jeudi 17 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2112398 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | FIDAL DIRECTION PARIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 septembre 2021, la société Le Roi du Marché, représentée par Me Aït-Hocine, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 27 juillet 2021 par laquelle le maire de Saint-Denis a préempté le fonds de commerce de " café, bar, brasserie, restauration rapide, point de vente de jeux ou de course ", situé au 1, cour des Arbalétriers à Saint-Denis ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis la somme de 1 500 euros, en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
La société requérante soutient que :
- le signataire de la décision litigieuse ne justifie pas de sa compétence ;
- cette décision est entachée d'une insuffisance de motivation ;
- la motivation de cette décision est entachée d'erreur de droit, au regard de l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme dès lors que l'objet de la préemption est identique à l'activité commerciale de restauration exercée par l'acquéreur du bien préempté et que le prix de ce bien est supérieur à l'estimation réalisé par la direction départementale des finances publiques ;
- la faute commise par la commune est de nature à engager sa responsabilité et justifie une indemnisation en raison du préjudice subi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Santoni, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture immédiate de l'instruction a été fixée au 13 juillet 2022 par une ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jasmin-Sverdlin, rapporteure,
- les conclusions de M. Löns, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 27 juillet 2021, le maire de Saint-Denis a préempté un fonds de commerce de " café, bar, brasserie, restauration rapide, point de vente de jeux ou de course ", situé au 1, cour des Arbalétriers à Saint-Denis. La société Le Roi du Marché, propriétaire de ce bien, demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme : " Le conseil municipal peut, par délibération motivée, délimiter un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité, à l'intérieur duquel sont soumises au droit de préemption institué par le présent chapitre les aliénations à titre onéreux de fonds artisanaux, de fonds de commerce ou de baux commerciaux. " D'autre part, aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, () par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues à l'article L. 211-2 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal () ". Aux termes de l'article L. 2122-17 du même code : " En cas d'absence, de suspension, de révocation ou de tout autre empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint, dans l'ordre des nominations et, à défaut d'adjoint, par un conseiller municipal désigné par le conseil ou, à défaut, pris dans l'ordre du tableau ".
3. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération du 4 juillet 2020, le conseil municipal de Saint-Denis a délégué au maire le pouvoir, pendant toute la durée de son mandat, " d'exercer au nom de la commune, à l'intérieur du périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité défini par délibération en date du 23 octobre 2008 le droit de préemption sur les aliénations à titre onéreux : des fonds de commerce () ". Il ressort en outre des pièces du dossier, notamment du certificat établi par le maire de Saint-Denis, que le 27 juillet 2021, date de la décision attaquée, ce dernier, ainsi que ses trois premiers adjoints dans l'ordre du tableau, étaient en congés. Dès lors, son quatrième adjoint était compétent pour signer la décision contestée, adoptée sur le fondement de l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme. Par suite, la société Le Roi du Marché n'est pas fondée à soutenir que la décision de préemption litigieuse est entachée d'incompétence.
4. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors en vigueur : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé () " Aux termes de l'article L. 300-1 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain () de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux () / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations () ".
5. Il résulte de ces dispositions que les collectivités titulaires du droit de préemption urbain peuvent légalement exercer ce droit, d'une part, si elles justifient, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date et, d'autre part, si elles font apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption. En outre, la mise en œuvre de ce droit doit, eu égard notamment aux caractéristiques du bien faisant l'objet de l'opération ou au coût prévisible de cette dernière, répondre à un intérêt général suffisant.
6. D'autre part, aux termes de l'article L. 214-1 du code de l'urbanisme, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le conseil municipal peut, par délibération motivée, délimiter un périmètre de sauvegarde du commerce et de l'artisanat de proximité, à l'intérieur duquel sont soumises au droit de préemption institué par le présent chapitre les aliénations à titre onéreux de fonds artisanaux, de fonds de commerce ou de baux commerciaux. () Le silence du titulaire du droit de préemption pendant le délai de deux mois à compter de la réception de cette déclaration vaut renonciation à l'exercice du droit de préemption. Le cédant peut alors réaliser la vente aux prix et conditions figurant dans sa déclaration. "
7. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que la décision de préemption contestée, après avoir visé les textes applicables, mentionne que " le local se situe sous la Maison des Arbalétriers, vestige historique en plein cœur de ville et que le passage des Arbalétriers est un espace public très fréquenté ". La décision indique également que " le projet du bénéficiaire de la promesse de cession est de maintenir l'activité de Bar Brasserie Restaurant en l'état, activité surreprésentée dans le périmètre du PNRQAD avec plus de 60 restaurants/cafés/brasseries " et que la ville de Saint-Denis " souhaite que soit proposée une offre de restauration innovante et originale sur le secteur ". Au vu de l'ensemble de ces mentions, qui permettent d'identifier la nature de l'opération d'aménagement poursuivie et nonobstant la circonstance que cette décision ne précise pas les motifs pour lesquels la société Le Mets du Roy-Hys ne serait pas en mesure de proposer l'offre de restauration recherchée, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision de préemption attaquée est insuffisamment motivée au regard des exigences posées par les dispositions précitées des articles L. 210-1 et L. 214-1 du code de l'urbanisme.
8. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que le bien préempté se situe dans le périmètre du " plan national de requalification des quartiers anciens " (PNRQAD), initié en 2010 dans le cadre d'une convention entre la commune de Saint-Denis et des partenaires publics et semi-publics. Le schéma de cohérence commerciale de l'établissement public territorial indique en page 6 que les bars et restaurants représentent 28% de l'offre commerciale dans la première couronne parisienne et le rapport de présentation du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de Plaine Commune mentionne, en page 145, que l'offre commerciale souffre d'un déficit de qualité et non de quantité. En outre, les circonstances que la décision attaquée ait été prise la veille de l'expiration du délai réglementaire et que le prix mentionné soit supérieur à celui estimé par les services fiscaux le 28 juin 2021 sont sans influence sur la légalité de cette décision. Par suite, les caractéristiques du projet d'aménagement urbain poursuivi, qui répond à l'un des objets mentionnés à l'article L. 300-1 précité, étaient suffisamment définies à la date de la décision attaquée. En conséquence, le moyen tiré du défaut de réalité du projet sera écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Le Roi du Marché n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 27 juillet 2021 par laquelle le maire de Saint-Denis a préempté un fonds de commerce de " café, bar, brasserie, restauration rapide, point de vente de jeux ou de course ", situé au 1, cour des Arbalétriers à Saint-Denis.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Denis, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que lui réclame la société Le Roi du Marché au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Le Roi du Marché le versement à la commune de Saint-Denis de la somme qu'elle demande, en application de l'article L. 761-1 précité du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par la société Le Roi du Marché est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Denis sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Le Roi du Marché, à la société Le Mets du Roy-Hys et à la commune de Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 19 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Katia Weidenfeld, présidente,
Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,
Mme Marjorie Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.
La rapporteure,
I. Jasmin-Sverdlin
La présidente,
K. Weidenfeld La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026