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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2110962

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2110962

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2110962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 août 2021 et un mémoire complémentaire enregistré le 7 octobre 2021, Mme B D, épouse A, représentée par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) d'ordonner la production de son entier dossier par l'administration ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de délivrance d'un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire, mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation administrative dans le même délai et sous la même astreinte, en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant du refus de séjour :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- elle méconnaît le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît le 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er décembre 2022 :

- le rapport de M. Breuille,

- les observations de Me Gabory, substituant Me Namigohar, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, épouse A, ressortissante algérienne née le 26 juillet 1988, est entrée en France régulièrement le 6 septembre 2015, munie d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ", puis a bénéficié d'un certificat de résidence sur ce fondement, valable jusqu'au 30 novembre 2020, dont elle a demandé le renouvellement le 16 novembre 2020 en se prévalant de son statut d'étudiant ainsi que de sa vie privée et familiale. Par un arrêté du 26 juillet 2021 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer à nouveau un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions tendant à la production par le préfet de la Seine-Saint-Denis de l'entier dossier de la requérante :

2. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de la requérante détenu par l'administration. En tout état de cause, il ne ressort d'aucune disposition législative ou règlementaire, et notamment pas des dispositions du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile invoquées par la requérante et au demeurant en vigueur avant le 1er mai 2021, que la requérante, qui n'est pas placée en rétention ou assignée à résidence, puisse demander au tribunal la communication de l'entier dossier dans le cas d'espèce.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Pour rejeter la demande de la requérante, le préfet indique notamment qu'elle peut bénéficier de la procédure de regroupement familial et qu'elle ne justifie pas en France d'une situation personnelle et familiale à laquelle la décision porte une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, ressortissante algérienne, réside en France depuis septembre 2015 et est mariée, depuis le 9 avril 2016, à un ressortissant de même nationalité, titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité de dix ans, valable jusqu'en 2030, justifiant travailler en tant qu'agent de sécurité ainsi que de revenus déclarés depuis 2019. Par ailleurs, le couple justifie par les pièces versées au dossier résider ensemble depuis le mois de mai 2016, d'abord à Aubervilliers en versant des factures aux deux noms, puis à Epinay-sur-Seine à compter du mois de janvier 2018 en vertu d'un contrat de location commune. De leur union, sont nés en France trois enfants le 1er novembre 2016, le 27 février 2019 puis le 1er mars 2021, les deux premiers étant scolarisés. Par suite, eu égard aux circonstances particulières de l'espèce et nonobstant l'absence d'insertion professionnelle démontrée de la part de l'intéressée, l'arrêté attaqué du 26 juillet 2021 a, en tant qu'il porte refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, porté au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante, quand bien même cette dernière entre dans les catégories qui ouvrent droit au regroupement familial, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et a, ainsi, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 26 juillet 2021, en tant que le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ainsi que, par voie de conséquence, en tant qu'il a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à la requérante d'un titre de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à l'intéressée un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais de l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 juillet 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis concernant Mme D épouse A est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme D épouse A, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale ".

Article 3 : L'Etat versera à Mme D épouse A la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D épouse A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Charageat, premier conseiller,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

L. Breuille

Le président,

Signé

L. GauchardLa greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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