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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2112701

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2112701

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2112701
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL D'AVOCAT MARTIN & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 15 septembre 2021, 15 décembre 2021 et 11 mai 2022, l'association 18 bis rue Génin, le syndicat des copropriétaires de la rive gauche du 18 bis rue Génin, le comité Porte de Paris, l'union des associations des riverains du stade de France et l'association des habitants, usagers et salariés impactés par le projet de construction Saint-Denis Génin, représentés par Me Robert, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2021, par lequel le maire de la commune de Saint-Denis a délivré à la société par action simplifiée Saint-Denis Génin un permis de construire n° PC 93066 19 A0107 en vue de l'édification de logements, d'une résidence étudiante, d'un établissement recevant du public et d'un restaurant, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Denis une somme de 4 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable et ils ont intérêt et qualité pour agir ;

- il existe d'une décision de rejet tacite faisait obstacle à la délivrance d'un permis de construire ;

- le retrait de cette décision implicite de rejet est illégale ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, dès lors que le second avis de l'architecte des bâtiments de France n'a pas été communiqué au public, que le maître d'ouvrage n'a pas actualisé les héliodons en vue de la consultation du public et que la communication d'héliodons erronés a eu pour effet de priver les requérants d'une garantie essentielle ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que l'architecte des bâtiments de France n'a pas énuméré de prescriptions alors même qu'il reconnaissait une atteinte portée à la mise en valeur de monuments historiques ;

- il est entaché d'une erreur de droit en raison de la hauteur de certains bâtiments composant le projet ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le maire de Saint-Denis a mal évalué les conséquences générées par le projet sur l'augmentation du trafic routier et, de ce fait, sur la qualité de l'air et sur le bruit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de l'impact du projet sur l'ensoleillement des avoisinants ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation résultant du défaut de prise-en-compte du patrimoine bâti mitoyen du projet ;

- il est entaché d'une erreur de droit, dès lors que le maire de la commune de Saint-Denis n'a pas exigé du pétitionnaire qu'il remédie aux problématiques de vue.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 6 avril et 14 juin 2022, la société par actions simplifiée (SAS) Saint-Denis Génin, représentée par Me Raoul, conclut au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge de chaque requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'union des associations des riverains du stade de France et l'association des habitants, usagers et salariés impactés par le projet de construction Saint-Denis Génin (AHUSIP-SDG) ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 21 avril et 28 juin 2022, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Moghrani, conclut au rejet de la requête et, à titre subsidiaire, que soit mise à la charge des requérants la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'aucun requérant ne justifie d'une qualité ou d'un intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code du patrimoine ;

- l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Weidenfeld, présidente-rapporteure ;

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public ;

- et les observations de Me Robert, représentant les associations requérantes, Me Moghrani, représentant la commune de Saint-Denis et Me Raoul, représentant la SAS Saint-Denis Génin, qui ont notamment, à cette occasion, été invités à présenter des observations sur l'éventualité d'un sursis à exécution.

Des notes en délibéré ont été enregistrées respectivement pour les requérants le 1er décembre 2022, pour la société pétitionnaire le 2 décembre 2022 et pour la commune de Saint-Denis le 16 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 mars 2021, le maire de la commune de Saint-Denis a accordé à la SAS Saint-Denis Génin un permis de construire, assorti de prescriptions, pour la construction de 168 logements, d'une résidence étudiante de 96 chambres, d'un établissement recevant du public de type M 3e catégorie et d'un restaurant, pour une surface totale de plancher de 17 128 m², sur un terrain situé au 20, rue Génin. Par la présente requête, l'association 18 bis rue Génin et plusieurs autres associations et syndicats demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les fins de non recevoir soulevées en défense :

2. En l'absence, dans les statuts d'une association, de stipulation réservant expressément à un autre organe la capacité de décider de former une action devant le juge administratif, celle-ci est régulièrement engagée par l'organe tenant des mêmes statuts le pouvoir de représenter en justice cette association. Dans le silence des statuts sur ce point, l'action ne peut être régulièrement engagée que par l'assemblée générale.

3. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que les statuts de l'association 18 bis rue Génin ne comportent aucune précision quant au pouvoir de décider de former une action en justice en son nom, d'autre part, que le 25 juillet 2021, son assemblée générale a donné mandat à la présidente de l'association afin d'agir devant les juridictions administratives contre l'arrêté du 23 mars 2021 accordant un permis de construire à la SAS Saint-Denis Génin. Par suite, la commune de Saint-Denis n'est pas fondée à soutenir que le représentant de l'association 18 bis rue Génin, dont l'intérêt à agir n'est pas débattu, n'aurait pas qualité pour agir contre ce permis. Dès lors, et sans qu'il y ait lieu de rechercher si les autres demandeurs peuvent justifier d'une qualité leur donnant intérêt à agir, la requête est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la qualification de la décision attaquée :

4. Les requérants soutiennent que la décision attaquée du 23 mars 2021 procède au retrait d'une décision implicite de refus née le 17 juin 2020 ou le 19 novembre 2020, en violation des dispositions de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration qui impartit à l'administration un délai de quatre mois suivant l'édiction de l'acte non créateur de droits illégal pour le retirer.

