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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109905

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109905

lundi 2 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantMORDANT FILIOR SERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2021, Mme A B, représentée par Me Matthieu Odin, avocat, demande au tribunal administratif :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour " salarié ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour autorisant l'exercice d'une activité professionnelle ou, à défaut, de réexaminer sa situation administrative, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est signé par une personne incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- l'avis défavorable de la DIRECCTE Ile-de-France (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation du travail et de l'emploi - service de la main d'œuvre étrangère) en date du 3 mars 2021 ne lui ayant jamais été communiqué, ni notifié, elle a été privée du droit de former un recours et de la possibilité de solliciter un titre de séjour sur un autre fondement légal ;

- le préfet a considéré à tort qu'elle n'exerçait pas une activité professionnelle salariée alors qu'elle a été recrutée à compter du 01 janvier 2020 par la société ATEN France sous contrat de travail à durée indéterminée au poste de " responsable des achats internationaux ", statut cadre ; bien qu'elle détienne 51 % des parts de la société, elle n'en est pas la gérante ; Mme B exerce en qualité de directrice des achats internationaux. Ses attributions sont donc différentes de celles qu'elle peut exercer en qualité d'associé de la société. Or, il est constant que l'associé d'une société peut recevoir la qualification de salarié dès lors qu'est établie l'existence d'un lien de subordination et qu'il exerce des taches différentes de celles qu'il exerce en qualité d'associé ;

- l'arrêté contesté méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a régulièrement été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 16 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 31 mai suivant à 12 h.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Romnicianu vice-président,

- les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante égyptienne née le 27 mars 1983 à Koweit City, a déposé le 23 juin 2020 une demande de renouvellement de carte de séjour temporaire en qualité de travailleur salarié sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 08 juin 2021 le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, faute pour l'intéressée d'avoir obtenu l'autorisation de travail requise pour exercer une activité professionnelle salariée, eu égard à l'avis défavorable du service de la main d'œuvre étrangère (DIRECCTE Ile-de-France) émis le 03 mars 2021. Le préfet a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle serait reconduite d'office passé ce délai. Par la présente requête,

Mme B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté préfectoral.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2020-2175 du 2 octobre 2020, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, signataire de l'arrêté en litige et chef du pôle refus de séjour et interventions, en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration et du chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, pour signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire, fixation du délai de départ et interdiction de retour. Il n'est pas établi que les autorités précitées n'auraient pas été absentes ou empêchées lorsque l'arrêté en cause a été pris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige manque en fait et doit ainsi être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté préfectoral attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, permettant à Mme B d'en contester utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'acte attaqué doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () " Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article L. 5221-5 de ce code : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2 ". En vertu de l'article R. 5221-11 du même code, la demande d'autorisation de travail relevant du 8° de l'article R. 5221-3 est présentée par l'employeur. Aux termes de l'article R. 5221-12 du même code : " La liste des documents à présenter à l'appui d'une demande d'autorisation de travail est fixée par un arrêté conjoint des ministres chargés de l'immigration et du travail ". Aux termes de l'article R. 5221-17 de ce code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet () ".

5. Contrairement à ce qui est soutenu, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire, ni d'aucun principe, que l'autorité préfectorale, lorsqu'elle statue sur une demande de titre de séjour en qualité de travailleur salarié sur le fondement de l'article L. 421-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont la délivrance est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles

L. 5221-2 et suivants du code du travail, serait tenue de préalablement " notifier " au demandeur la décision prise par ses services sur la demande d'autorisation de travail, alors qu'au demeurant il est loisible à l'intéressé d'exciper, à l'occasion de sa contestation du refus de séjour, de l'illégalité du refus d'autorisation de travail qui lui est opposé. Par suite, le moyen tiré de l'absence de " communication " ou " notification " de l'avis défavorable au renouvellement de l'autorisation de travail de Mme B émis par la DIRECCTE Ile-de-France (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation du travail et de l'emploi - service de la main d'œuvre étrangère) le 3 mars 2021 ne peut qu'être écarté comme inopérant, alors qu'en tout état de cause la décision litigieuse indique que ledit avis y était joint, la requérante l'ayant d'ailleurs versé à l'instance. Enfin, la circonstance, à la supposer établie, que la requérante n'aurait pas été mise en mesure de solliciter la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement légal est, en tout état de cause, sans influence sur la légalité de la décision en litige.

6. En quatrième lieu, Mme B excipe de l'illégalité de l'avis défavorable au renouvellement de son autorisation de travail émis par la DIRECCTE Ile-de-France (direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation du travail et de l'emploi - service de la main d'œuvre étrangère) le 3 mars 2021. Selon cet avis, Mme B ne peut être regardée comme liée par un contrat de travail, en qualité de salariée, à la SAS Aten France. L'avis relève à cet égard que l'intéressée détient 51 % des parts sociales de la société et qu'elle a donc la possibilité légale de prendre part dans les décisions de gestion de la société. En outre, Mme B détient le savoir-faire nécessaire à l'activité de l'entreprise, dont elle est la seule salariée. Par conséquent, le lien de subordination de Mme B envers le gérant de la société ne peut être établi.

7. A l'appui de son recours, Mme B soutient qu'elle a été recrutée à compter du 01 janvier 2020 par la société Aten France sous contrat de travail à durée indéterminée au poste de " responsable des achats internationaux ", statut cadre. Bien qu'elle détienne 51 % des parts de la société, elle n'en est pas la gérante. Ses attributions en qualité de directrice des achats internationaux sont donc différentes de celles qu'elle peut exercer en qualité d'associé de la société. Toutefois, il ressort des statuts de la société par actions simplifiée (SAS) Aten France que celle-ci a deux associés, M. Ahmed Morssy, président, qui détient 49 % des parts, et Mme A B, directrice générale, qui en détient 51 %. Si la société a conclu avec Mme B un contrat de travail aux termes duquel celle-ci occupe les fonctions de " responsable des achats internationaux ", le préfet a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que le lien de subordination entre Mme B, au demeurant unique salariée de l'entreprise et qui détient le savoir-faire nécessaire à l'activité de celle-ci, et la société ATEN France, dont elle est la directrice générale, n'était pas caractérisé en l'espèce, faute de pouvoir distinguer les fonctions de mandataire social exercées par l'intéressée en qualité de directeur général de ses fonctions salariées de " responsable des achats internationaux ". Dans ces conditions, en l'absence de relation de travail salariée avec la société Aten France, Mme B n'est pas fondée à solliciter la délivrance d'un titre de séjour en cette qualité.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

9. Si Mme B fait valoir qu'elle est entrée en France en 2011 sous couvert d'un visa de long séjour " étudiant " et qu'elle y réside depuis lors de façon ininterrompue, il ne ressort pas des pièces du dossier que, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de

Mme B, célibataire, sans charge de famille et n'alléguant pas être dépourvue de toute attache familiale en Egypte, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 28 ans au moins, la mesure d'éloignement en litige porterait au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. La décision attaquée n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour " salarié " et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction, comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au Préfet de

la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Michel Romicianu, président-rapporteur,

Mme Marianne Parent, première conseillère,

M. Youssef Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2023.

Le Président-rapporteur,

Signé

M. F

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

M. C La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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