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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2111734

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2111734

vendredi 24 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2111734
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantBIANGOUO NGNIANDZIAN KANZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2021, M. A E, représenté par Me Biangouo Ngniandzian-Kanza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juillet 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 300 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; elle est insuffisamment motivée et le fondement de la demande de titre de séjour n'est pas mentionné avec précision dans l'arrêté attaqué ; sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen sérieux et personnalisé ; la preuve de la notification à l'employeur par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de la lettre datée du 16 mars 2021 n'est pas apportée par le préfet ; elle est entachée d'erreur de fait, d'erreur de qualification juridique des faits et d'erreurs de droit ; les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont été méconnues ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : elle doit être annulée par voie d'exception d'illégalité, étant entachée des mêmes vices que la décision de refus de titre de séjour ;

- en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : elle doit être annulée par voie d'exception d'illégalité, étant entachée des mêmes vices que la décision de refus de titre de séjour ; elle l'expose à des traitements inhumains et dégradants.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 5 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant congolais né le 11 novembre 1988 à Kinshasa, a déposé une demande de titre de séjour le 23 avril 2019. Par un arrêté du 30 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2021-1836 du 19 juillet 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 19 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme C B, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment la décision en litige en cas d'absence ou d'empêchement des agents la précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de titre de séjour, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 421-1 à L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que le requérant a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié, énonce avec une précision suffisante les considérations de fait qui ont conduit le préfet à prendre la décision litigieuse. Si cet arrêté mentionne par erreur que le requérant a sollicité le renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, il n'en résulte pas que cette décision ne répondrait pas à l'exigence de motivation prévue par l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cette décision et du défaut de précision sur le fondement de la demande de titre de séjour doivent être écartés.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation du requérant.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail : " I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () / II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. E était titulaire d'un titre de séjour portant la mention " salarié ", qui a expiré le 8 avril 2019. Ainsi, sa demande présentée le 23 avril 2019 ne tendait pas au renouvellement d'un titre de séjour mais constituait une nouvelle demande de titre de séjour portant la mention " salarié ". Il résulte des dispositions précitées que la délivrance d'un tel titre était subordonnée à la détention préalable par l'intéressé d'une autorisation de travail. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que cette demande a été rejetée par une décision de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi en date du 16 mars 2021. Par suite, la demande de titre de séjour du requérant ne pouvait qu'être rejetée, peu important que le préfet n'apporte pas la preuve de la notification à l'employeur de la décision du 16 mars 2021. Il suit de là que le moyen tiré de l'erreur de droit qui résulterait de la méconnaissance par le préfet de l'étendue de sa compétence ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E aurait présenté une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions ont été reprises à l'article L. 423-23 du même code, ni qu'il aurait sollicité une demande de régularisation de sa situation dans le cadre du pouvoir discrétionnaire du préfet. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait commis une erreur de droit en n'ayant pas examiné sa situation sur ces fondements ni invoquer la méconnaissance des dispositions du 7° de l'article L. 313-11.

8. En sixième lieu, si l'arrêté attaqué mentionne à tort que le requérant a demandé le renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, le préfet n'a pas omis de se prononcer sur la demande de titre de séjour portant la mention " salarié " présentée par le requérant et cette erreur n'a eu aucune influence sur le sens de la décision en litige. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de qualification juridique des faits ne peuvent qu'être écartés.

9. En septième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. M. E soutient qu'il réside depuis de nombreuses années régulièrement en France où il exerce une activité salariée depuis l'année 2016. Toutefois, par les pièces qu'il produit, il justifie résider continuellement en France depuis tout au plus le mois de mai 2016. En outre, l'arrêté attaqué, non contesté sur ce point, mentionne qu'il est célibataire et sans charge de famille. Enfin, si le requérant établit avoir exercé des activités salariées depuis l'année 2016, notamment en tant que manutentionnaire, opérateur logistique polyvalent et préparateur de commandes, la période d'emploi dont il justifie présente un caractère peu homogène alors notamment qu'il ressort des pièces du dossier que depuis le mois de juillet 2019 il effectue des missions de durées variables en tant que travailleur intérimaire. Par suite, il n'en résulte pas qu'il pourrait se prévaloir d'une insertion professionnelle très importante. Il suit de là que la décision attaquée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par cette décision. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, si le requérant soutient qu'il risque d'être exposé à des traitements inhumains ou dégradants dans son pays d'origine et entend ainsi se prévaloir de la protection garantie par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui énonce que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ", il n'apporte aucune précision sur les éléments susceptibles d'établir qu'il existerait des motifs sérieux et avérés de croire qu'en cas de retour dans ce pays il se trouverait exposé au risque de subir les actes proscrits par ces stipulations. Il suit de là que le moyen ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 2 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.

Le rapporteur,

D. D

La présidente,

J. JimenezLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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