vendredi 30 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2111928 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SKANDER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 30 août 2021, Mme A C, représentée par Me Skander, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de carte de séjour temporaire et de changement de statut, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour provisoire dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de l'ensemble des décisions :
- elles sont entachées d'un vice d'incompétence ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'accord franco-tunisien ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Myara, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante tunisienne, née le 18 décembre 1993, est entrée sur le territoire français le 7 octobre 2012 sous couvert d'un visa long séjour en qualité d'étudiante. Par un arrêté du 9 août 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour ou de changement de statut, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande l'annulation de cet arrêté.
S'agissant de l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, par arrêté n° 2021-1191 du 18 mai 2021 régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 19 mai 2021 suivant, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, signataire de l'arrêté attaqué, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration et du chef du bureau de l'accueil et de l'admission au séjour, à l'effet de signer les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixation du délai de départ et interdiction de retour. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. En outre, il mentionne la nationalité de l'intéressée, que sa demande d'autorisation de travail a fait l'objet d'un rejet par la DIRECCTE et fait état des éléments relatifs à sa situation privée, familiale et professionnelle, en considération desquels le préfet a estimé que Mme C ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer le titre de séjour sollicité et a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Les décisions en cause comportent ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et les moyens tirés par la requérante de ce qu'elles seraient entachées d'insuffisance de motivation et défaut d'examen doivent être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que cette procédure ne s'applique pas aux décisions faisant suite à une demande, dont l'auteur a alors été en mesure de présenter toutes observations de son choix. Ainsi la décision de refus de titre statuant sur une demande du requérant, et celui-ci étant par ailleurs, à l'occasion de cette demande, en mesure de présenter également toutes observations utiles dans la perspective d'une éventuelle obligation de quitter le territoire susceptible d'être prise dans le même arrêté que le refus de titre, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance de ces dispositions, alors par ailleurs qu'il n'établit ni même n'allègue qu'il aurait été en possession de nouveaux éléments à faire valoir qui auraient conduit le préfet à prendre des décisions différentes.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du
17 mars 1988 : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié" ". L'article 11 de cet accord stipule : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ".
6. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de faire droit à la demande de changement de titre de séjour présentée par Mme C en qualité de salariée, le préfet de la Seine-Saint-Denis a relevé, à la suite de l'avis défavorable à la demande d'autorisation de titre de séjour rendu le 11 mars 2021 par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) d'Ile-de-France que, d'une part, l'employeur de l'intéressée n'a pas apporté la preuve d'avoir recherché des candidats disponibles sur le marché de l'emploi et, d'autre part, le profil de l'intéressée n'était pas en adéquation avec le poste d'assistante de communication, accessible avec un diplôme de niveau " bac +2 " à Master dans le secteur de la communication. En outre, si Mme C allègue avoir bénéficié de plusieurs formations en informatique, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a pas achevé son cursus et n'a ainsi pas obtenu de diplôme. Enfin, l'intéressée ne verse aucune pièce permettant de justifier qu'elle aurait formé un recours contre la décision de la DIRECCTE ou que son employeur aurait fourni des justificatifs supplémentaires. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu, à bon droit et sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser à Mme C la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " salarié ".
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Mme C se prévaut de la durée de son séjour ainsi que d'une promesse d'embauche établie par la société Adservio pour un emploi d'assistante de communication. Elle justifie, par les pièces qu'elle produit, relatives notamment à son activité professionnelle en France, de l'ancienneté et de la durée alléguées de sa présence sur le territoire national. Toutefois, si l'intéressée soutient partager sa vie avec un compagnon, elle n'en apporte pas la preuve, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'elle est sans charge de famille et ne justifie d'aucune attache familiale ou d'attaches personnelles particulièrement intenses en France. En outre, Mme C n'allègue pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et libertés fondamentales doivent être écartés.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, pour les motifs rappelés aux points précédents, la décision portant refus de titre n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Si Mme C soutient qu'elle ne peut retourner dans son pays d'origine en raison des risques encourus, les considérations générales qu'elle avance sur la situation en Tunisie ne permettent nullement d'établir la réalité de ces risques. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requérante doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte, et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la
Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Myara, président,
M. Marias, premier conseiller,
Mme Parent, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 juin 2023.
Le président-rapporteur,L'assesseur le plus ancien,
A. MyaraH.Marias
La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026