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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109990

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109990

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109990
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantBONDO HELENA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2021, M. C A, représenté par Me Bondo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions litigieuses sont insuffisamment motivées,

- le refus de titre de séjour a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière,

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation,

- compte tenu de son état de santé, un retour dans son pays d'origine l'exposerait à des peines ou traitements prohibés par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- les infractions relevées par le préfet ne sont pas celles visées par l'article L. 313-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elles n'ont pas été accompagnées de voie de fait ou de peines de prison,

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- il méconnaît les articles L. 432-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant ivoirien né le 10 décembre 1992 à Naples (Italie), s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle en qualité d'enfant de ressortissant d'un pays membre de l'Union européenne, dont il a demandé le renouvellement au préfet de la Seine-Saint-Denis. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juin 2021 par lequel ledit préfet a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jour et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.

2. La décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande du requérant et celle fixant le pays à destination duquel il sera éloigné comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait sur la base desquelles elles ont été prises et sont dès lors suffisamment motivée. Il en va de même de la décision qui lui fait obligation de quitter le territoire français, dont la motivation en fait se confond avec celle relative au séjour et qui se réfère à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans les dispositions duquel elle trouve son fondement.

3. M. A ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'ancien article L. 313-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais reprises à l'article L. 432-6 du même code, lesquelles, relatives à des cas de retraits de titre de séjour ne régissent dès lors pas la délivrance de tels titres. De même, M. A, qui n'a pas demandé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du même code, relatif aux étrangers, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour eux des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions, ni soutenir que le préfet, en s'abstenant de saisir le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aurait entaché le refus de lui délivrer un titre de séjour d'un vice de procédure.

4. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée du séjour et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. " Il ressort des pièces du dossier, et notamment des mentions portées au bulletin n°2 du casier judiciaire de l'intéressé, que M. A a été condamné, le 9 octobre 2018, à 300 euros d'amende avec sursis pour des faits de vol commis du 20 octobre au 3 novembre 2017, le 1er juillet 2019 à cinq mois d'emprisonnement avec sursis pour un fait d'abus de confiance commis le 29 novembre 2018 et le 3 juin 2020 à une amende de 450 euros pour des faits commis le 4 mars 2020 d'usage illicite de stupéfiants, de conduite de véhicule sans permis et de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. Enfin, il apparaît dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires comme auteur d'un abus de confiance commis le 12 février 2019, d'un fait de conduite d'un véhicule avec un permis de conduire d'une catégorie n'autorisant pas sa conduite commis le 21 avril 2020 et d'un fait de conduite d'un véhicule sans permis commis le 22 juillet 2020. Ces condamnations et ces faits, non contestés, attestent de la réitération d'un comportement délictuel. Ainsi, c'est à bon droit que le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré que le comportement du requérant est constitutif d'une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4 et alors que le requérant est célibataire sans charge de famille, les circonstances que sa mère soit ressortissante d'un pays membre de l'Union européenne et que les pièces médicales qu'il produit mentionnent une drépanocytose ainsi qu'une lithiase vésiculaire ne sont pas de nature à faire considérer qu'au regard des buts en vue desquels elles ont été prises, les décisions litigieuses porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elles seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Si M. A soutient que son état de santé nécessite un suivi régulier et qu'il a déjà fait l'objet d'hospitalisations en raison de crises douloureuses, ces circonstances ne sont pas, en elle-même et en l'absence de précision sur le traitement auquel il serait astreint ou susceptible d'être astreint, de nature à faire considérer qu'en cas d'éloignement vers le pays dont il détient la nationalité le requérant serait, à raison de son état de santé, exposé à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Breuille, conseiller,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

L. B

Le conseiller le plus ancien dans

l'ordre du tableau,

Signé

L. BreuilleLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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