5. Toutefois, à supposer même qu'une décision implicite de rejet soit née avant l'intervention de la décision litigieuse, celle-ci devrait être regardée comme ayant pour objet non de la retirer mais de procéder à son abrogation, laquelle pouvait intervenir, conformément à l'article L. 243-1 du code des relations entre le public et l'administration, pour tout motif et sans condition de délai. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 243-3 de ce même code doit être écarté comme inopérant.

6. Au surplus, d'une part, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le délai dont disposait le pétitionnaire pour compléter son dossier, à la suite de la demande formulée par la mairie de Saint-Denis le 6 janvier 2020, a été prorogé par l'ordonnance n°2020-306 du 25 mars 2020 dans les conditions prévues par son article 2, et non par son article 12 ter qui concerne l'instruction des demandes d'urbanisme par l'administration. D'autre part, il ressort des termes mêmes de l'avis rendu par l'architecte des bâtiments de France le 5 août 2020 que celui-ci ne formulait expressément aucune prescription faisant obstacle à la naissance d'une décision implicite d'acceptation. Dans ces conditions, aucune décision implicite de refus n'est née du silence gardé par l'administration sur la demande formée par la SAS Saint-Denis Génin et le moyen soulevé doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne l'irrégularité de la procédure de participation du public :

7. Aux termes de l'article L. 123-19 du code de l'environnement relatif à la procédure de participation du public applicable aux projets qui, comme en l'espèce, ont fait l'objet d'une évaluation environnementale et sont exemptés d'enquête publique : " I. La participation du public s'effectue par voie électronique. () II. Le dossier sumis à la présente procédure comprend les mêmes pièces que celles prévues à l'article L. 123-12 [relatif à l'enquête public] ". L'article R. 123-8 du même code précise que " Le dossier souis à l'enquête publique comprend les pièces et avis exigés par les législations et réglementations applicables au projet, plan ou programme. / Le dossier comprend au moins : 1° Lorsqu'ils sont requis, l'étude d'impact et son résumé non technique, le rapport sur les incidences environnementales et son résumé non technique () l'avis de l'autorité environnementale () ainsi que la réponse écrite du maître d'ouvrage à l'avis de l'autorité environnementale ; / () 4° Lorsqu'ils sont rendus obligatoires par un texte législatif ou réglementaire préalablement à l'ouverture de l'enquête, les avis émis sur le projet, plan ou programme () ". Les inexactitudes, omissions ou insuffisances d'un dossier de participation du public ne sont susceptibles de vicier la procédure, et donc d'entraîner l'illégalité de la décision prise après la réalisation de cette enquête publique que si elles ont pu avoir pour effet de nuire à l'information complète de la population ou si elles ont été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

8. En premier lieu, ni ces dispositions, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire ne prévoient que l'avis de l'architecte des bâtiments de France doive être rendu préalablement à l'ouverture de la participation du public. Il s'ensuit que les requérants ne peuvent utilement soutenir que le dossier soumis au public aurait dû comprendre le second avis rendu par l'architecte des bâtiments de France le 16 février 2021.

9. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que la présence du premier avis, rendu par ce même architecte le 5 août 2020, a induit le public en erreur quant à la protection que cette autorité apporterait au patrimoine voisin du projet, ils n'en justifient pas, alors que l'avis du 5 août 2020 ne formulait, comme il a été dit, aucune prescription et que les participants à l'enquête ont manifesté leur opposition à l'impact paysager du projet. Dans ces conditions, le fait d'avoir joint le premier avis de l'architecte des bâtiments de France au dossier de participation du public n'a pas, en tout état de cause, eu pour effet de nuire à l'information complète de la population et été de nature à exercer, par voie de conséquence, une influence sur la décision de l'autorité administrative.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 122-5 du code de l'environnement, l'étude d'impact d'un projet qui, comme il a été dit au point 7, doit être jointe au dossier de participation du public, contient : " 1° Une analyse de l'état initial de la zone et des milieux susceptibles d'être affectés par le projet ()/ 3° Une analyse des effets négatifs et positifs, directs et indirects () du projet sur l'environnement, en particulier sur les éléments énumérés au 2° et sur la consommation énergétique, la commodité du voisinae (bruits, vibrations, odeurs, émissions lumineuses), l'hygiène, la santé, la sécurité, la salubrité publique ainsi que l'addition et l'interaction de ces effets entre eux ".

