mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2110448 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | ANGLIVIEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 juillet 2021, Mme A E B, représentée par Me Angliviel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre aux services préfectoraux de lui délivrer une carte de séjour temporaire, portant la mention " étudiant ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ; à titre subsidiaire, d'enjoindre à ces services de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour étudiant :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation dans leur application ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale par voie d'exception ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet, qui n'est pas lié par le délai de trente jours énoncé à l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit asile, a méconnu l'étendue de sa compétence ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Breuille a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante haïtienne née le 23 septembre 1992, est entrée en France le 2 février 2018 munie d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante. Elle a demandé, le 30 novembre 2020, le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 12 décembre 2019 au 11 décembre 2020. Par un arrêté du 25 juin 2021 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler ce titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour étudiant :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1191 du 18 mai 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du 19 mai 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D C, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer les décisions contenues dans cet arrêté, notamment de refus de séjour, en cas d'absence ou d'empêchement des agents la précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité, l'assiduité, la progression et, à l'occasion d'un changement de cursus, du sérieux des études qu'il déclare accomplir.
4. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme B, le préfet a relevé qu'elle s'est inscrite à trois reprises en Master 2 " Arts Philo " sans valider son cycle d'étude et qu'elle a changé de cursus pour s'inscrire dans un diplôme universitaire en " Didactique français ". Il a considéré qu'elle ne justifie pas d'un parcours cohérent ni du métier qu'elle envisagerait d'exercer à l'issue de ce parcours. Il a conclu qu'en l'absence de résultat, de progression et de cohérence dans les études poursuivies, le caractère réel et sérieux des études n'est pas démontré.
5. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir obtenu un Master 1 " Arts philo : espace caraïbe, arts, littératures, philo " durant l'année 2015/2016, avec une moyenne de 13,5/20, la requérante s'est inscrite en 2018/2019 pour obtenir le diplôme de Master 2 correspondant. Elle a, à l'issue de cette année, été ajournée en raison de son absence de note au mémoire et à la soutenance de celui-ci. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, à la date de la décision en litige du 25 juin 2021, était encore inscrite dans ce Master 2, la soutenance étant alors prévue en juillet 2021, ainsi qu'en diplôme universitaire " enseignement complémentaire de didactique du français " (ECDF). Alors que les circonstances qu'elle a finalement obtenu la note de 15/20 à sa soutenance, donnant ainsi une note de mémoire et de soutenance de 14/20 et obtenu le diplôme universitaire de didactique du français le 15 juillet 2021 sont postérieures à l'arrêté en litige, la requérante, qui, à la date de l'arrêté en litige, n'a obtenu aucun diplôme, ni validé aucune année depuis son entrée en France, ne justifie pas, en dépit des efforts soulignés par sa directrice de mémoire, d'une progression dans ses études. Dans ces conditions, alors d'ailleurs que l'intéressée ne justifie d'aucune suite potentielle à ses études pouvant être menées postérieurement à l'arrêté en litige, et en dépit de son projet de s'orienter vers l'enseignement du français pour des élèves allophones et de son travail en qualité d'assistante d'éducation, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étranges et du droit d'asile ni entaché sa décision de refus de séjour d'erreur d'appréciation dans leur application.
6. En troisième lieu, la requérante ne justifie d'aucune attache familiale en France ni d'une insertion professionnelle conséquente et donc d'aucune circonstance entachant la décision portant refus de séjour d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, dès lors que l'intéressée ne démontre pas l'illégalité de la décision portant refus de séjour, elle n'est pas fondée à se prévaloir, par la voie de l'exception de son illégalité à l'encontre de la mesure d'éloignement prise à son encontre.
8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. La requérante ne justifie d'aucune attache familiale en France et se borne à se prévaloir de son projet professionnel. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
10. En premier lieu, la décision fixe un délai de départ volontaire de trente jours pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, ce qui constitue le délai de droit commun prévu par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette décision n'avait ainsi pas à faire l'objet d'une motivation spécifique. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
11. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant le délai de départ volontaire à trente jours, délai de droit commun, le préfet aurait entaché cette décision d'octroi d'un délai de départ d'une erreur de droit à raison de ce qu'il aurait méconnu l'étendue de sa compétence, ou d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. La requérante se borne à se prévaloir de manière générale de la situation sécuritaire en Haïti en 2021 et ne produit aucun document justifiant qu'elle ferait personnellement l'objet d'une menace directe pour sa vie, de persécutions ou de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans ce pays. Dans ces conditions, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit donc être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
15. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.
Sur les frais de l'instance :
16. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par la requérante doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A E B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
Mme Caron-Lecoq, première conseillère,
M. Breuille, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
Le rapporteur,
L. Breuille
Le président,
L. Gauchard La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026