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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2111022

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2111022

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2111022
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantROCHICCIOLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 août 2021, M. A D A B, représenté par Me Rochiccioli, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre aux services préfectoraux de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle, portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre à ces services de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte, en lui délivrant immédiatement une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du refus de séjour :

- cette décision est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- cette décision est entachée de vices de procédure, en l'absence de justification de l'habilitation de l'agent ayant consulté le fichier du " traitement d'antécédents judiciaires ", en raison de la circonstance qu'il a été donné accès à l'intégralité des mentions du fichier en l'absence de saisine complémentaire des services de police, de gendarmerie ou du parquet, alors que les faits ont été classés sans suite ;

- elle méconnaît l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public que son comportement est susceptible de constituer ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant égyptien né le 19 avril 1967, fait valoir être entré en France en 2000. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire délivrée en 2013, puis renouvelée et valable du 26 février 2015 au 25 février 2016, ensuite renouvelée du 26 février 2016 au 25 février 2017, puis d'une carte de séjour pluriannuelle du 26 février 2017 au 25 février 2019. Il a demandé, le 16 février 2021, le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", son dernier titre de séjour expirant le 4 avril 2021. Après un avis défavorable rendu par la commission du titre de séjour le 27 mai 2021 et par un arrêté du 5 juillet 2021 dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige, en tant qu'il porte refus de séjour, vise les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne les faits pour lesquels l'autorité administrative a considéré que le comportement de M. A B constituait une menace pour l'ordre public. La décision portant refus de séjour comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait insuffisamment examiné la situation de l'intéressé. Le moyen tiré du défaut d'examen doit donc être écarté.

4. En troisième lieu, la circonstance que l'agent ayant procédé à la consultation du fichier des antécédents judiciaires n'aurait pas été, en application des dispositions du code de procédure pénale, individuellement désigné et régulièrement habilité à cette fin, si elle est susceptible de donner lieu aux procédures de contrôle de l'accès à ces traitements, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité la décision contestée. Il en va de même de la circonstance, à la supposer établie, que les services compétents pour connaître les suites judiciaires des infractions n'auraient pas été saisis. Les moyens tirés de vices de procédure doivent donc être écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle () peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ".

6. Il ressort des pièces du dossier que pour fonder sa décision de refus de séjour, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que M. A B est mentionné au fichier du traitement d'antécédents judiciaires, en tant qu'auteur, pour des faits d'appels téléphoniques malveillants le 28 mars 2004, pour des faits d'entrée et séjour irrégulier d'un étranger en France le 25 juin 2007 selon la décision attaquée ainsi que le 24 août 2006, le

15 juin 2010 et le 6 septembre 2011, pour des faits de soustraction à une mesure d'éloignement le 25 juin 2007 et pour des faits de dénonciation mensongère du 15 septembre 2013, mais aussi et surtout pour des faits de violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours survenus le 4 janvier 2016, ainsi que pour des faits d'agression sexuelle imposée à un mineur de quinze ans, survenus entre le 17 et le 20 septembre 2019. En dépit de l'ancienneté de plusieurs de ces faits, et eu égard à la gravité des deux faits les plus récents pour lesquels M. A B est connu, et sur lesquels il ne s'explique aucunement en se bornant à soutenir qu'ils ne sont pas avérés, qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation ou même, sans le démontrer, qu'ils ont été classés sans suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que la présence de l'intéressé en France constitue une menace pour l'ordre public. Les moyens tirés de l'erreur d'appréciation et de la méconnaissance de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, par suite, être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. M. A B, marié depuis le 19 septembre 1999 à une ressortissante égyptienne en situation régulière sur le territoire français en vertu d'une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 5 décembre 2021, entre dans les catégories qui ouvrent droit au regroupement familial et son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, il ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, examiné par le préfet, et la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté comme inopérant.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que, M. A B est marié depuis le

