jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2111568 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | TCHATAT CYRILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 août 2021 et 7 novembre 2022, la société Eiffage Immobilier Ile-de-France, représentée par Me Tchatat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Pantin a refusé de lui délivrer le permis de construire modificatif n° PC 093055 16 B0030 M02, ensemble la décision du 18 juin 2021 de rejet de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Pantin le versement d'une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- l'arrêté litigieux a été pris en méconnaissance des articles L. 153-25 et L. 153-26 du code de l'urbanisme, car les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) d'Est Ensemble n'étaient pas opposable à sa demande de permis de construire ;
- le motif de refus du permis sollicité tiré de la méconnaissance des règles du PLUi relatives à la pleine terre n'est pas fondé.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 9 août et 5 décembre 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, la commune de Pantin, représentée par Me Dangel, conclut au rejet de la requête et à ce que la société requérante soit condamnée à lui verser la somme de 2 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 5 décembre 2022 à 12h par une ordonnance du 7 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jasmin-Sverdlin, rapporteure,
- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,
- et les observations de Me Tchatat, représentant la société requérante et de Me Dangel, représentant la commune de Pantin.
Considérant ce qui suit :
1. Le maire de Pantin a, par arrêté du 10 février 2017, délivré à la société Eiffage Immobilier Ile-de-France, sous le numéro PC 093055 16 B0030, un permis de division en deux lots, de démolition des constructions existantes et de construction de trois immeubles d'habitation avec trois commerces, sur un terrain situé 23-25 rue Victor Hugo à Pantin. La société requérante a déposé, le 22 décembre 2020, sous le numéro PC 093055 16 B0030 M02, une demande de permis de construire modificatif, les demandes de modifications portant notamment sur l'aménagement d'un parking comportant 25 places de stationnement sur une partie des surfaces traitées en pleine terre ainsi que la modification d'aménagements intérieurs des rez-de-chaussée et de l'aspect extérieur des constructions. Par un arrêté du 23 mars 2021 et une décision du 18 juin suivant, dont la société Eiffage Immobilier Ile-de-France demande l'annulation, le maire de Pantin a refusé de délivrer ce permis de construire modificatif et a rejeté le recours gracieux formé par la requérante.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'opposabilité du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) :
2. Aux termes de l'article L. 153-24 du code de l'urbanisme, alors en vigueur : " Lorsque le plan local d'urbanisme porte sur un territoire qui n'est pas couvert par un schéma de cohérence territoriale approuvé, ou lorsqu'il comporte des dispositions tenant lieu de programme local de l'habitat, il est publié et transmis à l'autorité administrative compétente de l'Etat dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales. / Il devient exécutoire à l'issue d'un délai d'un mois à compter de sa transmission à l'autorité administrative compétente de l'Etat. " Aux termes de l'article L. 153-25 de ce code : " Lorsque le plan local d'urbanisme porte sur un territoire qui n'est pas couvert par un schéma de cohérence territoriale approuvé, l'autorité administrative compétente de l'Etat notifie, dans le délai d'un mois prévu à l'article L. 153-24, par lettre motivée à l'établissement public de coopération intercommunale ou à la commune, les modifications qu'il estime nécessaire d'apporter au plan lorsque les dispositions de celui-ci : () 3° Font apparaître des incompatibilités manifestes avec l'utilisation ou l'affectation des sols des communes voisines ; () / Le plan local d'urbanisme ne devient exécutoire qu'après l'intervention, la publication et la transmission à l'autorité administrative compétente de l'Etat des modifications demandées. " Et aux termes de l'article L. 153-26 du même code : " Lorsque le plan local d'urbanisme comporte des dispositions tenant lieu de programme local de l'habitat, l'autorité administrative compétente de l'Etat notifie, dans le délai d'un mois prévu à l'article L. 153-24, par lettre motivée à l'établissement public de coopération intercommunale, les modifications qu'il estime nécessaire d'apporter au plan (). / Le plan local d'urbanisme ne devient exécutoire qu'après l'intervention, la publication et la transmission à l'autorité administrative compétente de l'Etat des modifications demandées. "
3. Par ailleurs, l'article 7 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette période, qui s'applique aux délais à l'issue duquel une décision, un accord ou un avis peut ou doit intervenir ou est acquis implicitement, n'a pas eu pour effet de différer l'entrée en vigueur des décisions administratives, et en particulier des plans locaux d'urbanisme.
4. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le conseil de territoire d'Est Ensemble a approuvé le PLUi par une délibération du 4 février 2020, transmise au préfet de la Seine-Saint-Denis et publiée le 27 février suivant. Par lettre du 28 mars 2020, le préfet, qui n'était pas tenu de proroger le délai d'un mois prévu par l'article L. 153-24 du code de l'urbanisme en application de l'article 7 de l'ordonnance du 25 mars 2020, n'a sollicité aucune modification. Il a en outre indiqué que le PLUi d'Est Ensemble serait exécutoire dès le 27 mars 2020 et opposable sous réserve que les mesures de publicité aient été réalisées, car il ne présentait pas de disposition justifiant une suspension de son caractère exécutoire, en application de l'article L. 153-25.
5. D'autre part, les observations formulées par le préfet de la Seine-Saint-Denis par lettre du 5 avril 2020, concernant le zonage sur deux secteurs de la commune de Bobigny, portent sur des erreurs matérielles et ne constituent pas des demandes de modifications prévues par le 3° de l'article L. 153-25 du code de l'urbanisme, alors que cette lettre précise que " le PLUi approuvé n'appelle pas de remarque du point de vue de la légalité ". Au demeurant, ces erreurs matérielles ont été rectifiées dans le cadre d'une modification n°1 au PLUi, approuvée par délibération du conseil communautaire d'Est Ensemble le 29 juin 2021.
