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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109936

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109936

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109936
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre
Avocat requérantLANCEL JULIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juillet et 24 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Lancel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien " vie privée et familiale " dans un délai de quinze à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant du refus de certificat de résidence :

- la décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision contrevient à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'illégalité pour les mêmes moyens que ceux soulevés à l'encontre du refus de délivrance du certificat de résidence ;

- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 9 novembre 1991 à Sidi Bel Abbes, est entrée en France le 25 novembre 2013 munie d'un visa touristique. Par arrêté du 21 juin 2021 dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de certificat de résidence, qu'il a examinée au regard de son pouvoir de régularisation, de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus, et de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur le refus de certificat de résidence et l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il ne ressort ni de la lecture du refus de certificat de résidence et de l'obligation de quitter le territoire français ni des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B. Le moyen doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, particulièrement du bulletin n°2 de Mme B, qu'elle a été condamnée à deux peines d'emprisonnement, d'abord, à un mois d'emprisonnement avec sursis pour des faits commis le 2 mai 2015 de vol en réunion, ensuite, à quatre mois d'emprisonnement pour des faits commis le 22 juin 2019 de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à huit jours (récidive). En outre, il ressort des mentions du fichier d'antécédents judiciaires que la requérante, qui ne conteste pas sérieusement la matérialité de faits, a été mise en cause pour vol en réunion le 26 décembre 2014. Ainsi, eu égard notamment à la réitération des faits de violence et au caractère récent de la dernière infraction, le comportement de Mme B est constitutif d'une menace pour l'ordre public. Il ressort également des pièces du dossier qu'à l'appui d'une demande de certificat de résidence initiée sur le fondement du 4 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, elle a fourni à la préfecture du Val d'Oise des documents faisant état d'une reconnaissance de l'enfant né en 2015 par un individu porteur d'une carte d'identité française, mais qui est établie au nom d'une personne dont la nationalité est contestée et qui porte en réalité la photographie de son actuel conjoint, cette manœuvre visant à obtenir une carte d'identité française pour ce dernier et un titre de séjour pour la requérante, son conjoint ayant d'ailleurs été condamné pour ces faits à un an et six mois d'emprisonnement. Ainsi, l'identité du père de l'enfant est incertaine. Par ailleurs, son actuel conjoint, avec lequel elle a eu deux enfants nés en 2018 et 2020, est de même nationalité et fait également l'objet d'un refus de certificat de résidence assorti d'une obligation de quitter le territoire français du même jour. Dans ces conditions, il ne ressort des pièces du dossier aucun obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d'origine. Enfin, Mme B n'établit pas d'insertion professionnelle. Dans ces conditions et indépendamment de l'appréciation portée par la commission du titre de séjour sur le mariage, le travail et l'éducation des enfants qui a été reprise par le préfet, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire doit être écarté.

4. En troisième lieu et pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point précédent, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans :

5. En premier lieu, la décision en litige mentionne en droit l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise, en fait, un examen de la situation de la requérante qui, obligée de quitter sans délai le territoire français, ne justifie pas de considérations humanitaires faisant obstacle au prononcé à son encontre d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée maximale de trois ans. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne résulte pas des éléments précédemment exposées que des considérations humanitaires feraient obstacle au prononcé d'une interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de la violation de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.

7. En troisième lieu, eu égard au comportement de Mme B constitutif d'une menace à l'ordre public et à sa situation familiale, personnelle et professionnelle telle que précédemment évoquée au point 3, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de tout de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 21 juin 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation de ces décisions et, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Mehl-Schouder, présidente,

M. Terme, premier conseiller,

Mme Caron-Lecoq, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

Signé

C. C

La présidente,

Signé

M. DLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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