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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109904

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109904

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantJORION

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 juillet 2021, la société civile immobilière V. et P. Avril, représentée par Me Jorion, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a déclaré d'utilité publique l'acquisition par voie d'expropriation, prononcé la cessibilité et autorisé la prise de possession dans le cadre d'une opération de démolition et de reconstruction de logements et de commerces, de l'ensemble immobilier situé 15, place Victor Hugo et 1, rue du Cygne à Saint-Denis ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision d'acquisition par voie d'expropriation est entachée d'un vice d'incompétence ;

- la décision n'a pas été prise après avis du service des domaines ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que l'utilité de l'expropriation n'est pas avérée ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant déclaration d'insalubrité, car :

- cette déclaration d'insalubrité est entachée d'un vice d'incompétence,

- l'avis du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) est insuffisamment motivé,

- la décision portant déclaration d'insalubrité est entachée d'une erreur d'appréciation du caractère irrémédiable de l'insalubrité.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'expropriation pour cause d'utilité publique ;

- le code de santé publique ;

- le décret n°2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public ;

- et les observations de Me Favain, représentant la SCI V. et P. Avril.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a, dans le cadre d'une opération de résorption de l'habitat insalubre à Saint-Denis, déclaré d'utilité publique l'acquisition par voie d'expropriation, prononcé la cessibilité et autorisé la prise de possession par la Société de Requalification des Quartiers Anciens (SOREQA) de l'ensemble immobilier situé 15, place Victor Hugo et 1, rue du Cygne à Saint-Denis. La requérante, qui est propriétaire du lot n°18 de cet immeuble, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 2 novembre 2016 portant déclaration d'insalubrité :

2. L'ensemble formé par un arrêté déclarant un immeuble insalubre à titre irrémédiable et l'arrêté préfectoral déclarant d'utilité publique le projet d'acquisition de cet immeuble et prononçant sa cessibilité, en vue de permettre la réalisation de nouvelles constructions, constitue une opération complexe. Saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre l'acte déclaratif d'utilité publique de l'acquisition de l'immeuble, il incombe au juge, saisi le cas échéant d'une exception d'illégalité dirigée contre l'arrêté d'insalubrité, non de se placer à la date de cet arrêté, mais de déterminer si la déclaration d'utilité publique était légalement justifiée par la situation de fait existant à la date à laquelle elle a été prise s'agissant, en particulier, des coûts comparés des travaux de réhabilitation et d'une reconstruction.

3. Aux termes de l'article L. 1331-26 du code de la santé publique dans sa rédaction en vigueur : " Lorsqu'un immeuble () constitue, soit par lui-même, soit par les conditions dans lesquelles il est occupé ou exploité, un danger pour la santé des occupants ou des voisins, le représentant de l'Etat dans le département, saisi d'un rapport motivé du directeur général de l'agence régionale de santé () concluant à l'insalubrité de l'immeuble concerné, invite la commission départementale compétente en matière d'environnement, de risques sanitaires et technologiques à donner son avis dans le délai de deux mois : / 1° Sur la réalité et les causes de l'insalubrité ; / 2° Sur les mesures propres à y remédier. / L'insalubrité d'un bâtiment doit être qualifiée d'irrémédiable lorsqu'il n'existe aucun moyen technique d'y mettre fin, ou lorsque les travaux nécessaires à sa résorption seraient plus coûteux que la reconstruction ".

4. En premier lieu, par arrêté n° 16-2895 du 19 septembre 2016, régulièrement publié au Bulletin d'informations administratives bis du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. Fayçal Douhane, sous-préfet chargé de mission auprès du préfet et secrétaire général adjoint de la préfecture, à l'effet de signer toutes décisions et documents se rapportant à l'habitat. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 18 mai 2021 manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des termes du procès-verbal de la réunion du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) en date du 20 octobre 2016, que cet organisme a relevé que l'ensemble immobilier présentait tant dans ses parties communes que dans certaines de ses parties privatives divers désordres, à savoir notamment la présence d'humidité et d'installations électriques dangereuses, l'absence de ventilation et de chauffage dans les logements ainsi qu'une infiltration de la toiture, un pourrissement d'une des façades, un développement des moisissures, des fissures et lézardes du bâtiment et une grosse fracture du sol, et a estimé qu'il en résultait une insalubrité irrémédiable, dès lors que les travaux nécessaires à sa résorption, estimés à 1 669 137 euros, étaient plus coûteux que la reconstruction, estimée à 1 252 670 euros. Il suit de là que, contrairement à ce que soutient la requérante, le CODERST s'est prononcé expressément sur la réalité et les causes de l'insalubrité, ainsi que sur le caractère irrémédiable de l'insalubrité constatée. La requérante n'est donc pas fondée à soutenir que l'avis émis par le CODERST serait irrégulier.

