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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2110362

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2110362

jeudi 20 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2110362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantVILLANOVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2021, Mme D A épouse B, représentée par Me Villanove, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte en lui délivrant durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que son comportement est susceptible de constituer ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale ;

S'agissant de la décision portant interdiction de circulation :

- elle doit être annulée par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 août 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'article L. 200-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose qu'il est possible de refuser le droit au séjour à un ressortissant de l'Union européenne dont le comportement constitue du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique une menace réelle, actuelle et suffisamment grave ; le comportement de la requérante est constitutif d'une telle menace ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse B, ressortissante de nationalité roumaine née le 1er janvier 1980, fait valoir être entrée sur le territoire français en avril 2010 et avoir bénéficié de titres de séjour depuis le 24 avril 2013 en qualité de ressortissante d'un pays membre de l'Union européenne. Elle a demandé le 16 juin 2020 le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle délivrée le 24 avril 2015 et valable jusqu'au 23 avril 2020. Par un arrêté du 18 juin 2021 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui renouveler sa carte de séjour pluriannuelle, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus de séjour mentionne en particulier les articles L. 432-1 et L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et retient, d'une part, que l'intéressée est connue pour plusieurs faits, notamment de vol, qui permettent de la regarder comme susceptible de constituer une menace pour l'ordre public et, d'autre part, qu'elle ne justifie plus d'une activité professionnelle en France ni ne dispose de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assurance sociale. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est donc suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait insuffisamment examiné la situation de l'intéressée. Le moyen tiré du défaut d'examen doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, la requérante soutient que la décision portant refus de séjour est entachée d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que son comportement est susceptible de constituer, dès lors notamment qu'elle n'a été condamnée qu'une seule fois par l'autorité judiciaire.

5. Aux termes de l'article L. 200-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille : " Les restrictions au droit de circuler et de séjourner librement en France prononcées à l'encontre de l'étranger dont la situation est régie par le présent livre ne peuvent être motivées que par un comportement qui constitue, du point de vue de l'ordre public et de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. Il en va de même lorsque l'étranger dont la situation est régie par le présent livre a fait l'objet d'une peine d'interdiction du territoire, d'une décision d'expulsion, d'une interdiction de circulation sur le territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". Il résulte de ces dispositions que les restrictions relatives au droit au séjour pour des motifs d'ordre public concernant un conjoint de ressortissant communautaire sont régies par l'article L. 200-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non l'article L. 432-1 du même code.

6. La décision de refus de titre de séjour en litige opposée à Mme A épouse B est expressément fondée sur les dispositions précitées de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif que l'intéressée constitue une menace pour l'ordre public. Il ressort toutefois des pièces du dossier que la requérante, de nationalité roumaine, est ressortissante de l'Union européenne et qu'elle n'entre donc pas dans le champ de ces dispositions mais dans celui de l'article L. 200-6 du même code. Le préfet a ainsi méconnu le champ d'application de la loi. Par ailleurs, il ne peut être fait droit à la double demande de substitution de base légale ainsi que de motif sollicitée en défense, dès lors que si la décision contestée aurait pu être prise sur le fondement de l'article L. 200-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle n'aurait en revanche pas pu être prise en vertu du même pouvoir d'appréciation dès lors que cette dernière disposition pose pour critère la " menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société " alors que le préfet n'a contrôlé en l'espèce que " la menace pour l'ordre public ".

7. Cependant, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ".

8. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision portant refus de séjour s'il ne s'était pas fondé sur le motif tenant à la menace à l'ordre public mais seulement sur la circonstance que la requérante ne justifie pas d'une activité professionnelle en France ni ne dispose de ressources suffisantes et ne peut donc prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si, à cet égard, la requérante se prévaut dans ses écritures, sans d'ailleurs critiquer utilement ce motif dans un moyen spécifique, de la circonstance qu'elle a créé une entreprise dans le domaine de l'achat et de la vente de véhicules d'occasion, elle se borne à se prévaloir de son immatriculation au registre du commerce et des sociétés depuis le 25 août 2020, sans verser d'élément de nature à justifier du caractère effectif de cette activité professionnelle, alors que le directeur de Pôle Emploi a attesté, le 8 juillet 2020, qu'elle était inscrite depuis le 4 avril 2016 sur la liste des demandeurs d'emploi.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si Mme A épouse B se prévaut de sa durée de présence en France depuis 2010, elle n'établit pas sa présence habituelle depuis lors par les pièces qu'elle verse au dossier. Par ailleurs, la seule circonstance qu'elle a, comme il a été dit, créé une entreprise immatriculée au registre du commerce et des sociétés depuis le 25 août 2020 n'est pas de nature à démontrer une insertion professionnelle particulière en France, le caractère effectif de son activité n'étant étayé par aucune pièce. Enfin, si elle se prévaut de la circonstance qu'elle est mariée à un ressortissant roumain et mère de deux enfants et que tous trois résideraient avec elle selon le contrat de bail versé, ses enfants sont majeurs, l'ensemble de la famille est de nationalité roumaine et il n'est ni établi ni allégué qu'ils résideraient régulièrement en France. La circonstance que sa mère et l'intégralité de sa fratrie résideraient aussi en France, sans qu'il soit allégué ni établi que leur séjour serait régulier, n'est en tout état de cause pas démontrée. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi et n'a donc pas méconnu les stipulations précitées au point 9. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent, par suite, être écartés.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision refusant le renouvellement du titre de séjour de la requérante doivent être rejetées. Par voie de conséquence, Mme A épouse B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation des autres décisions litigieuses, en particulier portant obligation de quitter le territoire et interdiction de circulation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; () ".

13. En premier lieu, dès lors que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée en fait ainsi qu'il a été dit au point 2, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français serait elle-même, dès lors qu'elle a pour " support " le refus de séjour, insuffisamment motivée.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 10, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

15. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés au point 10, la requérante n'est en tout état de cause pas fondée à soutenir que l'arrêté, en tant qu'il fixe le pays de renvoi, et dès lors qu'il induit qu'elle serait reconduite dans son pays d'origine où elle ne possède plus ses attaches essentielles, serait entaché d'illégalité.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de Mme A épouse B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

18. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A épouse B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.

Le rapporteur,

L. C

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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