jeudi 9 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2111947 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SCP TIRARD & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par un jugement avant dire droit du 7 avril 2022, le tribunal, a sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, sursis à statuer sur la requête de M. I G, Mmes H E, Annie Peralta, Hélène Poitevin, Clémence Lafond, Maria Isabel Becerra Castro, Virginie Bussuttil, Nadège Mazel, Siva Sunita et MM. Mathieu Gelezeau, Yann Divet, Samuel Boussion, Nicolas Lherpinière, Malek Boufassa tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine a accordé un permis de construire à la SNC des Deux Mondes en vue de surélever et étendre deux immeubles de bureaux préexistants, avec création de deux commerces, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 26 avril 2021, pour permettre la notification au tribunal d'un acte régularisant le vice relatif à l'absence de saisine de l'autorité environnementale dans le cadre de l'examen au cas par cas prévu par l'article R. 122-2 du code de l'environnement.
Par des mémoires et des pièces enregistrés les 9 septembre et 14 novembre 2022, la SNC des Deux Mondes, représentée par Me Rochmann-Sacksick, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 10 000 euros au titre des frais de justice.
Elle fait valoir que l'autorité environnementale a pris, le 2 août 2022, une décision dispensant le projet d'évaluation environnementale et qu'un permis de construire modificatif lui a été délivré le 4 octobre 2022. Elle soutient en outre que les moyens soulevés à l'encontre du permis de construire modificatif par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire enregistré le 1er novembre 2022, M. I G, Mmes H E, Annie Peralta, Hélène Poitevin, Clémence Lafond, Maria Isabel Becerra Castro, Virginie Bussuttil, Nadège Mazel, Siva Sunita et MM. Mathieu Gelezeau, Yann Divet, Samuel Boussion, Nicolas Lherpinière, Malek Boufassa, représentés par Me Ribière, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2020 par lequel le maire de la commune de Saint-Ouen-sur-Seine a accordé un permis de construire à la SNC des Deux Mondes en vue de surélever et étendre deux immeubles de bureaux préexistants, avec création de deux commerces, ensemble la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé le 26 avril 2021, ainsi que le permis modificatif délivré le 4 octobre 2022 ;
2°) de condamner la commune de Saint-Ouen-sur-Seine et la SNC des Deux Mondes à leur verser une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Les requérants soutiennent que :
- le signataire du permis de construire modificatif ne disposait pas d'une délégation régulière et régulièrement publiée ;
- l'inspection générale des carrières aurait dû être saisie à nouveau ;
- la décision de l'autorité environnementale du 2 août 2022 est entachée d'illégalité en raison de l'incompétence de sa signataire, de son insuffisance de motivation, et de défaut d'examen des effets négatifs notables du projet sur la santé humaine eu égard aux risques liés au désamiantage.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2022, la commune de Saint-Ouen, représentée par Me Guillot, conclut au rejet de la requête et à la condamnation des requérants à lui verser une somme de 7 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,
- les conclusions de M. Löns, rapporteur public ;
- et les observations de Me Ribière, représentant les requérants, et de Me Savereux-Joly, représentant la commune de Saint-Ouen-sur-Seine.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 26 juin 2020, le maire de Saint-Ouen-sur-Seine a délivré à la SNC des Deux Mondes un permis de construire pour la surélévation et l'extension d'immeubles de bureaux et la création de deux commerces, sur un terrain situé au 108, avenue Gabriel Péri et 21, rue Garibaldi. Par un jugement avant dire droit du 7 avril 2022, le tribunal a, sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, sursis à statuer sur la requête présentée par M. G et plusieurs autres voisins du projet, pour permettre l'obtention par la pétitionnaire d'un permis de construire de régularisation. Celui-ci a été accordé à la SNC des Deux Mondes par arrêté du 4 octobre 2022. Par la présente requête, M. G et autres demandent au tribunal d'annuler ces arrêtés, ensemble la décision implicite de rejet du recours gracieux formé par certains requérants le 26 avril 2021 contre le permis de construire initial.
Sur le cadre juridique applicable :
2. Lorsqu'un permis de construire ou d'aménager a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée, notamment, par la délivrance d'un permis de régularisation dès lors que celui-ci assure les respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises.
3. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial. En outre, à compter de la décision par laquelle le juge fait usage de la faculté de surseoir à statuer ouverte par l'article L. 600-5-1, seuls des moyens dirigés contre le permis de régularisation notifié, le cas échéant, au juge peuvent être invoqués devant ce dernier.
4. Par ailleurs, il appartient au juge, lorsqu'il se prononce à l'issue du sursis à statuer résultant de ces dispositions, de déterminer si le ou les moyens qu'il avait retenus, dans son jugement avant-dire droit, demeurent fondés, compte tenu de la délivrance de ce permis de construire de régularisation. Il doit ainsi, dans tous les cas, se prononcer sur chaque moyen qu'il a jugé fondé et au titre duquel il a mis en œuvre le mécanisme prévu par l'article L. 600-5-1.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le vice relevé par le jugement avant dire droit du 7 avril 2022 :
5. Il est constant que l'autorité environnementale a été saisie par la SNC des Deux Mondes d'une demande d'examen au cas par cas le 29 juin 2022. A la suite de la décision de cette autorité, en date du 2 août 2022, de dispenser le projet de la réalisation d'une évaluation environnementale, la commune de Saint-Ouen a délivré à la SNC des Deux Mondes un permis de construire de régularisation par arrêté du 4 octobre 2022. Il s'ensuit que le moyen retenu dans le jugement avant-dire droit mentionné ci-dessus a été régularisé.
