vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2112526 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 9ème chambre |
| Avocat requérant | ROQUES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 septembre 2021, Mme B C A, représentée par Me Roques, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, à défaut, de réexaminer sa situation dans le même délai et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; elle est insuffisamment motivée ; sa demande n'a pas été sérieusement examinée ; l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ont été méconnus ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : elle est entachée d'une incompétence de son signataire ; elle est illégale compte tenu de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ; l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été méconnu ; l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ont été méconnus ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : elle doit être annulée en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 5 décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 22 décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre la République française et la République du Cameroun, relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994, publiée par le décret n° 96-1033 du 25 novembre 1996 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- et les observations de Me Matiatou, substituant Me Roques, représentant Mme C A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A, ressortissante camerounaise née le 6 décembre 1989 à Yaoundé, a déposé une demande de titre de séjour le 14 février 2020. Par un arrêté du 6 août 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la décision de refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, par un arrêté n°2021-1836 du 19 juillet 2021, publié au bulletin d'informations administratives spécial de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 19 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E D, signataire de la décision attaquée, pour signer notamment les décisions de refus de titre de séjour en cas d'absence ou d'empêchement des agents la précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision, qui manque en fait, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui constitue le fondement de la demande de titre de séjour, énonce avec une précision suffisante, conformément à l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les considérations de fait qui ont conduit le préfet à prendre la décision litigieuse. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de la requérante.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".
6. Mme C A est la mère d'un enfant né en France, dont le père est un ressortissant français. Pour rejeter sa demande de titre de séjour présentée en qualité de parent d'enfant français, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que la preuve n'était pas apportée que la requérante et le père de l'enfant contribuaient effectivement, chacun d'eux, à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. La requérante soutient qu'elle réside avec sa fille, ce qui n'est pas contesté par le préfet dans l'arrêté attaqué. Elle produit au demeurant un certificat d'hébergement daté du 21 juillet 2021 attestant qu'elle est accueillie avec son enfant depuis le 22 octobre 2019 dans un établissement hôtelier situé à Saint-Ouen. Elle justifie en outre avoir pris en charge des frais de garde de son enfant du mois de septembre 2020 au mois de juin 2021 et avoir accompagné son enfant aux consultations organisées par le service de protection maternelle et infantile du département de la Seine-Saint-Denis. Ainsi, Mme C A établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance dans les conditions fixées par les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En revanche, la requérante n'allègue pas qu'il existerait une communauté de vie entre elle et le père de son enfant. En outre, elle soutient, sans le démontrer, que le père de l'enfant rendrait régulièrement visite à ce dernier. Enfin, depuis la naissance de son enfant, ce n'est qu'épisodiquement que Mme C A a perçu une aide financière de la part du père de cet enfant. Par suite, il n'est pas établi qu'à la date de l'arrêté attaqué le père de l'enfant contribuait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ce dernier. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-7 précité doit être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
8. Mme C A soutient qu'elle séjourne depuis le mois de décembre 2018 en France, où est né son enfant, de nationalité française, avec lequel elle réside, qu'elle travaille et démontre sa volonté d'intégration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle est entrée à l'âge de vingt-neuf ans France, où son ancienneté de séjour était d'environ deux ans et huit mois à la date de l'arrêté attaqué. En outre, il résulte de ce qui est dit au point 6 qu'il n'existe pas de communauté de vie entre la requérante et le père de son enfant, ni de contribution effective du père à l'entretien et à l'éducation de son enfant, ni de maintien de liens entre ces deux derniers. Enfin, la période d'activité professionnelle de la requérante se limite à l'occupation d'un emploi à temps partiel d'auxiliaire de vie scolaire dans le cadre d'un contrat d'insertion conclu pour la période du 1er septembre 2020 au 31 août 2021. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté au droit de cette dernière au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ni, eu égard notamment au jeune âge de l'enfant de la requérante, méconnu l'intérêt supérieur de ce dernier. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3, paragraphe 1, de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, doivent être écartés. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".
10. Mme C A est la mère d'un enfant de nationalité française. Ainsi qu'il est dit au point 6, elle justifie contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant depuis sa naissance. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Il suit de là qu'en édictant la décision en litige le préfet a méconnu ces dispositions.
11. Il résulte de ce qui précède que la requérante est seulement fondée à solliciter l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision subséquente fixant le pays de renvoi contenues dans l'arrêté du 6 août 2021. Il suit de là que ces décisions doivent être annulées sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français implique de délivrer à la requérante une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Par suite il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de remettre sans délai à cette dernière une autorisation provisoire de séjour et de rejeter le surplus de la demande d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme C A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi en date du 6 août 2021 sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de Mme C A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer sans délai à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C A une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Jimenez, présidente,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nour, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
Le rapporteur,
D. F
La présidente,
J. JimenezLa greffière,
S. Séguéla
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026