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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2111242

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2111242

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2111242
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantTAELMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête complétée de pièces, enregistrées le 6 août 2021 et le 16 mars 2023, M. F A, représenté par Me Taelman, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour avec autorisation de travail sous une astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du trentième jour suivant la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le mois qui suit cette notification, sous la même astreinte, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

­ la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'incompétence de son signataire, d'insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen sérieux de sa demande, d'une méconnaissance des articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ainsi que d'une méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire, d'insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen sérieux et elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ;

­ la décision fixant le pays de destination est entachée d'incompétence de son signataire, d'insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen sérieux, elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français et elle est entachée d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence de son signataire, d'une absence de motivation, d'un défaut d'examen sérieux, elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, d'une méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 9 août 2021.

Une ordonnance du 9 février 2023 a fixé la clôture d'instruction au 24 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

­ la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le code des relations entre le public et l'administration ;

­ la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

­ le rapport de M. Doyelle, premier conseiller,

­ les observations de Me Marzak, avocate, substituant Me Taelman, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né en 1984, a sollicité, le 30 août 2018, une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle. Le requérant demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 12 novembre 2020 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

S'agissant des moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par arrêté n° 2020-2175 du 2 octobre 2020, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 5 octobre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D C, cheffe du pôle refus de séjour et interventions, pour signer, en cas notamment d'absence ou d'empêchement de Mme E B, les décisions attaquées. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées dans un délai de trente jours des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. En l'espèce, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent leur fondement. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait notamment état de la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. A sur le territoire français, ainsi que de sa nationalité. Il ne ressort, en outre, pas des pièces du dossier que le préfet se soit abstenu d'examiner la situation de l'intéressé. À cet égard, les circonstances que le préfet ne mentionne pas l'existence d'un second enfant né postérieurement à la date de dépôt de la demande d'admission exceptionnelle au séjour ou qu'il ne vise pas la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne sont pas de nature à traduire un défaut de motivation ou un défaut d'examen. De même, le fait que le préfet mentionne une précédente mesure d'éloignement en date du 30 mars 2016 qui a été annulée par le tribunal administration de Montreuil le 29 septembre 2016 est sans incidence sur l'existence d'une motivation. Dès lors, les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen doivent être écartés.

Sur la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

5. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. " D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Enfin, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

6. En présence d 'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A réside habituellement sur le territoire français depuis au moins le mois de janvier 2015, qu'il est marié depuis 2011 avec une compatriote qui se maintient irrégulièrement en France, qu'ils sont les parents de deux enfants nés en France en 2015 et en 2020, qu'il a exercé, de manière discontinue, plusieurs activités professionnelles depuis le mois d'avril 2016, notamment en qualité de vendeur dans le secteur de l'habillement et, principalement, en qualité d'employé polyvalent dans le secteur de la restauration. À la date de la décision attaquée, M. A justifie ainsi d'une ancienneté de séjour sur le territoire français d'environ six années, d'une intégration professionnelle d'environ quarante mois en équivalent temps plein, sans qualification ou diplôme particuliers, d'une vie familiale avec une compatriote qui est en situation irrégulière et de deux enfants qui sont en bas âge, étant précisé qu'il ne fait valoir aucune insertion sociale spécifique et qu'il n'allègue pas, non plus, être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente ans. Dans ces conditions, la décision préfectorale n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, dans la mesure où l'admission au séjour de M. A ne répond pas à des considérations humanitaires ou ne se justifie pas au regard de motifs exceptionnels, la décision préfectorale n'a pas été prise en méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, en tout état de cause, des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 de ce code. Enfin, la décision préfectorale qui refuse le droit au séjour de M. A n'a ni pour effet, ni pour objet de le séparer de ses enfants qui sont en bas âge, sachant que son épouse se maintient en situation irrégulière sur le territoire français, et elle n'a donc pas été prise en méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations conventionnelles précitées et de la méconnaissance des dispositions précédemment mentionnées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que, par les moyens qu'il invoque, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 novembre 2020 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte du point précédent que le requérant n'est pas fondé à contester la décision l'obligeant à quitter le territoire français en raison de l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et qu'il n'est ainsi pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 novembre 2020 l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte du point précédent que le requérant n'est pas fondé à contester la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de celle l'obligeant à quitter le territoire français.

11. En second lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

12. Si le requérant soutient qu'il craint pour sa sécurité et pour sa vie en cas de retour au Bangladesh en raison de son engagement passé au sein du parti nationaliste du Bangladesh et des affaires montées de toutes pièces contre lui par les autorités locales, il n'apporte cependant aucune explication et aucune pièce de nature à attester de ses craintes. Les seules références à des articles de presse, à des communications institutionnelles ou à des rapports d'organisations internationales, dont certains sont au demeurant assez anciens, ne saurait suffire à justifier les risques qu'il encourrait personnellement en cas de retour dans son pays d'origine. Au surplus, il est relevé que, par un arrêt du 7 décembre 2015, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté la demande d'asile de M. A. Dans ces conditions, comme l'indique le préfet dans la décision attaquée, le requérant n'établit pas qu'il serait exposé à des peines ou traitements ou à des menaces en cas de retour au Bangladesh. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions conventionnelles et législatives précitées doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 12 novembre 2020 lui fixant le pays de destination.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. Comme le soutient le requérant, il ressort de la décision attaquée que le préfet de la Seine-Saint-Denis a assorti la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une décision portant interdiction de retour sur ce territoire dans la mesure où M. A s'est déjà soustrait à l'exécution d'une mesure d'éloignement du 30 mars 2016 à la suite du rejet de sa demande d'asile, alors que, comme il a été dit au point 4, cette précédente mesure d'éloignement a été annulée par le tribunal administration de Montreuil le 29 septembre 2016. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis qui s'est principalement fondé sur cette précédente obligation de quitter le territoire français pour édicter une mesure d'interdiction de retour a manifestement commis une erreur d'appréciation de la situation de M. A, pris en compte également les éléments mentionnés au point 7 attestant de liens de l'intéressé avec la France. Dès lors, le requérant est fondé à contester la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

15. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est uniquement fondé à demander l'annulation de la décision du 12 novembre 2020 portant interdiction de retour sur le territoire français. L'annulation de cette décision n'implique aucune des injonctions que le requérant a sollicitées.

16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros que M. A demande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Me Taelman et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2022, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

Le rapporteur,Le président,

G. DoyelleC. Tukov La greffière,N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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