6. Enfin, si la requérante soutient que l'insalubrité irrémédiable évoquée n'est pas établie concernant le lot dont elle est propriétaire, il est constant que certains désordres relevés par le CODERST concernent la structure même de l'immeuble. Par conséquent, la circonstance, à la supposer établie, que l'un des lots concernés ne serait pas atteint, en lui-même, d'une insalubrité irrémédiable est sans incidence sur la légalité de l'arrêté constatant l'insalubrité irrémédiable de l'ensemble immobilier. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 2 novembre 2016.

En ce qui concerne l'arrêté du 18 mai 2021 :

8. En premier lieu, aux termes de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 : " Le préfet de département peut donner délégation de signature, notamment en matière d'ordonnancement secondaire : 1° En toutes matières et notamment pour celles qui intéressent plusieurs chefs des services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat dans le département, au secrétaire général () ". Par un arrêté n°2020-1832 du 31 août 2020 régulièrement publié au bulletin des informations administratives du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à Mme Chauffour-Rouillard délégation pour signer notamment tous les arrêtés et décisions, à l'exception des actes de réquisition du comptable et des arrêtés de conflit.

9. Il s'ensuit que Mme Claire Chauffour-Rouillard, sous-préfète, secrétaire générale de la préfecture, avait compétence pour signer l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

10. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, l'arrêté attaqué vise " les estimations de l'administration des domaines ". Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier, notamment du tableau des indemnités provisionnelles, que le préfet a pris connaissance de cet avis avant de prendre l'arrêté attaqué. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté litigieux est irrégulier faute d'avoir été pris après avis du service des domaines.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique : " Peut être poursuivie, dans les conditions prévues aux articles L. 511-2 à L. 511-9, au profit de l'État, d'une société de construction dans laquelle l'État détient la majorité du capital, d'une collectivité territoriale, d'un organisme y ayant vocation ou d'un concessionnaire d'une opération d'aménagement mentionné à l'article L. 300-4 du code de l'urbanisme, l'expropriation : / 1° Des immeubles déclarés insalubres à titre irrémédiable en application de l'article L. 1331-28 du code de la santé publique ; () 3° À titre exceptionnel, des immeubles qui ne sont eux-mêmes ni insalubres, ni impropres à l'habitation, lorsque leur expropriation est indispensable à la démolition d'immeubles insalubres ou d'immeubles menaçant ruine, ainsi que des terrains où sont situés les immeubles déclarés insalubres ou menaçant ruine lorsque leur acquisition est nécessaire à la résorption de l'habitat insalubre, alors même qu'y seraient également implantés des bâtiments non insalubres ou ne menaçant pas ruine ". Aux termes de l'article L. 511-2 du même code : " Par dérogation aux règles générales du présent code, l'autorité compétente de l'État déclare d'utilité publique l'expropriation des immeubles, parties d'immeubles, installations et terrains, après avoir constaté, sauf dans les cas prévus au 2° de l'article L. 511-1, qu'ils ont été déclarés insalubres à titre irrémédiable en application de l'article L. 1331-25 ou de l'article L. 1331-28 du code de la santé publique, ou qu'ils ont fait l'objet d'un arrêté de péril assorti d'une ordonnance de démolition ou d'une interdiction définitive d'habiter pris en application de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation. / Elle désigne la collectivité publique ou l'organisme au profit de qui l'expropriation est poursuivie. L'expropriant ainsi désigné est tenu à une obligation de relogement, y compris des propriétaires. / Par la même décision, elle déclare cessibles les immeubles bâtis, parties d'immeubles bâtis, installations et terrains concernés par l'expropriation, et fixe le montant de l'indemnité provisionnelle allouée aux propriétaires ainsi qu'aux titulaires de baux commerciaux. Cette indemnité ne peut être inférieure à l'évaluation de l'autorité administrative compétente pour l'effectuer () ".

12. Si la requérante soutient que le bien dont elle est propriétaire n'aurait pas dû faire l'objet d'une expropriation, dès lors qu'elle en avait proposé l'acquisition amiable à l'établissement public territorial Plaine Commune, il est constant que par courrier du 19 juillet 2018, elle a retiré la demande d'acquisition de son bien en date du 23 mai 2018. Par suite, et en tout état de cause, le moyen invoqué manque en fait.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la SCI V. et P. Avril n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 mai 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a déclaré d'utilité publique l'acquisition par voie d'expropriation, prononcé la cessibilité et autorisé la prise de possession dans le cadre d'une opération de démolition et de reconstruction de logements et de commerces, de l'ensemble immobilier situé 15, place Victor Hugo et 1, rue du Cygne à Saint-Denis. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative seront rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société civile immobilière V. et P. Avril est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société V. et P. Avril, à la SOREQA et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,

- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

La présidente-rapporteure,

Signé

K. Weidenfeld

La première assesseure,

Signé

I. Jasmin-Sverdlin

La greffière,

Signé

M. Groff

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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