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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109942

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109942

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantEL GERSSIFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juillet et 27 septembre 2021, M. B A, représenté par Me El Gerssifi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire et dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de séjour :

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard du motif exceptionnel d'admission au séjour, il remplit les conditions posées par l'article 7 b) de l'accord franco-algérien, par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et par la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- la décision est entachée d'une erreur de fait relative à la date d'entrée sur le territoire français ;

- des erreurs de droit et d'appréciation ont été commises quant à l'existence d'un comportement constitutif d'une menace pour l'ordre public ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu, tout comme l'article 23 de la déclaration universelle des droits de l'homme ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans :

- les décisions sont illégales du fait de l'illégalité du refus de séjour.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Par lettre du 16 août 2022, les parties ont été informées, conformément aux dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible, d'une part, de fonder son jugement sur un moyen d'ordre public tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis a méconnu le champ d'application de la loi en se fondant sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour examiner la possibilité de régulariser l'intéressé, de nationalité algérienne, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour et, d'autre part, de procéder d'office à une substitution de base légale entre les dispositions de l'article précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le pouvoir général de régularisation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- la déclaration universelle des droits de l'homme ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 3 décembre 1982 à Alger, qui serait entré en France le 1er juin 2012, demande au tribunal d'annuler les décisions du 30 juin 2021 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

2. M. A n'établit par aucun document la date à laquelle il a déclaré être entré en France. Ainsi, le préfet a pu, sans entacher sa décision lui refusant la délivrance d'un certificat de résidence d'une erreur de fait, mentionner que ce dernier ne justifie pas de la réalité de sa date d'entrée en France.

3. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, " sous réserve () des conventions internationales ". En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Dès lors, les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Ainsi, il lui appartient, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

4. Il ressort de ce qui a été dit au point précédent que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne pouvait légalement se fonder sur les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par M. A.

5. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur un autre texte ou fondement légal que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du fondement légal sur lequel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.

6. En l'espèce, si le préfet de la Seine-Saint-Denis, ainsi qu'il a été dit au point 4, a fondé de façon erronée sa décision sur l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de substituer à ce fondement celui relatif au pouvoir discrétionnaire dont dispose le préfet pour régulariser, en opportunité, la situation de tout étranger, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. A des garanties de procédure qui lui sont offertes par la loi, que le préfet dispose du même pouvoir d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation que lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que M. A n'a pas formulé d'observations sur ce point en réponse au courrier susvisé du 16 août 2022.

7. M. A ne justifie pas de sa présence en France depuis la date alléguée de son entrée sur le sol français du 1er juin 2012, notamment au titre des années 2013 à 2016 pour lesquelles il ne produit que des cartes individuelles d'admission à l'aide médicale d'Etat et des avis d'imposition ne comportant aucun revenu. Il est célibataire, sans charge de famille et n'allègue aucun lien familial en France. Par ailleurs, il a été convoqué le 18 février 2021 pour une composition pénale à la suite d'un fait de vol simple. Si M. A se prévaut de son insertion professionnelle et de l'avis favorable de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, son intégration, établie depuis mai 2017 en tant qu'employé polyvalent d'une société de voiture de transport avec chauffeur (VTC), ne présente pas un caractère d'ancienneté suffisant à la date des décisions litigieuses. Dans ces conditions et sans que M. A puisse utilement se prévaloir de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la circulaire du 28 novembre 2012 et de la circonstance qu'il a été, postérieurement à la décision en litige, convoqué par l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour signer le contrat d'intégration républicaine, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. Il en va de même, du moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou d'une stipulation d'un accord bilatéral, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'étranger peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code ou d'une autre stipulation de cet accord, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, M. A n'établit pas avoir présenté une demande de certificat de résidence sur le fondement des dispositions du b) de l'article 7 de l'accord franco-algérien visé ci-dessus. Par suite, il ne saurait utilement soulever le moyen tiré de la méconnaissance de cet article.

9. Si, ainsi que le soutient M. A, le préfet n'a pu, sans erreur d'appréciation estimer que, compte tenu d'un fait unique de vol simple commis en février 2021, son comportement constituerait une menace pour l'ordre public, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé sur ce motif erroné. Par suite, les moyens tirés d'erreurs de droit et d'appréciation doivent être écartés.

10. M. A ne peut utilement se prévaloir de l'article 23 de la Déclaration universelle des droits de l'homme qui ne figure pas au nombre des traités ou accords régulièrement ratifiés ou approuvés dans les conditions fixées par l'article 55 de la Constitution.

11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision qui lui refuse la délivrance d'un certificat de résidence au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation des autres décisions litigieuses.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de celles aux fins d'injonction assorties d'astreinte ainsi que de celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Fabre, conseillère,

M. Breuille, conseiller.

.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

L. C

Le conseiller le plus ancien dans

l'ordre du tableau,

Signé

L. BreuilleLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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