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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2111239

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2111239

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2111239
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantMONIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 5 août 2021, le 28 mars 2022 et le 23 juin 2022, M. C A, représenté par Me Monin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 avril 2021 par laquelle le directeur général délégué de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) a refusé de le réintégrer à l'issue de son congé pour convenances personnelles ;

2°) d'enjoindre à l'Institut national de recherches archéologiques préventives de réexaminer sa demande de réintégration ;

3°) de mettre à la charge de l'Institut national de recherches archéologiques préventives la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision en litige est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a été prise sans consultation préalable de la commission consultative paritaire ;

- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que l'INRAP n'a étudié aucune possibilité de réaffectation ;

- l'INRAP n'établit pas l'absence d'emplois vacants ni avoir recruté une personne sur son poste.

Par des mémoires en défense enregistrés le 15 avril 2022 et le 8 février 2023, l'Institut national de recherches archéologiques préventives, représenté par Me Delion, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 20 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, alors en vigueur ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984, alors en vigueur ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- le décret n°2002-450 du 2 avril 2002 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courneil,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- les observations de Me Monin, représentant M. A,

- et les observations de Me Delion, représentant l'Institut national de recherches archéologiques préventives.

Considérant ce qui suit :

1. Technicien d'opération de 2ème catégorie recruté par un contrat à durée indéterminée signé le 1er juin 2007, M. A a été affecté au centre archéologique de La Courneuve de l'Institut national de recherches archéologiques préventives. Il a bénéficié d'un congé d'un an pour convenances personnelles à compter du 9 avril 2018, renouvelé à deux reprises. Par un courrier reçu par l'INRAP le 20 janvier 2021, il a sollicité sa réintégration à compter du 9 avril 2021. Par une décision du 8 avril 2021, le directeur général délégué de l'Institut national de recherches archéologiques préventives a refusé de réintégrer M. A. Ce dernier a présenté un recours gracieux le 11 mai 2021, implicitement rejeté du fait du silence gardé par l'administration. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande l'annulation de la décision du 8 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ".

3. Aux termes de l'article 1er du décret du 2 avril 2002 portant dispositions applicables aux agents de l'Institut national de recherches archéologiques préventives : " Les agents de l'Institut national de recherches archéologiques préventives sont régis par les dispositions du décret du 17 janvier 1986 susvisé, sous réserve des dispositions du présent décret () ". Aux termes de l'article 26 de ce même décret : " Un agent, employé de manière continue depuis au moins trois ans, peut solliciter un congé sans rémunération pour convenances personnelles d'une durée maximale de trois ans. Ce congé ne peut dépasser une durée d'un an que si l'agent n'a pas bénéficié d'un congé du même type, d'un congé pour création d'entreprise ou d'un congé pour formation professionnelle d'une durée d'au moins trois mois dans les trois ans qui précèdent la demande de congé. Ce congé est renouvelable, sa durée maximale ne pouvant cependant excéder six ans au cours de la carrière d'un agent. / La demande de congé indiquant la date de début et la durée du congé doit être formulée un mois à l'avance. / L'agent en congé sans rémunération pour convenances personnelles d'une durée supérieure à trois mois et inférieure à un an doit solliciter sa réintégration un mois au moins avant l'expiration du congé en cours. Dans le cas où le congé est supérieur à un an, ce délai est porté à deux mois. Il est réemployé sur son précédent emploi dans la mesure permise par le service. Dans le cas contraire, il dispose d'une priorité pour être réemployé sur un emploi de sa catégorie et de sa spécialité. () ".

4. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées que l'agent placé en congé pour convenances personnelles a le droit, s'il remplit toujours les conditions requises, d'obtenir son réemploi sur l'emploi qu'il occupait antérieurement à son congé dans la mesure où ce dernier est vacant et que, dans le cas contraire, l'administration doit le faire bénéficier d'une priorité lorsqu'elle pourvoit à un emploi similaire assorti d'une rémunération équivalente. Une décision de refus de réintégration sur un poste doit dès lors, en application des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, être motivée.

5. Il ressort de la décision en litige que celle-ci mentionne que le précédent emploi de M. A a été pourvu et que l'Institut national de recherches archéologiques préventives ne dispose pas d'emplois vacants sur lesquels l'intéressé pourrait être affecté. Toutefois, la décision ne cite, ni même ne vise, aucune disposition légale ou réglementaire. Par conséquent, si la décision en litige comporte l'énoncé des considérations de fait sur lesquelles elle se fonde, elle ne contient aucune considération de droit fondant ce refus. Elle est donc insuffisamment motivée.

6. En second lieu, M. A soutient qu'il n'est pas établi que l'emploi de technicien d'opération de catégorie 2 qu'il occupait précédemment au centre archéologique de La Courneuve était pourvu à la date de la décision contestée. Si l'INRAP se prévaut en défense d'une mutation d'une technicienne d'opération de catégorie 2, il ressort de l'arrêté du 2 octobre 2020 que cet agent a été affecté au sein du centre de Saint-Cyr-en-Val et non celui de La Courneuve, sans qu'il ne soit établi, ni même allégué, que l'affectation dans le centre de Saint-Cyr-en-Val aurait constitué un transfert d'emploi ou aurait conduit à la suppression d'un tel poste au sein du centre de La Courneuve. Il n'est pas davantage fait état d'une réorganisation des services qui aurait conduit à la relocalisation de cet emploi à Saint-Cyr-en-Val. Par ailleurs, la circonstance que le poste précédemment occupé par M. A n'ait pas été au nombre des postes ouverts comme étant vacants entre février et avril 2021 n'est pas de nature à démontrer, à elle seule, que le poste en question était effectivement pourvu ou supprimé à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que l'INRAP ne démontre pas, en l'état du dossier, que son précédent poste n'était pas vacant ni que l'intérêt du service faisait obstacle à sa réintégration sur un tel poste.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 8 avril 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

9. Eu égard aux motifs d'annulations retenus, il y a lieu d'enjoindre à l'INRAP de réexaminer la demande de réintégration de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'INRAP une somme de 1 500 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 8 avril 2021 par laquelle le directeur général délégué de l'Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) a refusé de réintégrer M. A à l'issue de son congé pour convenances personnelles est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Institut national de recherches archéologiques de réexaminer la demande de réintégration de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Institut national de recherches archéologiques préventives versera à M. A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Institut national de recherches archéologiques préventives.

Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

L. Courneil

La présidente,

N. Ribeiro-MengoliLa greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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