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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2111522

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2111522

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2111522
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantDALMAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 août 2021, M. D A, représenté par Me Dalmas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 juillet 2021 par lequel la présidente du conseil régional de la région Ile-de-France l'a révoqué ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de le rétablir dans ses fonctions ;

3°) de mettre à la charge de la région Ile-de-France une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'erreur matérielle sur les faits et d'erreur manifeste d'appréciation du fait de la disproportion de la sanction ;

- son droit à la protection fonctionnelle a été méconnu.

Par un avis en date du 20 décembre 2023, les parties ont été informées que l'affaire était susceptible d'être inscrite au rôle d'une audience du mois de février ou mars 2024 et que la clôture d'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 19 janvier 2024.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, la région Ile-de-France conclut au rejet de la requête.

La région Ile-de-France fait valoir qu'aucun des moyens que contient la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 22 février 2024, la clôture immédiate de l'instruction a été prononcée.

Un mémoire, présenté pour M. A, a été enregistré le 22 février 2024 à 20 h 57, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- et les observations de Mme C, pour la région Ile-de-France.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, recruté le 1er juillet 1999 et titularisé le 1er novembre 2004, adjoint technique principal de 2ème classe titulaire depuis le 1er janvier 2013, demande l'annulation de l'arrêté en date du 17 juillet 2021 par lequel la présidente du conseil régional de la région Ile-de-France l'a révoqué.

I- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

I.A- En ce qui concerne la légalité externe :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction () ". Et aux termes de son article L. 211-5 : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté attaqué, après avoir visé la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, mentionne qu'il est reproché au requérant d'avoir, à plusieurs reprises, méconnu son devoir d'obéissance en s'opposant à des consignes données par son supérieur hiérarchique, adopté un comportement inadapté, irrespectueux et/ou agressif envers ses collègues ainsi que son supérieur hiérarchique, notamment en lançant des objets, enfin de refuser tout dialogue avec sa hiérarchie. Il ajoute que lors de la séance du conseil de discipline du 10 juin 2021, il a rapidement quitté la réunion, refusant d'entendre les griefs formulés à son encontre, de telle sorte qu'il n'apparaît pas en mesure de modifier son comportement, lequel ne cesse de s'aggraver et est à l'origine de graves perturbations sur l'organisation et le bien-être collectif du service. Cet arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé.

I.B- En ce qui concerne la légalité interne :

4. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droit et obligation des fonctionnaires, alors applicable : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale () ". Et aux termes de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, alors applicable : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : () / () Quatrième groupe : la mise à la retraite d'office ; la révocation. ".

5. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

6. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3, il est reproché au requérant d'avoir, à plusieurs reprises, méconnu son devoir d'obéissance en s'opposant à des consignes données par son supérieur hiérarchique, d'avoir adopté un comportement inadapté, irrespectueux et agressif envers ses collègues ainsi que son supérieur hiérarchique, notamment en lançant des objets, enfin d'avoir refusé tout dialogue avec sa hiérarchie. Ces faits, réitérés sur une période courant des mois de mai 2018 à février 2021, sont suffisamment établis par de nombreuses pièces du dossier, notamment le rapport de saisine du conseil de discipline rédigé de façon très circonstanciée et appuyé par des notes également circonstanciées rédigées par le supérieur hiérarchique du requérant ou son adjointe les 1er avril 2019, 24 juillet 2019, 16 octobre 2019, 4 novembre 2019, 21 novembre 2019, 7 avril 2020 et 27 octobre 2020. S'y ajoutent un signalement effectué le 11 janvier 2021 dans le registre de signalement des dangers graves et imminents, des courriels de collègues du requérant faisant état de son comportement agressif ou encore des courriels de ce dernier manifestant à plusieurs reprises son refus d'exécuter les ordres de sa hiérarchie. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. En deuxième lieu, les faits mentionnés au point 4 constituent des fautes de nature à justifier une sanction. Eu égard à leur gravité, qu'il s'agisse des manquements au devoir d'obéissance, des menaces proférées ou des gestes déplacés à l'égard de collègues ou de sa hiérarchie, à leur caractère fréquent et répété sur une période de deux années et onze mois, de nature à troubler le fonctionnement du service, la sanction de révocation n'apparaît pas disproportionnée et ce même si l'intéressé n'a jamais été sanctionné auparavant. A cet égard, si M. A soutient qu'il a été victime de harcèlement de la part de sa hiérarchie, il ne produit aucun commencement de preuve à l'appui de cette allégation. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

8. En troisième et dernier lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7, le requérant se borne à soutenir qu'il a fait l'objet d'un harcèlement moral de la part de sa hiérarchie sans l'établir. Dans ces conditions, son moyen tiré de ce que la région Ile-de-France ne lui a pas accordé la protection fonctionnelle, qu'au demeurant il n'a pas demandée, doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.

II- Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

III- Sur les frais liés au litige :

12. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Ile-de-France, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A réclame au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la région Ile-de-France.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- M. L'hôte, premier conseiller,

- Mme Ghazi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

Le rapporteur,Le président,F. L'hôteJ.-C. TruilhéLa greffière,A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la région Ile-de-France, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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