19 septembre 1999 à une ressortissante égyptienne en situation régulière sur le territoire français, comme il a été dit, et qu'un enfant est né de cette union le 27 octobre 2004. Cependant, l'épouse du requérant ne justifie elle-même d'aucun droit au séjour propre, dès lors qu'elle séjourne en France au titre du regroupement familial sollicité par son mari, le requérant, et accordé le 24 février 2017, et M. A B ne justifie d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions et compte tenu de ce qui a été dit au point 6 en dépit de l'insertion professionnelle dont se prévaut le requérant en tant que peintre en vertu de contrats à durée indéterminée à temps plein successivement conclus en 2013, 2014, 2017, et 2019, dont, au demeurant, la valeur probante est contestée en défense et au titre desquels aucun bulletin de paie n'est fourni, et de la circonstance qu'il a subi deux accidents du travail, le refus de séjour en litige n'a pas porté au droit de M. A B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but de préservation de l'ordre public poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées au point 9 doit être écarté.

11. En septième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

12. Comme il a été dit, le requérant ne justifie d'aucun obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Egypte en dépit de la scolarisation de son enfant en France en classe de troisième pour l'année scolaire 2020-2021, l'intéressé ne justifiant d'ailleurs aucunement de son éventuelle scolarisation antérieure. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que l'enfant du couple bénéficie d'un suivi médical en France, notamment orthophonique, en raison d'une surdité, le requérant ne justifie pas par les pièces au dossier qu'il ne pourrait bénéficier d'une prise en charge appropriée de ses troubles en Egypte. Dans ces conditions, le refus de séjour n'a pas porté une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de l'enfant du requérant.

13. En huitième lieu, la décision de refus de séjour n'est, pour les mêmes motifs précédemment développés aux points 6, 10 et 12, pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A B.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, le requérant, ne démontrant pas l'illégalité du refus de séjour, n'est pas fondé à se prévaloir de son illégalité, par la voie de l'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

16. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés aux points 6, 10 et 12 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :

18. En premier lieu, la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours pour l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français constitue le délai de droit commun prévu par les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dûment visé dans l'arrêté en litige et n'a ainsi pas à faire l'objet d'une motivation spécifique en fait sur ce point. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

19. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a procédé à un examen particulier de la situation de M. A B, ce dernier n'ayant fait en outre valoir aucune circonstance particulière, aurait méconnu l'étendue de sa compétence ou commis une erreur d'appréciation en fixant à trente jours le délai de départ volontaire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

20. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision octroyant à l'intéressé un délai de départ volontaire de trente jours doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". L'article L. 612-10 de ce code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

22. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à se prévaloir, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour, de l'illégalité des décisions sur lesquelles elle se fonde. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit donc être écarté.

23. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

24. Il incombe à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifient sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

25. La décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français vise les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et précise que " l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué relativement à la durée de l'interdiction de retour au regard notamment de l'article L. 612-10 " et, au demeurant, que " compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction de deux ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale ". Le préfet, qui développe dans son arrêté l'ensemble des éléments relatifs à la durée de présence de l'intéressé sur le territoire français en évoquant sa date d'entrée alléguée en France, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France en mentionnant la présence en France de son épouse en situation régulière et de leur enfant, et précise que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, doit être regardé comme ayant fait état, de manière suffisamment circonstanciée, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels il a prononcé une décision d'interdiction de retour sur le territoire française et fixé sa durée à deux ans. Dès lors en outre que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet n'était pas tenu, à peine d'irrégularité, de préciser ce point. La décision litigieuse satisfait ainsi à l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

26. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés aux points 6, 10 et 12 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. Le préfet n'a pas davantage fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision d'interdiction de retour d'erreur d'appréciation au regard des critères fixés par cet article en édictant une interdiction de retour et en en fixant la durée à deux ans, eu égard à l'ensemble des circonstances de l'espèce rappelées aux mêmes points du présent jugement et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit, par suite, être écarté.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

28. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A B doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

29. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Charageat, premier conseiller,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

L. C

Le président,

Signé

L. Gauchard La greffière,

Signé

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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