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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2110965

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2110965

mardi 29 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2110965
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantBOUNDAOUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 août 2021 et 14 avril 2022, M. A B, représenté par Me Boundaoui, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et des conséquences qu'elles emportent sur celle-ci.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient :

- que la requête est tardive ;

- qu'il n'y a pas lieu de statuer sur la requête dès lors qu'une décision explicite de rejet est intervenue en cours d'instance.

La clôture de l'instruction a été fixée au 29 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 novembre 2022 :

- le rapport de Mme C ;

- les observations de Me Boundaoui, représentant le requérant.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né en 1990, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française, sur le fondement du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il demande l'annulation de l'arrêté du 30 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il pourra être renvoyé d'office à l'expiration de ce délai.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

2. D'une part, aux termes de l'article R*432-1 : " Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ". Aux termes de l'article R. 432-2 du même code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception () ". L'article L. 112-6 du même code dispose que : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ". Aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 comporte les mentions suivantes : 1° La date de réception de la demande et la date à laquelle, à défaut d'une décision expresse, celle-ci sera réputée acceptée ou rejetée ; 2° La désignation, l'adresse postale et, le cas échéant, électronique, ainsi que le numéro de téléphone du service chargé du dossier ; 3° Le cas échéant, les informations mentionnées à l'article L. 114-5, dans les conditions prévus par cet article. / Il indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision. () ". Selon l'article L. 112-12 du même code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications prévues par le décret mentionné à l'article L. 112-11 ".

4. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.

5. Les règles relatives au délai raisonnable au-delà duquel le destinataire d'une décision ne peut exercer de recours juridictionnel, qui ne peut en règle générale excéder un an sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, sont également applicables à la contestation d'une décision implicite de rejet née du silence gardé par l'administration sur une demande présentée devant elle, lorsqu'il est établi que le demandeur a eu connaissance de la décision. La preuve d'une telle connaissance ne saurait résulter du seul écoulement du temps depuis la présentation de la demande. Elle peut en revanche résulter de ce qu'il est établi, soit que l'intéressé a été clairement informé des conditions de naissance d'une décision implicite lors de la présentation de sa demande, soit que la décision a par la suite été expressément mentionnée au cours de ses échanges avec l'administration, notamment à l'occasion d'un recours gracieux dirigé contre cette décision. Le demandeur, s'il n'a pas été informé des voies et délais de recours dans les conditions prévues par les textes cités au point 3, dispose alors, pour saisir le juge, d'un délai raisonnable qui court, dans la première hypothèse, de la date de naissance de la décision implicite et, dans la seconde, de la date de l'événement établissant qu'il a eu connaissance de la décision.

6. En l'espèce, M. B a déposé sa demande de titre de séjour auprès des services de la préfecture le 24 février 2020. Une décision implicite de rejet de cette demande est ainsi née le 24 juin 2020. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait délivré à l'intéressé un accusé de réception de sa demande lui indiquant les voies et délais de recours, conformément aux dispositions de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration précité. En conséquence, le délai de recours contentieux de deux mois ne lui était pas opposable. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait eu connaissance de la décision implicite de rejet avant qu'il en demande la communication de ses motifs par un courrier daté du 31 mai 2021 réceptionné par les services de la préfecture le 2 juin 2021. Dans ces conditions, la requête enregistrée le 30 juillet 2021 n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a expressément rejeté la demande de titre de séjour de M. B par un arrêté du 30 juillet 2021. Cette décision, dont M. B demande l'annulation dans son mémoire complémentaire, s'est substituée à la décision implicite de rejet précédemment née du silence gardé par le préfet sur celle-ci dont l'intéressé demandait initialement l'annulation dans sa requête. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'est donc pas fondé à faire valoir, en défense, qu'il n'y aurait plus lieu de statuer sur le litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise en particulier le 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien, sur le fondement duquel M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et indique que le requérant n'en remplit pas la condition de l'entrée régulière sur le territoire français. L'arrêté attaqué vise également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, précise que la demande de l'intéressé a été faite en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française et relève qu'il ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale à laquelle l'arrêté litigieux porterait une atteinte disproportionnée aux buts qu'il poursuit. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement du refus de titre de séjour, dans le respect des exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision de refus de titre de séjour doit donc être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la lecture de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. B. En particulier, le préfet a pris en compte le mariage de M. B avec une ressortissante française, dès lors qu'il précise que la demande de titre de séjour de l'intéressé a été fait en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; / () ".

