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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2110328

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2110328

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2110328
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantWEINBERG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 juillet 2021 et

27 septembre 2022, Mme A C épouse B, représentée par Me Weinberg, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour en France pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 25 euros par jour de retard, ou, à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière : la preuve de l'authenticité des signatures de chacun des membres du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; un doute subsiste quant au respect de la collégialité dans la rédaction de l'avis médical ; le signataire du bordereau de transmission de l'avis du collège des médecins au préfet n'était pas compétent pour ce faire ; ce rapport établi par le médecin instructeur est lacunaire et ne fait pas mention d'un grand nombre d'informations ;

- est illégale dès lors que le préfet s'est considéré lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration;

- est entachée d'une erreur de fait ;

- est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien, le traitement médical approprié à sa pathologie n'étant pas disponible en Algérie ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est insuffisamment motivée en droit ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant le pays de destination :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La décision portant interdiction de retour en France pour une durée de deux ans :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est disproportionnée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

-les observations de Me Weinberg substitué par Me Milly, représentant

Mme C épouse B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse B, ressortissante algérienne née

le 18 novembre 1947, déclare être entrée en France le 27 janvier 2014. Elle s'est vue délivrer un certificat de résidence pour raisons de santé expirant le 1er novembre 2017. Par un arrêté

du 18 octobre 2018, le préfet de police a refusé de renouveler son titre de séjour et a prononcé à son encontre une mesure d'éloignement à laquelle elle n'a pas déféré. Le 15 janvier 2021,

Mme C épouse B a, à nouveau, sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ", pour raisons de santé, sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 25 juin 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour en France pour une durée de deux ans. Mme C épouse B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les alinéas 7 et 9 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 30 avril 2021 et indique notamment que la requérante est séparée de son époux, que ses six enfants résident en Algérie et qu'aucune circonstance ne fait obstacle à ce qu'elle maintienne ses liens privés et familiaux dans son pays d'origine. La décision comporte dès lors les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement conformément aux dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des termes de la décision que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation particulière de

Mme C épouse B ni qu'il se serait cru en situation de compétence liée. Par suite, les moyens tirés d'un défaut d'examen de la situation du requérant et de la méconnaissance par le préfet de l'étendue de sa compétence doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, aux termes de aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7° au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". L'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. Aux termes de

l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

4. En l'espèce, l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 30 avril 2021 sur lequel le préfet s'est fondé pour prendre la décision attaquée comporte le nom et la signature des trois médecins, ayant siégé au sein de ce collège, avec leur signature et la mention : " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émet l'avis suivant ", laquelle fait foi du caractère collégial jusqu'à preuve du contraire. Ces signatures, apposées sous forme de fac-similé et dont rien ne permet de remettre en doute l'authenticité, ne constituent pas des signatures électroniques au sens de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration. Il ressort par ailleurs de cet avis que le médecin instructeur, dont le rapport a été transmis au collège le 30 avril 2021, ne figurait pas parmi ses signataires. Par ailleurs, la circonstance que le signataire du bordereau de transmission au préfet de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas disposé d'une délégation de signature régulière du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait, à la supposer établie, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Enfin, le rapport médical transmis au collège des médecins par le médecin rapporteur faisait état de la neuropathie post chimiothérapie, du syndrome parkinsonien et des troubles de la marche dont souffre

Mme C épouse B, de ses antécédents médicaux, de son traitement médical, de la présence de ses 6 enfants en Algérie et de la circonstance qu'elle vivait en France chez une amie et souhaitait s'installer dans une maison de retraite. Il était suffisamment précis et complet, au vu des éléments transmis par la requérante, pour permettre au collège des médecins d'émettre un avis éclairé sur la situation de Mme C épouse B. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige aurait été rendue à la suite d'une procédure irrégulière doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté litigieux que le préfet de la