En ce qui concerne les vices propres du permis de construire de régularisation :
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B D, deuxième adjoint et signataire de l'arrêté en date du 4 octobre 2022, a reçu délégation de fonction et de signature du maire de Saint-Ouen-sur-Seine, à l'effet de signer tout acte relatif à l'aménagement et au développement urbain durable, par arrêté du 31 juillet 2020, transmis au contrôle de légalité et affiché à compter du 3 août 2020. Dans ces conditions, eu égard à la nature du projet considéré qui porte sur la rénovation et la surélévation d'immeubles de bureaux, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
7. En deuxième lieu, eu égard à leur teneur, les modifications apportées au permis de construire initial par le permis de régularisation, qui résultent seulement de la présence au dossier de l'avis de l'autorité environnementale du 2 août 2022 dispensant le projet de la réalisation d'une évaluation environnementale, et de la clarification de l'usage du rooftop de l'immeuble, n'étaient pas de nature à remettre en cause l'appréciation portée par l'inspection générale des carrières, dans son avis rendu le 16 avril 2019. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la consultation de ce service doit être écarté.
En ce qui concerne les irrégularités de l'avis de l'autorité environnementale :
8. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 19 juillet 2022, régulièrement publié, le préfet de la région Ile-de-France a donné délégation à Mme A à l'effet de signer tous actes relevant des attributions de la direction régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Ile-de-France. Par ailleurs, par arrêté du 26 juillet 2022, également régulièrement publié, Mme A a donné délégation à M. F à l'effet de signer les décisions portant obligation ou non de réaliser une évaluation environnementale. Par suite, le moyen tiré de ce que M. F aurait été incompétent pour signer l'avis de l'autorité environnementale du 2 août 2022 doit être écarté.
9. En deuxième lieu, aux termes du IV de l'article R. 122-3-1 du code de l'environnement, " L'autorité chargée de l'examen au cas par cas apprécie, dans un délai de trente-cinq jours à compter de la date de réception du formulaire complet, sur la base des informations fournies par le maître d'ouvrage, si les incidences du projet sur l'environnement et la santé humaine sont notables au regard des critères pertinents énumérés à l'annexe du présent article. Le cas échéant, elle tient compte des résultats disponibles d'autres évaluations pertinentes des incidences sur l'environnement requises au titre d'autres législations applicables ".
10. Il ressort de la décision du 2 août 2022 qu'après avoir décrit le projet et constaté que la surface de plancher après travaux serait supérieure à 10 000 m², l'autorité environnementale a indiqué que le site d'implantation du projet était déjà entièrement imperméabilisé, n'interceptait aucun périmètre de protection ou d'inventaire relatif aux milieux naturels, au paysage et au patrimoine et ne figurait dans aucune base de données recensant les sites et sols potentiellement pollués. Elle a en outre rappelé la responsabilité du maître d'ouvrage en la matière, ainsi qu'en ce qui concerne le démantèlement des dispositifs de rafraîchissement des locaux et la gestion des déchets issus de la démolition de bâtiments construits avant le 1er juillet 1997 et pouvant potentiellement contenir de l'amiante. L'autorité environnementale a, par ailleurs, constaté que le secteur était correctement desservi par les transports en commun et que le projet, qui ne générera pas d'augmentation notable du trafic routier, d'une part, et n'aura pas d'impact majeur sur la qualité de l'air et l'ambiance sonore, en phase de travaux comme d'exploitation, d'autre part, prévoit des mesures de nature à limiter l'impact de la pollution sonore exogène sur les futurs utilisateurs des bâtiments. Enfin, elle a précisé que le projet était concerné par un périmètre relatif à une ancienne carrière et que l'instruction de la demande de permis de construire imposait donc la consultation de l'inspection générale des carrières. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la décision conclut que le projet n'est pas susceptible d'avoir des impacts notables sur l'environnement ou sur la santé humaine. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision de l'autorité environnementale ne serait pas suffisamment motivée.
11. En troisième lieu, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'autorité environnementale, qui a relevé que le projet était concerné par un périmètre relatif à une ancienne carrière et a rappelé les règles générales applicables en matière de travaux susceptibles de concerner des zones amiantées, a pris en considération les risques liés à la situation du projet et à la présence éventuelle d'amiante, tout en estimant que la consultation de l'inspection générale des carrières et les engagements pris par le maître d'ouvrage étaient suffisants pour que le projet ne soit pas susceptible d'avoir un impact notable à ces égards. Il s'ensuit que les moyens tirés du défaut d'examen doivent être écartés.
12. Il résulte de ce qui précède que M. G et autres ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du maire de Saint-Ouen-sur-Seine des 26 juin 2020 et 4 octobre 2022, ensemble le rejet du recours gracieux formé le 26 avril 2021.
Sur les frais liés au litige :
13. La circonstance qu'au vu de la régularisation intervenue en cours d'instance, le juge rejette finalement les conclusions dirigées contre la décision initiale, dont le requérant était fondé à soutenir qu'elle était illégale et dont il est, par son recours, à l'origine de la régularisation, ne doit pas à elle seule, pour l'application de ces dispositions, conduire le juge à mettre les frais à sa charge ou à rejeter les conclusions qu'il présente à ce titre.
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner la commune de Saint-Ouen-sur-Seine à verser aux requérants une somme totale de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par les autres parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. G et autres sont rejetées.
Article 2 : La commune de Saint-Ouen-sur-Seine versera une somme totale de 2 000 (deux mille) euros aux requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Ouen-sur-Seine et la SNC des Deux Mondes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. I G, premier dénommé pour l'ensemble des requérants, à la SNC des Deux Mondes, à la commune de Saint-Ouen-sur-Seine et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure,
- Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,
- Mme Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mars 2023.
La présidente-rapporteure,
K. Weidenfeld
La première assesseure,
I. Jasmin-SverdlinLa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026