11. Aux termes de l'article 19 de la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990 : " 1. Les étrangers titulaires d'un visa uniforme qui sont entrés régulièrement sur le territoire de l'une des Parties contractantes peuvent circuler librement sur le territoire de l'ensemble des Parties contractantes pendant la durée de validité du visa, pour autant qu'ils remplissent les conditions d'entrée visées à l'article 5, paragraphe 1, points a, c, d et e / ( ) / 4. Les dispositions du présent article s'appliquent sans préjudice des dispositions de l'article 22 ". L'article 22 de cette même convention stipule que : " I- Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent. / Cette déclaration peut être souscrite au choix de chaque Partie contractante, soit à l'entrée, soit, dans un délai de trois jours ouvrables à partir de l'entrée, à l'intérieur du territoire de la Partie contractante sur lequel ils pénètrent () ".

12. L'article R. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la déclaration obligatoire mentionnée à l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990 est souscrite à l'entrée sur le territoire métropolitain par l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne et qui est en provenance directe d'un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen. Sont toutefois dispensés de cette formalité les étrangers qui ne sont pas astreints à l'obligation de visa pour un séjour inférieur ou égale à trois mois et ceux qui sont titulaires d'un titre de séjour en cours de validité, d'une durée supérieure ou égale à un an, délivré par un Etat partie à la convention d'application de l'accord de Schengen. Selon l'article R. 621-2 du même code, la déclaration d'entrée est souscrite auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il est remis à l'étranger un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage.

13. Il résulte de ces stipulations et dispositions que, d'une part, la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à un ressortissant algérien en qualité de conjoint de Français est subordonnée à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français et, d'autre part, qu'un ressortissant étranger soumis à l'obligation de présenter un visa ne peut être regardé comme entré régulièrement sur le territoire français au moyen d'un visa Schengen délivré par un Etat autre que la France que s'il est entré sur le territoire français durant la période de validité de son visa et qu'il effectué une déclaration d'entrée sur le territoire français.

14. Il ressort des pièces du dossier, notamment du passeport de M. B, que l'intéressé est entré dans l'espace Schengen via l'Autriche le 15 avril 2017 sous couvert d'un visa Schengen délivré par les autorités de ce pays valable du 10 avril 2017 au 30 avril 2017. Si le requérant soutient qu'il serait ensuite entré en France le 20 avril 2017, pendant la durée de validité de son visa, il ne produit aucun commencement de preuve à l'appui de ses allégations. En outre, même à supposer cette allégation fondée, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire prévue à l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen. Dans ces conditions, l'intéressé ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en refusant de lui délivrer le titre de séjour au motif du caractère irrégulier de son entrée en France, aurait entaché da décision d'une inexacte application des stipulations du 2 de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

16. Il ressort des pièces du dossier que M. B, âgé de trente-et-un ans à la date de la décision attaquée, soutient sans être contesté résider en France depuis cinq ans et justifie être marié avec une ressortissante française depuis le 11 janvier 2020, soit depuis un peu plus d'un an à la date de la décision attaquée. L'intéressé ne justifie d'aucune autre attache familiale en France en dehors de son épouse. En outre, il ne produit aucun élément permettant d'attester d'une vie sociale ou professionnelle particulière sur le territoire national. Notamment, s'il mentionne une promesse d'embauche qu'il aurait transmise au préfet, il ne s'en prévaut pas à l'appui de ses écritures et ne la produit pas dans le cadre de la présente instance. Dans ces conditions, compte-tenu du caractère récent du mariage de l'intéressé, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué comme porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts de contrôle de l'entrée régulière des étrangers en France qu'il poursuit. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, de même que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté sur sa situation personnelle.

17. Il résulte de tout ce qui précède M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 30 juillet 2021.

Sur les frais de l'instance :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. B au titre des frais qu'il a exposés dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

S. C

Le président,

Signé

C. Tukov La greffière,

Signé

N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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