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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109939

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109939

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantLANTHEAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 juillet et 26 septembre 2021, Mme B A épouse C, représentée par Me Lantheaume, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée, a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a informée de ce qu'elle fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Shengen pour la durée de l'interdiction de circulation ;

2°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " membre de famille de citoyen de l'Union " ou " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire et dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant ce temps, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions litigieuses sont entachées d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur de fait ;

- elles méconnaissent les dispositions de la directive 2004/38/CE ;

- le refus de titre de séjour méconnaît les articles L. 231-1, L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision ainsi que celle qui lui fait obligation de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît en outre l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays à destination duquel elle sera éloignée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de circulation sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est en outre entachée d'un défaut de base légale et méconnaît l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante moldave née le 25 avril 1978 à Horesti, demande l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de circuler sur le territoire français d'une durée de deux ans.

2. Les décisions par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer un titre de séjour à la requérante et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait sur la base desquelles elles ont été prises et sont, dès lors, suffisamment motivées. Il en va de même de la mesure d'éloignement litigieuse, laquelle vise notamment l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement duquel elle a été prise et qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte de celle du refus de titre de séjour.

3. Rien ne permet d'estimer que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait omis d'examiner la situation de la requérante et aurait ainsi entaché les décisions attaquées d'une erreur de droit.

4. Le moyen tiré, sans autre précision, de la méconnaissance de l'ensemble des dispositions de de la directive 2004/38/CE, soulevé au soutien des conclusions tendant à l'annulation de toutes les décisions litigieuses, est dépourvu d'aucune précision et doit, dès lors et en tout état de cause, être écarté.

5. Mme A, qui n'est pas ressortissante d'un Etat membre de l'Union européenne, ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 231-1 du code de l'entrée du séjour et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lequel les citoyens de l'Union européenne ne sont pas tenus de détenir un titre de séjour et s'en voient délivrer un s'ils en font la demande.

6. Aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :

/ 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ". L'article L. 233-2 du même code dispose : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le ressortissant d'un Etat tiers ne dispose d'un droit au séjour de plus de trois mois en France en qualité de conjoint d'un ressortissant de l'Union européenne que dans la mesure où son conjoint remplit lui-même les conditions fixées au 1° ou au 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont alternatives et non cumulatives. Pour l'application du 1°, selon la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, doit être regardé comme travailleur, au sens du droit de l'Union européenne, toute personne qui exerce une activité réelle et effective, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires.

7. Mme A, mariée avec M. C, ressortissant roumain, se borne à produire des relevés de compte bancaire de son époux faisant apparaître des versements mensuels au titre des mois de mai à décembre 2020 puis de mars à juin 2021. De tels documents ne sont pas de nature à remettre sérieusement en cause les motifs, tirés, d'une discordance entre des dates de naissance déclarées par l'employeur de M. C et celle figurant sur l'acte de naissance de ce dernier, de l'absence de déclaration sociale transmise par l'employeur pour les mois de mai à juillet 2020 et d'une divergence entre la date figurant sur le contrat de travail de l'intéressé et la date déclarée à l'Urssaf, en considération desquels le préfet a estimé que les documents relatifs à l'emploi exercé par M. C sont frauduleux. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que son époux exerce une activité professionnelle réelle et effective en France au sens et pour l'application des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché le refus de titre de séjour litigieux d'erreur de fait en estimant que l'insertion professionnelle de M. C n'est pas établie.

8. Mme A, qui réside en France depuis plus de trois mois, ne se prévaut pas des dispositions de l'article L. 232-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif au droit au séjour pour une durée maximale de trois mois. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point 7, elle se trouve dans le cas, prévu au 1°) de l'article L. 251-1 du même code, dans lequel un étranger dont la situation est régie par le livre II de la partie législative de ce code peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français à raison de ce qu'il ne justifie plus d'un droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.

9. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Si Mme A fait valoir qu'elle vit en France " depuis plusieurs années " avec M. C et que ce dernier y exerce une activité professionnelle, il résulte de ce qui a été dit au point 7 que l'insertion professionnelle en France de ce dernier n'est pas établie. Les pièces produites ne permettent de regarder la requérante comme justifiant du caractère habituel de sa résidence en France avec son mari qu'à compter de la fin de l'année 2018, soit de l'ordre de deux ans et demi à la date de la décision attaquée. Si elle se prévaut de ce que son fils, majeur, de nationalité moldave, vit en France, aucune pièce concernant ce dernier n'est antérieure au mois de février 2021. Dans ces conditions, au regard des buts en vue desquels elles ont été prises, la décision qui refuse la délivrance d'un titre de séjour à Mme A et celle qui lui fait obligation de quitter le territoire français ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées.

11. Si Mme A fait valoir qu'elle est ressortissante moldave, il est constant que M. C est ressortissant roumain. Dans ces conditions, en l'absence d'aucune précision sur ce point, rien ne permet de faire considérer qu'en sa qualité de conjointe d'un ressortissant roumain, elle ne disposerait pas en Roumanie, pays membre de l'Union européenne, du droit d'entrée et de séjour. Le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination de la requérante serait entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse ni des autres pièces du dossier que l'obligation faite à Mme A de quitter le territoire français aurait été édictée sur le fondement du 2°) de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif aux personnes dont le comportement, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, ni sur le fondement du 3°) du même article relatif aux personnes dont le séjour est constitutif d'un abus de droit. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soulevé à l'encontre de la décision qui fait interdiction à la requérante de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans, doit être accueilli.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision qui lui fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

14. Le présent jugement n'implique aucune des mesures d'exécution demandées par Mme A. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte doivent être rejetées. En revanche, si le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Shengen pour la durée de l'interdiction de circulation ne constitue pas une décision et ne fait dès lors pas grief, il appartient au préfet de la Seine-Saint-Denis, de sa propre autorité, de tirer les conséquences de l'annulation par le présent jugement de la décision qui fait interdiction à Mme A de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans et, en conséquence, de supprimer le signalement de Mme A dans le système d'information Shengen.

15. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'accorder à la requérante la somme qu'elle demande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 17 juin 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait interdiction à Mme A de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Breuille, conseiller,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

L. D

Le conseiller le plus ancien dans

l'ordre du tableau,

Signé

L. BreuilleLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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