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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2111710

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2111710

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2111710
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantBISALU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2021, M. C A B, représenté par Me Bisalu, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de soixante-quinze jours et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de séjour n'est pas motivé ;

- sa situation n'a pas été prise en considération ;

- l'appréciation de la commission du titre de séjour dans son avis défavorable est erronée ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle méconnaît le 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 mai 2023 :

- le rapport de M. Breuille,

- les observations de Me Tsika-Kaya substituant Me Bisalu, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant ivoirien né le 14 juillet 1964, a sollicité, le 4 avril 2016, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 4° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que sur le fondement de l'article L. 313-14 de ce code. Par un jugement n° 1805519 du 21 novembre 2019, le tribunal administratif de Montreuil a annulé la décision implicite de rejet de cette demande née du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis et enjoint au préfet de procéder au réexamen de la demande de M. A B dans le délai de deux mois. Par un arrêté du 13 juillet 2021 dont il demande l'annulation et après avis défavorable rendu par la commission du titre de séjour le 17 juin 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision en litige que le préfet aurait insuffisamment examiné la situation de l'intéressé. Le moyen tiré du défaut d'examen doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, le requérant ne peut utilement contester l'appréciation de la commission du titre de séjour dans son avis défavorable au soutien de ses conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet. Ce moyen, inopérant, doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Par ailleurs, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

7. Si le requérant justifie, par la production de son visa, être entré en France au mois de juillet 2002, il ne démontre pas, par les pièces versées au dossier, résider habituellement depuis 2002 en France quand bien même le maire de Nanterre atteste, dans un courrier du

7 mars 2016, qu'il a travaillé sous un autre nom entre 2006 et 2015 et en dépit de la saisine de la commission du titre de séjour. L'intéressé se prévaut en outre de la relation qu'il entretiendrait avec une compatriote en situation régulière, titulaire d'une carte de résident valable jusqu'en 2025 et avec laquelle il s'est marié le 15 juin 2019. Cependant, en ne versant que des pièces éparses entre 2017 et 2020, il ne justifie de sa communauté de vie avec elle qu'à compter de l'année 2021. Par ailleurs et en tout état de cause, si le requérant a travaillé selon le courrier déjà mentionné jusqu'en mars 2016 pour la commune de Nanterre sous le nom de son cousin, avant de porter à la connaissance de la mairie sa véritable identité et sa situation irrégulière, il ne justifie depuis lors d'aucune insertion professionnelle à l'exclusion d'un unique bulletin de paie de septembre 2018 au nom de son cousin auprès de la mairie de Nanterre et ce nonobstant les circonstances qu'il aurait versé devant le préfet des éléments relatifs à son travail jusqu'au mois de juillet 2019 et que le maire de Nanterre, par son courrier du 7 mars 2016, a indiqué vouloir le réembaucher en cas de régularisation. La commission du titre de séjour a à cet égard rendu un avis défavorable au motif d'une absence de projet professionnel avéré. En outre, le requérant n'établit pas par les pièces qu'il verse au dossier que son épouse travaillerait. Le requérant soutient sans le démontrer dans sa requête que ses parents seraient décédés alors que résiderait encore dans son pays d'origine sa mère selon les termes de l'arrêté en litige. Enfin, le requérant n'est pas, comme il le soutient, le père de deux enfants français de son épouse, nés de deux autres pères différents le 30 mai 2002 et le 17 juin 2005. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'arrêté en litige n'a pas davantage porté une atteinte supérieure à l'intérêt supérieur des enfants et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions, en vigueur à la date de l'arrêté en litige en lieu et place des dispositions invoquées par le requérant, et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. En sixième lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. En septième lieu, le requérant, qui n'est pas père d'enfants français, ne peut utilement se prévaloir des dispositions du 6° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais reprises à l'article L. 423-7 de ce code, sur le fondement desquelles il n'établit ni même n'allègue en outre avoir demandé de titre de séjour, le préfet n'ayant examiné la demande du requérant que sur le fondement de l'article L. 435-1 de ce code.

12. En huitième lieu, le requérant ne peut pas davantage utilement se prévaloir des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais reprises à l'article L. 423-23 de ce code, sur le fondement duquel le requérant n'établit ni même n'allègue avoir formulé de demande de titre de séjour et que le préfet n'a pas examiné d'office dans l'arrêté en litige.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A B doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

Mme Caron-Lecoq, première conseillère,

M. Breuille, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023.

Le rapporteur,

L. Breuille

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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