6. Enfin, la société Eiffage Immobilier Ile-de-France ne peut utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 153-26 du code de l'urbanisme, dès lors que le PLUi et le programme local de l'habitat (PLH) sont deux documents distincts, le PLH ayant été approuvé le 13 décembre 2016.
7. Par suite, la société Eiffage Immobilier Ile-de-France n'est pas fondée à soutenir que le maire de Pantin aurait entaché d'illégalité l'arrêté litigieux en instruisant sa demande de permis de construire modificatif présentée le 22 décembre 2020 sur le fondement des dispositions du PLUi d'Est Ensemble.
En ce qui concerne le motif de refus tiré de la méconnaissance des dispositions du PLUi d'Est Ensemble relatives aux espaces de pleine terre :
8. Le règlement du PLUi d'Est Ensemble définit comme espace de pleine terre " un espace qui répond aux conditions cumulatives suivantes : Un espace de pleine terre est un espace libre ne comportant aucune construction, installation, ni aucun ouvrage dans le sol et hors sol. / Il constitue un espace de jardin qui permet la libre infiltration des eaux pluviales. Il peut être le support d'aménagements favorables à la gestion des eaux pluviales à ciel ouvert et à l'amélioration de la biodiversité. / Dans ces cas, il ne dispose d'aucun traitement dans le sol autre que des matériaux naturels (terre, pierre, géotextile d'origine naturelle), dès lors que ces aménagements n'entravent pas l'infiltration des eaux pluviales et le développement du système racinaire des végétaux, notamment des arbres. / Un espace de pleine terre doit être planté et végétalisé. Son traitement végétal privilégie une composition diversifiée et équilibrée. / Il peut comporter le passage éventuel de réseaux (électricité, téléphone, eaux, ou autre infrastructure souterraine de type réseaux de transport en commun). / Les espaces comptabilisés dans l'emprise au sol ne peuvent pas être comptabilisés en espaces de pleine terre. / Les espaces dédiés au stationnement et aux circulations de tout type ne constituent pas des espaces de pleine terre. () " Le règlement du PLUi prévoit, en ce qui concerne la nature en ville que " la totalité de la superficie des espaces de pleine terre devra être végétalisée ". Ce même règlement dispose, concernant l'indice P relatif à la règle d'emprise des constructions et à la nature en ville : " une part de 15% minimum de la superficie du terrain doit être traitée en espace de pleine terre. / En plus de la règle ci-dessus, une part de 20% minimum de la superficie du terrain doit être traitée en coefficient de biotope. / Dans la bande secondaire, au minimum 60% de la superficie du terrain située dans cette bande doivent être traités en espace de pleine terre. " Enfin, ce règlement précise que " les aires de stationnement extérieures doivent être plantées à raison d'un arbre à grand développement au moins par tranche de 4 emplacements réalisés. L'implantation des arbres doit être intégrée entre les emplacements dans une fosse de 12 m3 minimum par arbre et constituer un traitement paysager qualitatif. L'implantation de l'ensemble des arbres en périphérie du stationnement n'est pas autorisée. De plus, les aires de stationnement extérieures doivent être également conçues de façon à limiter l'imperméabilisation des sols. Cette règle est cumulative avec les règles de plantation d'arbres des espaces de pleine terre. "
9. D'une part, à supposer même que les équipements d'intérêt collectif ne soient pas soumis aux dispositions précitées, la société Eiffage Immobilier Ile-de-France n'apporte aucun élément permettant d'établir que le parking de 25 places serait réalisé pour le compte du centre national de la danse dont il constituerait un local accessoire, alors qu'il est constant que sa demande de permis de construire modificatif a été présentée en son nom et pour son compte et qu'en tout état de cause, un parking ne peut être regardé comme un local accessoire. La société requérante ne peut en conséquence utilement invoquer les dispositions du PLUi applicables aux équipements collectifs et services publics.
10. D'autre part, la superficie totale du terrain d'assiette étant de 2 648 m2, le projet devait prévoir un espace de pleine terre représentant au minimum 397,2 m2 de la surface totale du terrain et 769,2 m2 sur la bande secondaire. Or, il ressort des pièces du dossier que les espaces de pleine terre du projet représentent 213 m2, soit seulement 8% de la superficie du terrain et 16,6% de la superficie de la bande secondaire.
11. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que le projet prévoirait la plantation des arbres exigée par les dispositions du règlement du PLUi d'Est Ensemble.
12. Par suite, le maire de Pantin a pu, sans méconnaître les dispositions précitées refuser de délivrer à la société Eiffage Immobilier Ile-de-France le permis sollicité au motif de la méconnaissance des dispositions précitées.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la société Eiffage Immobilier Ile-de-France à fin d'annulation de l'arrêté du 23 mars 2021 et de la décision du 18 juin 2021 de son recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pantin la somme que demande la société requérante, partie perdante à la présente instance, à ce titre.
15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Eiffage Immobilier Ile-de-France le versement à la commune de Pantin de la somme de 2 000 euros, sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Eiffage Immobilier Ile-de-France est rejetée.
Article 2 : La société Eiffage Immobilier Ile-de-France versera à la commune de Pantin la somme de 2 000 (deux mille) euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Eiffage Immobilier Ile-de-France, à la commune de Pantin et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Katia Weidenfeld, présidente,
- Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,
- Mme Marjorie Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
La rapporteure,
I. Jasmin-Sverdlin
La présidente,
K. WeidenfeldLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026