vendredi 14 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2110082 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | MAIRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Maire, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de son titre de séjour :
- son signataire est incompétent ;
- elle n'est pas motivée ;
- sa situation n'a pas été sérieusement examinée ;
- elle est entachée d'une erreur de quAlyfication juridique des faits en ce qu'il justifie être entré régulièrement sur le territoire français en mars 2012 ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est illégale compte tenu de l'illégAlyté de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- sa situation n'a pas entièrement été examinée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi duquel il pourrait être reconduit :
- elle est illégale compte tenu de l'illégAlyté de la décision lui refusant un titre de séjour et de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen du 14 juin 1985 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jimenez ;
- et les observations de Me Verdeil, substituant Me Maire, représentant M. A, présent à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant égyptien, né le 24 août 1995 à Gharbeya (Egypte), a sollicité le 15 février 2021 une carte de séjour temporaire en quAlyté de conjoint français. Par un arrêté du 18 juin 2021 le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui le titre de séjour demandé, a annulé le récépissé de demande de titre de séjour en sa possession, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Le requérant demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n°2021-1191 du 18 mai 2021, publié au bulletin d'informations administratives spécial de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 19 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme Séverine Neyrinck, signataire de la décision attaquée, pour signer notamment les décisions de refus de titre de séjour en cas d'absence ou d'empêchement des agents la précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décisions attaquée comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, si M. A fait valoir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a omis de mentionner de nombreux éléments factuels qu'il avait à sa connaissance, il n'était pas tenu de faire état de l'intégrAlyté de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé qu'il a prise en compte en mentionnant la date à laquelle il serait entré sur le territoire ainsi que sa situation administrative. Les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation doivent, par suite, être écartés.
4. Aux termes de l'article L.423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationAlyté française ; / 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L.423-2 dudit code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".
5. Il résulte de ces dispositions combinées qu'un étranger est en droit de se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en quAlyté de conjoint de français à la condition, outre celles mentionnées à l'article L.423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de produire aux services préfectoraux compétents un justificatif de détention préalable d'un visa long séjour. Il en va autrement lorsque l'étranger établit être entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France.
6. Aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties Contractantes sont tenus de se déclarer, dans les conditions fixées par chaque Partie Contractante, aux autorités compétentes de la Partie Contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie Contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie Contractante sur lequel ils pénètrent. ".
7. Il résulte de cette décision que la souscription de la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen et dont l'obligation figurait à la date d'entrée en France du requérant à l'article L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire.
8. En l'espèce, le requérant, entré régulièrement sur le territoire allemand sous couvert d'un visa Schengen de court séjour délivré le 25 mars 2012 par les autorités consulaires allemandes au Caire, valable du 30 mars 2012 au 28 avril 2012, soutient être ensuite entré régulièrement en France. Toutefois, M. A reconnaît n'avoir pas souscrit la déclaration prévue à l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, qui est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis, comme M. A, à l'obligation de visa en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire, en l'occurrence l'Allemagne. Par suite, alors qu'il est constant que le requérant n'a jamais été en possession d'un visa de long séjour, il ne peut, en outre, être regardé comme justifiant être entré régulièrement en France en application de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur de quAlyfication juridique des faits en lui opposant l'absence d'entrée régulière sur le territoire français doit, par suite, être écarté.
9. Il résulte de ce qui précède que M. A, par les moyens qu'il invoque, n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. Il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que M. A ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale en France à laquelle sa décision de l'obliger à quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France à l'âge de 16 ans et pris en charge à compter d'une décision du 18 février 2013 du tribunal de grande instance de Paris, par les services de l'aide sociale à l'enfance, s'est marié le 16 novembre 2019 avec une ressortissante française avec laquelle il justifie d'une communauté de vie, notamment par la production de courriers de l'agence gestionnaire du bien immobilier qu'il occupe avec son épouse, des déclarations de revenus et quittances de loyers communes et de différents témoignages suffisamment circonstanciés et concordants. En outre, par la production notamment d'ordonnances médicales, de feuilles de soin, attestations d'aides sociales, d'une décision de justice, de contrats de travail, de quittances de loyers, de fiches de paies, de courriers, de déclarations de revenus, de relevés bancaires et de remises de chèque datées entre octobre 2012 et la date de l'arrêté contesté, M. A établit sa présence en France à compter de cette date. Par suite, eu égard à l'âge auquel il est entré en France, à la durée de sa présence sur le territoire, et aux liens particulièrement forts qu'il y a noué depuis lors, M. A est fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.
11. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 juin 2021 en tant qu'il l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et par voie de conséquence en ce qu'il fixe le pays de destination de sa reconduite à la frontière.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu, par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour durant cet examen.
Sur les frais liés au litige :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: L'arrêté du 18 juin 2021 est annulé en tant qu'il oblige M. A à quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixe le pays de renvoi.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.
La présidente-rapporteure,
J. Jimenez
Le premier assesseur,
D. Charageat La greffière,
S. Saibi
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026