvier 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il a été attribué à M. B une NBI de trente points à compter du 1er janvier 2014,

- les créances antérieures au 1er janvier 2014 sont prescrites.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n° 93-522 du 26 mars 1993 ;

- le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 ;

- le décret n° 2015-1221 du 1er octobre 2015 ;

- l'arrêté interministériel du 14 novembre 2001 fixant les conditions d'attribution de la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;

- l'arrêté ministériel du 4 décembre 2001 fixant par département les emplois éligibles à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ribeiro-Mengoli,

- les conclusions de Mme de Bouttemont, rapporteure publique,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, éducateur au sein de la protection judiciaire de la jeunesse, affecté depuis le 2 septembre 2004 au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) de Pierrefitte-sur-Seine, demande au tribunal, d'une part, d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le garde des sceaux, ministre de la justice sur sa demande reçue le 15 mars 2021 tendant à l'attribution de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) sur la période du 2 septembre 2004 au 30 décembre 2020 et, d'autre part, qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice de lui verser le montant de la NBI qui lui est dû en conséquence.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. En cours d'instance, par un arrêté du 3 juillet 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice a partiellement fait droit à la demande de M. B en lui accordant le bénéfice de la NBI de 30 points à compter du 1er janvier 2014. Dès lors, les conclusions dirigées contre la décision implicite née le 15 mai 2021 en ce qu'elle rejette la demande de M. B tendant au bénéfice de la NBI à compter du 1er janvier 2014 sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur l'exception de prescription quadriennale :

3. Aux termes de l'article 1er la loi du 31 décembre 1968 modifiée relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'État, () sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public. ". Aux termes de l'article 3 de cette loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même () soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance () ".

4. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle l'agent aurait dû être rémunéré.

5. Il résulte de l'instruction que M. B a sollicité, par des courriers des 25 septembre 2018 et 5 mars 2021, le versement, à compter du 2 septembre 2004, de la NBI. Dans ces conditions, les créances antérieures au 1er janvier 2014 étaient prescrites lorsque l'intéressé a formé sa demande. Par suite, l'exception de prescription quadriennale opposée par le garde des sceaux, ministre de la justice pour les créances antérieures au 1er janvier 2014 doit être accueillie.

6. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle rejette sa demande tendant au versement de la NBI pour la période du 2 septembre 2004 au 31 décembre 2013. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.

Sur les intérêts :

7. Si, comme il a été dit ci-dessus, le garde des sceaux, ministre de la justice a finalement fait droit à la demande de NBI de M. B à compter du 1er janvier 2014, il n'est pas contesté qu'il remplissait les conditions ouvrant droit à la NBI en application des dispositions du 2° de l'annexe 3 au décret du 14 novembre 2021 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice dès lors qu'il exerçait ses fonctions d'éducateur au sein de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) de Pierrefitte-sur-Seine, dont le siège, situé 13 rue de Paris à Pierrefitte-sur-Seine (93380), est implanté dans un quartier prioritaire de la politique de la ville de cette commune, énuméré et délimité par le décret du 30 décembre 2014 fixant la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les départements métropolitains. M. B a dès lors droit aux intérêts au taux légal sur les sommes qui lui étaient dues au titre des arriérés de NBI depuis le 1er janvier 2014 à compter de la date de réception de la demande qu'il a adressé au garde des sceaux, ministre de la justice le 15 mars 2021, ainsi qu'il le demande, sur les sommes dues à cette date, puis à compter de la date de chacune des échéances à laquelle la NBI devait être versée, ce jusqu'au 3 juillet 2023, date à laquelle il a été fait droit à sa demande.

Sur les conclusions relatives au frais d'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 15 mai 2021 en ce qu'elle rejette la demande de M. B tendant au bénéfice de la NBI à compter du 1er janvier 2014.

Article 2 : Il est enjoint à l'Etat de verser à M. B les intérêts au taux légal selon les modalités fixées au point 7.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

N. Ribeiro-Mengoli L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. Van Maele

La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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