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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2112047

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2112047

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2112047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET KOSZCZANSKI & BERDUGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er septembre 2021 et le 24 mars 2022, M. A, représenté par Me Berdugo, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé ;

3°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur de fait s'agissant de son insertion professionnelle ;

- la commission du titre de séjour aurait dû être saisie ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 décembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 16 juin 2022 à 12 h par une ordonnance du 1er juin 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier, et notamment les pièces complémentaires enregistrées le 8 septembre pour M. A ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant égyptien, est entré en France au mois de juin 2011 selon ses déclarations. Par un jugement n° 1911684 du 12 décembre 2019, le tribunal administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du 20 octobre 2019 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. A à quitter le territoire français et a ordonné à cette même autorité de réexaminer la situation administrative de M. A. Par un arrêté du 3 août 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Il ressort des pièces du dossier que la caducité de la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été constatée par une décision du 17 mai 2022. Ses conclusions tendant au prononcé de son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ont, dès lors, perdu leur objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur la décision portant refus de titre séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté litigieux vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 8, et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 435-1. Il précise que l'intéressé déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français au cours de l'année 2011 et que, s'il se prévaut d'une présence habituelle et continue en France depuis cette date, il n'en justifie pas pour les années 2011 et 2014. En outre, l'arrêté souligne que M. A, célibataire et sans enfants, ne justifie pas de l'intensité de ses liens personnels et familiaux en France, et relève qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident toujours ses parents et d'autres membres de sa fratrie. Enfin, le préfet indique également que l'intéressé n'établit pas être inséré professionnellement et que la promesse d'embauche qu'il produit ne saurait lui permettre, à elle seule, de prétendre à une admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, l'arrêté en litige, qui n'a pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont l'autorité administrative pourrait avoir connaissance, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des termes de l'arrêté attaqué que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation de l'intéressé.

4. En deuxième lieu, si M. A établit avoir transmis à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, par un courrier recommandé en date du 15 juillet 2021, reçu le 19 juillet suivant, les pièces justificatives afférentes à son activité professionnelle exercée depuis le mois de février 2021 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, l'erreur de fait commise est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que, eu égard au caractère très récent de l'insertion professionnelle de l'intéressé, le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ". En outre, aux termes de l'article L. 432-13 du même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

6. M. A se prévaut d'une présence habituelle sur le territoire français depuis plus de dix ans et soutient, à ce titre, que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait dû saisir la commission du titre de séjour pour avis avant de prendre la décision attaquée. Néanmoins, le requérant, qui ne produit que deux courriers de la caisse primaire d'assurance maladie au titre de l'année 2011, ainsi que deux ordonnances, trois relevés bancaires et une attestation médicale établie postérieurement au titre de l'année 2014, ne saurait être regardé comme versant aux débats des éléments suffisamment nombreux et probants de nature à établir la réalité de son séjour habituel en France depuis plus de dix ans. Dans ces conditions, le moyen tiré du vice de procédure en l'absence de consultation de la commission du titre de séjour doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été au point précédent que M. A ne peut se prévaloir d'une présence habituelle sur le territoire français qu'au titre des années 2012 à 2013 et 2015 à 2021. En outre, si l'intéressé, célibataire et sans enfant, établit que plusieurs membres de sa famille résident de manière régulière sur le territoire français, en particulier l'un de ses frères et deux oncles, il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où le préfet de la Seine-Saint-Denis indique sans être démenti que résident encore ses parents et d'autres membres de sa fratrie. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que M. A établit avoir été employé d'abord par une première société dans le cadre d'un contrat à durée déterminée de février à mai 2021 en qualité de peintre en bâtiment, puis par une seconde société en qualité de plaquiste oriental dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis juin 2021, l'intéressé ne saurait être regardé comme justifiant d'une insertion professionnelle stable et significative, eu égard au caractère très récent de celle-ci. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Eu égard à la situation personnelle et familiale du requérant telle que décrite au point 7 du présent jugement, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et méconnaîtrait, par suite, les stipulations et dispositions précitées. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, qui reprennent ce qui a été précédemment développé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté du 3 août 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais d'instance, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Salzmann, présidente,

- Mme de Bouttemont, première conseillère,

- M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

La présidente - rapporteure,L'assesseure la plus ancienne,SignéSignéM. C M. de BouttemontLa greffière,

SignéA. Espeisses

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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