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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2112342

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2112342

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2112342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCABINET GOUTAL, ALIBERT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 septembre 2021, M. C Calméjane doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° CM/080721/04 du 8 juillet 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune de Villemomble a autorisé l'acquisition amiable par la ville du local d'activités et du box n° 348, cadastrés section J n° 180, d'une contenance d'environ 56 m2, situés au 41 bis avenue Outrebon à Villemomble pour un montant de 255 000 euros ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Villemomble la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la délibération attaquée n'est pas motivée s'agissant du non-respect de l'estimation par les services du domaine de la valeur vénale du bien acquis ;

- il n'a pas eu connaissance de la date de transmission de la délibération attaquée à la préfecture et le compte-rendu de séance n'a pas été approuvé par le conseil municipal.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2021, la commune de Villemomble, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. Calméjane en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors qu'elle ne fait état d'aucun moyen suffisamment étayé en méconnaissance de l'article R. 411-1 du code de justice administrative ;

- le moyen tiré du défaut de motivation est irrecevable dès lors qu'il ne comporte pas des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et que le requérant n'invoque aucune disposition législative ou réglementaire ;

- le moyen de la requête n'est pas fondé.

La requête a été communiquée à Mme D A qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par une ordonnance du 10 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,

- et les observations de Me Degirmenci, substituant Me Peynet, représentant la commune de Villemomble.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération n° CM/080721/04 du 8 juillet 2021, le conseil municipal de la commune de Villemomble a autorisé l'acquisition amiable par la ville du local d'activités et du box n° 348, cadastrés section J n° 180, d'une contenance d'environ 56 m2, situés au 41 bis avenue Outrebon à Villemomble pour un montant de 255 000 euros. Par la présente requête, M. Calméjane, conseiller municipal, doit être regardé comme demandant l'annulation de cette délibération.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2121-29 du code général des collectivités territoriales : " Le conseil municipal règle par ses délibérations les affaires de la commune. () ". Aux termes de l'article L. 2241-1 du même code : " Le conseil municipal délibère sur la gestion des biens et les opérations immobilières effectuées par la commune (). / (). / Toute cession d'immeubles ou de droits réels immobiliers par une commune de plus de 2 000 habitants donne lieu à délibération motivée du conseil municipal portant sur les conditions de la vente et ses caractéristiques essentielles. Le conseil municipal délibère au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'Etat. Cet avis est réputé donné à l'issue d'un délai d'un mois à compter de la saisine de cette autorité ". Aux termes de l'article L. 2241-3 du même code : " Lorsque les communes et leurs établissements publics procèdent à des acquisitions immobilières à l'amiable suivant les règles du droit civil, ou lorsque l'acquisition a lieu sur licitation, le notaire rédacteur de l'acte procède s'il y a lieu, sous sa responsabilité, à la purge de tous privilèges et hypothèques. () ". Aux termes de l'article L. 1311-9 du même code : " Les projets d'opérations immobilières mentionnés à l'article L. 1311-10 doivent être précédés, avant toute entente amiable, d'une demande d'avis de l'autorité compétente de l'Etat lorsqu'ils sont poursuivis par les collectivités territoriales, leurs groupements et leurs établissements publics () ". L'article L. 1311-10 de ce code dispose que : " Ces projets d'opérations immobilières comprennent : / () 2° Les acquisitions à l'amiable, par adjudication ou par exercice du droit de préemption, d'immeubles, de droits réels immobiliers, de fonds de commerce et de droits sociaux donnant vocation à l'attribution, en pleine propriété, d'immeubles ou de parties d'immeubles, d'une valeur totale égale ou supérieure à un montant fixé par l'autorité administrative compétente , ainsi que les tranches d'acquisition d'un montant inférieur, mais faisant partie d'une opération d'ensemble d'un montant égal ou supérieur ; () ". Aux termes, enfin, de l'article L. 1311-11 du même code : " Les personnes mentionnées au premier alinéa de l'article L. 1311-9 délibèrent au vu de l'avis de l'autorité compétente de l'État ".

3. D'une part, contrairement à ce que soutient la commune en défense, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la délibération attaquée, tel qu'il est articulé dans la requête introductive d'instance, comporte les précisions suffisantes permettant au juge d'en apprécier le bien-fondé.

4. D'autre part, il ne ressort ni des dispositions précitées, ni d'aucun autre texte que la délibération du conseil municipal autorisant le maire à acquérir un bien à l'amiable doive être motivée, même lorsqu'elle fixe un prix supérieur à celui proposé par les services du domaine. À cet égard, est sans influence la circonstance selon laquelle l'avis du domaine du 24 juin 2021, qui n'a pas valeur réglementaire, mentionne à tort que " les collectivités territoriales et leurs groupements peuvent sur délibération motivée s'écarter de cette valeur ". En tout état de cause, en l'espèce, la délibération attaquée identifie les biens à acquérir, rappelle que, par un courrier du

4 juin 2021, Mme A a proposé à la commune l'acquisition desdits biens au prix de 255 000 euros, que la commune a confirmé sa volonté d'acquérir ce local, que l'avis du domaine du 24 juin 2021 a estimé la valeur vénale de la cession des biens à 211 000 euros, expose les motifs de cette acquisition, à savoir notamment le projet d'installation d'une boutique à l'essai afin de redynamiser le centre-ville de la commune, et, enfin, approuve le prix de cette acquisition amiable à 255 000 euros. Ainsi, la délibération, qui est suffisamment précise, n'avait pas à indiquer les motifs pour lesquels le prix d'acquisition par la commune des biens en litige est supérieur à l'estimation de la valeur vénale par les services du domaine. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En second lieu, à supposer que le requérant, qui fait valoir qu'il n'a pas eu connaissance de la date de transmission de la délibération attaquée à la préfecture et que le compte-rendu de séance n'a pas été approuvé par le conseil municipal, ait entendu soulever des moyens à ce titre, ces circonstances sont toutefois sans influence sur la légalité de la délibération attaquée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Villemomble, que M. Calméjane n'est pas fondé à demander l'annulation de la délibération n° CM/080721/04 du 8 juillet 2021 du conseil municipal de la commune de Villemomble.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Villemomble, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée par M. Calméjane, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Au demeurant, le requérant, qui n'a pas constitué ministère d'avocat, ne justifie pas avoir engagé des frais dans le cadre de la présente instance. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. Calméjane le versement d'une somme de 500 euros à la commune de Villemomble, au titre des mêmes frais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. Calméjane est rejetée.

Article 2 : M. Calméjane versera une somme de 500 euros à la commune de Villemomble en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C Calméjane, à Mme D A et la commune de Villemomble.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Truilhé, président,

Mme Ghazi, première conseillère,

Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La rapporteure,Le président,Mme BazinM. TruilhéLa greffière,Mme B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 211234

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