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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2112425

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2112425

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2112425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 10 septembre 2021 et 25 février 2022, M. A C, représenté par Me Patureau, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et sous la même astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 de ce code ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ces dernières ne prévoient pas le dépôt de la demande de titre de séjour par comparution personnelle de l'étranger en préfecture ;

- en tout état de cause, le manquement à l'obligation de présentation personnelle ne saurait lui être reproché, compte tenu de l'impossibilité de prendre un rendez-vous en ligne via le téléservice ;

- aucune conséquence juridique ne saurait découler de la décision attaquée dès lors qu'elle concerne une demande inexistante, qu'elle n'est pas datée et qu'elle n'a pas été notifié au requérant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer et au rejet de la requête.

Il soutient :

- qu'il a expressément rejeté la demande de titre de séjour de M. C ;

- que les moyens de la requête sont infondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique du 3 janvier 2023.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né en 1981, a sollicité, par courrier reçu en préfecture le 5 février 2021, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 313-14 et du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris aux articles L. 435-1 et L. 423-23. Il demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande.

2. Postérieurement à l'enregistrement de la requête de M. C, le préfet de la Seine-Saint-Denis a expressément rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé, au motif que celui-ci ne s'est pas présenté physiquement en préfecture pour procéder au dépôt de sa demande, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite, se substitue à la première décision. Il en résulte, d'une part, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être regardées comme étant dirigées contre la décision explicite de rejet de sa demande de titre de séjour, laquelle s'est substituée à la décision implicite initialement née du silence gardé par l'administration. D'autre part, contrairement à ce que soutient le préfet, il y a lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, la décision litigieuse vise, notamment, les articles R. 431-2 et R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique qu'en application de ces articles les demandes d'admission exceptionnelle au séjour doivent être effectuées sur présentation du demandeur en préfecture et mentionne que la demande de titre de séjour de M. C ayant été adressée par voie postale, elle doit être rejetée. La décision litigieuse comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et respecte par suite les exigences de motivation de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, d'une part, si le requérant fait valoir que la décision litigieuse est irrégulière au motif qu'elle ne comporte aucune date, le moyen ainsi soulevé, qui ne remet en cause ni l'auteur de l'acte ni sa compétence, est sans incidence sur la légalité de cette décision. D'autre part, la circonstance que la décision n'a pas été notifiée au requérant, même à la supposer établie, est également sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Enfin, la circonstance que la décision attaquée comporte des erreurs de plume concernant la date de naissance du requérant et la date de réception de sa demande est également sans incidence, dès lors notamment que les autres mentions de la décision, à savoir les noms, prénoms, adresse de domiciliation et ville du lieu de naissance du requérant, permettent d'établir sans ambiguïté que la décision litigieuse concerne bien la demande de titre de séjour présentée par M. C. Il suit de là que le moyen tiré du vice de forme doit être écarté dans toutes ses branches.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais codifié aux articles R. 431-2 et R. 431-3 : " Tout étranger, âgé de plus de dix-huit ans ou qui sollicite un titre de séjour en application de l'article L. 311-3, est tenu de se présenter, à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture, pour y souscrire une demande de titre de séjour du type correspondant à la catégorie à laquelle il appartient. / () / Le préfet peut également prescrire : / 1° Que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale ; / () ". Il est constant que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a prévu aucune possibilité de présentation d'une demande de titre de séjour par voie postale sur le fondement des dispositions précitées de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui ne justifie d'aucune impossibilité de se présenter personnellement en préfecture, a adressé sa demande de titre de séjour au préfet de la Seine-Saint-Denis par voie postale, en méconnaissance de la règle de la comparution personnelle prévue par les dispositions de l'article R. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la date de la réception de sa demande par la préfecture de la Seine-Saint-Denis. Par suite, le préfet, pour ce seul motif, pouvait légalement rejeter cette demande.

8. En quatrième lieu, si le requérant soutient qu'en raison de l'indisponibilité de rendez-vous sur un téléservice, il a été contraint d'effectuer sa demande par courrier, il ne justifie cependant d'aucune démarche effective et utile auprès de la préfecture pour l'obtention d'un rendez-vous soit au moyen du téléservice prévu à cet effet, dont l'impossibilité d'utilisation pour des raisons tenant à sa conception ou à son mode de fonctionnement n'est pas attestée au cours de la période précédant le dépôt de sa demande de titre par voie postale, soit par un autre moyen.

9. En cinquième lieu, dès lors que la décision de refus de titre de séjour est fondée à bon droit sur l'absence de comparution personnelle de M. C en préfecture, ce dernier ne peut utilement se prévaloir à l'encontre de la décision attaquée de moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour présentée par voie postale. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2022, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

S. D

Le président,

C. Tukov La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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