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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2110113

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2110113

lundi 11 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2110113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantFEVRIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2102389 du 16 juillet 2021, enregistrée le 23 juillet 2021, le président du tribunal administratif d'Orléans a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 3 juillet 2021, présentée par M. A B.

Par cette requête, M. B, représentée par Me Fevrier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2021 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait le droit d'être entendu, le principe général du droit de l'Union européenne du respect des droits de la défense et l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors qu'il n'a plus de lien avec son pays d'origine qu'il a quitté à l'âge de 21 ans.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme Cayla, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 juin 2022 :

- le rapport de Mme Cayla, magistrate désignée ;

- les observations de Me Fevrier, représentant M. B, absent, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que M. B est entré en France en 2013 à l'âge de 21 ans et qu'il est en contrat à durée indéterminée dans le BTP.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience, en application des articles R. 776-13-2 et R. 776-26 du code de justice administrative.

Une note en délibéré, présentée par M. B, a été enregistrée le 27 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né 1992, de nationalité tunisienne, demande l'annulation de l'arrêté du 4 juin 2021 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de l'intéressé. Il ne peut utilement soutenir, à l'encontre de la présente décision, que son droit au séjour n'a pas examiné en raison des difficultés d'obtenir un rendez-vous en ligne, ce dont il ne justifie pas au demeurant. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.

3. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union.

4. Si le requérant soutient que faute de signature du procès-verbal de notification de ses droits lors de sa rétention administrative, la procédure de rétention administrative est irrégulière et ne permet pas de considérer que son droit à être entendu a été respecté, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il ne conteste pas en revanche avoir été entendu à cette occasion et ne précise pas en quoi il disposerait d'autres informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché, alors, de porter à la connaissance de l'administration avant que soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient pu faire aboutir la procédure administrative à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

6. Si le requérant soutient être entré en France en 2013, il ne justifie de sa présence sur le territoire que depuis 2017. M. B ne justifie pas avoir personnellement rencontré de difficultés pour demander la régularisation de sa situation depuis son entrée en France. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que M. B travaillait en contrat à durée indéterminée qu'à compter du 1er mars 2021, soit depuis trois mois seulement à la date de l'arrêté contesté et qu'il est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points précédents, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.

8. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 4 juin 2021 par laquelle le préfet l'a obligé à quitter le territoire français.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

9. Si l'intéressé fait valoir qu'il n'a plu aucun lien avec son pays d'origine qu'il a quitté à l'âge de 21 ans et qu'il a le siège de sa vie privée et sociale en France, ces éléments ne sont pas de nature, ni suffisants à entrainer l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 juin 2021 par laquelle le préfet a désigné le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais d'instance:

11. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, de même que les conclusions présentées par M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2022.

La magistrate désignée,

F. CAYLA La greffière,

T. CHONVILLE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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