Seine-Saint-Denis s'est approprié l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 30 avril 2021, selon lequel si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse B s'est vue diagnostiquer un cancer colorectal en 2014, pour lequel elle a bénéficié d'un traitement par radiothérapie et chimiothérapie, à la suite duquel elle a développé une neuropathie et des troubles de la marche, et souffre également d'un syndrome parkinsonien, d'hypertension et de diabète. Elle soutient qu'elle ne pourrait pas bénéficier en Algérie d'un suivi médical du cancer et des troubles neurologiques dont elle est atteinte. Si elle produit des articles de presse portant une appréciation générale sur le système de santé algérien et une attestation d'une pharmacie algérienne selon laquelle le médicament Modopar (dont les substances actives sont le Ledovopa et le Benzéramine) ne serait pas disponible en Algérie, ces pièces sont insuffisantes pour établir que les molécules prescrites en France ou qu'un traitement équivalent et efficace ne seraient pas disponibles en Algérie, et que son suivi oncologique ou les soins de kinésithérapie qui lui sont prodigués en France ne pourraient être dispensés en Algérie. Ainsi, s'il est constant que l'état de santé de Mme C épouse B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, aucun des certificats et aucune des pièces versés à l'instance ne permettent d'établir que

Mme C épouse B ne pourrait recevoir en Algérie, sinon un traitement identique, du moins un traitement constituant une prise en charge médicale appropriée à son état de santé et de nature à lui éviter les conséquences d'une exceptionnelle gravité que serait susceptible de provoquer l'arrêt de la prise en charge médicale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de l'erreur de fait doivent être écartés.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C épouse B est séparée de son époux et que ses six enfants résident en Algérie. Elle n'est donc pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de 67 ans, alors qu'elle ne justifie pas avoir noué en France des liens d'une particulière intensité. S'il ressort des pièces du dossier qu'elle a besoin de la présence d'une tierce personne à ses côtés pour l'assister dans les gestes de la vie courante et qu'elle est réside dans une maison de retraite non médicalisée, elle ne soutient ni même n'allègue que ses six enfants résidant en Algérie, selon les mentions non contestées de l'arrêté attaqué, ne pourraient pas lui procurer cette assistance, en l'hébergeant ou en participant à sa prise en charge financière. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté au droit de Mme C épouse B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels celle-ci a été prise et ne méconnaît ainsi pas les stipulations citées au point 7.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. Les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle, les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés, ainsi que les conditions dans lesquelles leurs conjoints et leurs enfants mineurs peuvent s'installer en France. Dès lors, un ressortissant algérien ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il lui appartient, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

11. Eu égard à la situation personnelle de Mme C épouse B telle que décrite au point 8, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

12. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 2 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, selon lesquelles " le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi () ", est inopérant à l'encontre d'une décision portant refus de séjour qui n'a ni pour objet, ni pour effet d'obliger l'intéressée à retourner dans son pays d'origine.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. ". Et aux termes de l'article L. 611-1 de ce même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

14. La décision contestée portant obligation de quitter le territoire français, qui vise l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel permet d'assortir un refus de titre de séjour d'une obligation de quitter le territoire français, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision portant refus de titre de séjour prise concomitamment, qui, ainsi qu'il a été dit au point 2, est suffisamment motivée. Par suite, et en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 de ce même code, elle satisfait à l'exigence de motivation prévue par ces mêmes dispositions.

15. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision fixant le pays de destination :

16. En premier lieu, par voie de conséquence du rejet des conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, l'exception d'illégalité de cette décision doit être écartée au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

17. En second lieu, Mme C épouse B fait valoir les risques auxquels elle serait exposée dans son pays d'origine, compte tenu de la gravité de son état de santé, en cas d'arrêt de son traitement. Cependant, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que la requérante n'établit pas qu'elle ne pourrait pas effectivement accéder à un traitement approprié en Algérie. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

18. L'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et

L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Et aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

19. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision lui faisant interdiction de revenir sur le territoire français par voie de conséquence de celle de la mesure d'éloignement.

20. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de Mme C épouse B.

21. En troisième lieu, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet s'est fondé, pour prononcer une interdiction de retour d'une durée de deux ans, sur les dispositions susvisées de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non sur celles de l'article L. 612-6 dès lors qu'un délai de départ volontaire de trente jours avait été accordé à Mme C épouse B.

22. En dernier lieu, et alors que Mme C épouse B a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle elle n'a pas déféré, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation dont serait entachée la décision en litige doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux déjà exposés au point 8.

23. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation formulées par la requérante doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C épouse B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

N. E

Le président,

Signé

M. D

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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