jeudi 1 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2111611 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CALVO PARDO |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée le 18 août 2021 sous le numéro 2111611, Mme E A épouse C, représentée par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle ou de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au préfet de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français sont entachées de défaut d'examen de sa situation et méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- cette décision a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 septembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
II - Par une requête enregistrée le 16 février 2022 sous le numéro 2202679, M. F, représenté par Me Calvo Pardo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle ou de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au préfet de mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire français méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- cette décision a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jasmin-Sverdlin, rapporteure, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A épouse C et M. C, de nationalité indienne, nés respectivement le 3 octobre 1980 et le 9 septembre 1973, ont sollicité, respectivement le 10 avril 2019 et le 8 avril 2019, le renouvellement de leur carte de séjour pluriannuelle. Ils demandent l'annulation des arrêtés en date des 30 juillet 2021 et 1er février 2022, par lesquels le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté leur demande, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils seraient reconduits et a prononcé à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2111611 et n° 2202679 présentent à juger les mêmes questions, relatives à la situation administrative d'un couple au regard du droit au séjour en France. Elles ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions de refus de titre de séjour, assorties d'une obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. C et de Mme A épouse C avant de prendre à leur encontre les décisions contestées.
4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. M. C et Mme A épouse C font valoir qu'ils résident de manière continue en France depuis l'année 2003, pour M. C et depuis l'année 2010, pour son épouse, et que, à la suite de l'injonction prononcée par le tribunal dans son jugement n° 1403031 et n°1403033, ils ont été mis en possession de titres de séjour et de récépissés entre le 23 février 2015 et le 2 janvier 2020 pour M. C et entre le 20 février 2015 et le 1er septembre 2021 pour Mme A épouse C. Les requérants soutiennent également qu'ils sont bien intégrés socialement et professionnellement et que leur fille, née le 16 juillet 2003, a effectué sa scolarité en France et est titulaire d'un titre de séjour. Toutefois, M. C et Mme A épouse C ont été condamnés le 17 octobre 2018 par le tribunal correctionnel de Bobigny à une peine de 6 mois d'emprisonnement avec sursis pour violence suivie d'incapacité supérieure à 8 jours sur leur fille alors mineure. En outre, la commission du titre de séjour a émis des avis défavorables, le 30 juin 2021, concernant Mme A épouse C et le 30 septembre 2021, concernant M. C. Enfin, M. C a été inscrit le 8 janvier 2018 dans le fichier du traitement des antécédents judiciaires pour faits d'escroquerie, abus de confiance et usage de faux en écritures et ne conteste pas la réalité des faits qui lui sont reprochés par le préfet. Par suite, nonobstant les jugements en assistance éducative des 5 février 2019 et 27 juillet 2020, prononçant la mainlevée du placement de la fille des requérants à l'Aide sociale à l'enfance et mentionnant que la situation familiale avait évolué de manière très favorable, M. C et Mme A épouse C, qui ne justifient pas de la nécessité de demeurer auprès de leur fille désormais majeure en France, ni être dépourvus d'attaches familiales en Inde, ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées porteraient au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises ou qu'elles seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leur situation.
En ce qui concerne les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français :
6. En premier lieu, les requérants, qui se bornent à soutenir que leur droit d'être entendus a été méconnu, ne précisent pas en quoi ils disposaient d'informations pertinentes tenant à leur situation personnelle qu'ils ont été empêchés de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français attaquées et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à ces décisions. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions contestées méconnaîtraient le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code prévoit que les décisions d'interdiction de retour sont motivées.
8. D'une part, les décisions prononçant une interdiction de retour sur le territoire français visent les dispositions des articles L. 612-8 et L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précisent que " l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué relativement à la durée de l'interdiction de retour au regard notamment de l'article L. 612-10 ". Le préfet, qui développe dans ses arrêtés l'ensemble des éléments relatifs à la durée de présence de M. C et de Mme A épouse C sur le territoire français, la nature et de l'ancienneté de leurs liens avec la France et qui mentionne la condamnation pénale dont ils ont fait l'objet, a fait état, de manière suffisamment circonstanciée, des éléments de la situation des intéressés au vu desquels il a prononcé des décisions d'interdiction de retour sur le territoire français et fixé leur durée à deux ans. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
9. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier et eu égard notamment aux motifs retenus au point 5, que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. C et de Mme A épouse C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.
10. Il résulte de ce qui précède que M. C et Mme A épouse C ne sont pas fondés à demander l'annulation des décisions du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 30 juillet 2021 et 1er février 2022 rejetant leurs demandes de titre de séjour, les obligeant à quitter le territoire français, dans un délai de trente jours et prononçant à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par suite, leurs conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction, et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes présentées par M. C et Mme A épouse C sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A épouse C, à M. D C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Katia Weidenfeld, présidente,
Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,
Mme Marjorie Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er décembre 2022.
La rapporteure,
I. Jasmin-Sverdlin
La présidente,
K. Weidenfeld
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2111611
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026