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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2110351

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2110351

lundi 19 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2110351
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantNESSAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2021, M. D A, représenté par

Me Nessah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas pris en considération sa vie privée et ses études ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2022, le préfet de

la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête de M. A.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 30 novembre 1995, est entré en France

le 15 septembre 2014 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", et a bénéficié de titres de séjour en cette qualité jusqu'en avril 2017. Le 28 octobre 2020, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 30 juin 2021, le préfet de la

Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise, notamment, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait état des conditions d'entrée et de séjour de M. A, ainsi que de sa situation personnelle et familiale. Le préfet n'était pas tenu de préciser tous les éléments de sa situation. La décision attaquée, dont la motivation s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation dont elle serait entachée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier et complet de la situation de

M. A avant de prendre à son encontre l'arrêté contesté. Le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entaché l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. M. A, célibataire et sans charge de famille, se prévaut de sa présence en France depuis l'année 2014 et de celle de sa mère, titulaire d'une carte de résident, et de ses frères et sœurs, en situation régulière ou de nationalité française. Toutefois, il ne justifie pas de la nécessité de leur présence à ses côtés, alors que le lien de filiation avec sa mère n'a été juridiquement établi que par un jugement supplétif du tribunal de première instance de N'Zerekore du 4 novembre 2020, et que M. A, qui a poursuivi ses études à Dijon jusqu'en 2021, n'établit pas de vie commune avec sa mère et ses frères et sœurs à Montreuil. En outre,

M. A ne soutient ni même n'allègue être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Enfin, le requérant, qui a été inscrit pendant six années consécutives en première année de licence de droit avant de passer en deuxième année de licence, au cours de laquelle il a été ajourné dans la plupart des matières, ne justifie pas du caractère sérieux de ses études. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire droit à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris et, par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 30 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

N. C

Le président,

Signé

M. B

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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