11. Si ces dispositions imposent, s'agissant d'un projet relatif à un immeuble d'une hauteur significativement plus élevée qu'une partie du bâti avoisinant, que soit analysé son effet sur l'ensoleillement du voisinage, elles ne prescrivent pas que des héliodons avec et sans projet soient réalisés. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le dossier était incomplet en l'absence d'héliodons correspondant à la situation actuelle. Par ailleurs, la circonstance que les héliodons " avant projet " réalisés en réponse à l'avis de l'autorité environnementale étaient erronés n'a pas été de nature à nuire à l'information complète de la population qui était en mesure de constater, par elle-même, la réalité de l'ensoleillement actuel du quartier. Enfin, si la décision attaquée mentionne que l'impact du projet en matière d'ensoleillement est limité, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce constat présenterait un caractère erroné, pour les motifs indiqués au point 29, et, par conséquent, que les inexactitudes du dossier de participation du public sur ce point auraient été de nature à exercer une influence sur la décision de l'autorité administrative.

En ce qui concerne l'avis de l'architecte des bâtiments de France du 5 août 2020 :

12. Aux termes de l'article L. 631-2 du code du patrimoine, " Les travaux susceptibles de modifier l'aspect extérieur d'un immeuble, bâti ou non bâti, protégé au titre des abords sont soumis à une autorisation préalable. / L'autorisation peut être refusée ou assortie de prescriptions lorsque les travaux sont susceptibles de porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur d'un monument historique ou des abords ".

13. Les requérants font valoir que l'avis émis par l'architecte des bâtiments de France le 5 août 2020 est irrégulier dans la mesure où après avoir constaté que des prescriptions devraient être formulées, il n'en mentionnait aucune. Toutefois, il est constant que le projet ayant été modifié au cours de l'année 2020, l'architecte des bâtiments de France a été à nouveau saisi et a rendu un nouvel avis favorable sans prescription le 16 février 2021 qui s'est substitué au premier avis émis. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'avis émis par l'architecte des bâtiments de France le 5 août 2020 est irrégulier doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la hauteur du bâtiment Belvédère :

14. Lorsqu'un permis de construire est entaché d'illégalités au regard des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol en vigueur à la date de la décision litigieuse mais qu'au regard des dispositions en vigueur à la date à laquelle le juge statue, il ne présente plus les vices dont il était initialement entaché, les irrégularités relatives à son bien fondé ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui du recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis.

15. D'une part, dans la zone UP33M où se situe le projet, le plan local d'urbanisme intercommunal prévoit (p. 60) : " Sauf indication au plan graphique, la hauteur maximale autorisée sur rue est conditionnée par la largeur de la voie privée ouverte à la circulation publique ou la voie ou l'emprise publique actuelle ou projetée au droit de la construction entre les deux limites séparatives du terrain ". Le tableau qui suit précise notamment qu'en présence d'une largeur de voie supérieure ou égale à 30 mètres, le nombre maximum de niveaux s'établit à R+14.

16. D'autre part, le lexique du plan local d'urbanisme intercommunal, dans sa version en vigueur à la date du présent jugement, définit la voie comme " un espace qui dessert plusieurs propriétés et qui comporte des aménagements permettant la circulation des véhicules. Elle comprend la chaussée, les trottoirs, les aménagements cyclables. Sont considérées comme voies pour l'application du règlement des zones urbaines : () le canal de Saint-Denis en tant que voie publique navigable, intégrant la voie d'eau ainsi que ses berges ".

17. Il est constant que l'ensemble constitué par la voie Quai du Square, le canal de Saint-Denis et la berge a une largeur supérieure à 30 mètres. Par suite, les requérants ne peuvent utilement invoquer la circonstance que ce document d'urbanisme, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, ne prévoyait pas expressément que le canal de Saint-Denis et ses berges devaient être considérées comme des voies. Il en résulte qu'ils ne sont pas fondés à soutenir que le bâtiment Belvédère, qui est composé de deux colonnes édifiées en R+13 et reliées par une construction en R+10, dépasserait la hauteur et le nombre maximum de niveaux autorisés par le plan local d'urbanisme intercommunal.

En ce qui concerne l'interdiction des vues en limite séparative hors du secteur de continuité :

18. Aux termes de l'article 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal applicable au secteur d'implantation du projet, hors du secteur de continuité, " seules les façades exemptes de vue d'une construction peuvent être édifiées en limite séparative ".

19. D'une part, les dispositions citées ci-dessus ne concernent que les façades édifiées en limite séparative. Par suite, les requérants ne peuvent utilement faire valoir que certaines terrasses et balcons des constructions des " Squares " implantés perpendiculairement à la limite séparative créeraient des vues sur les pavillons de l'impasse Génin.

20. D'autre part, il est constant que les façades de ces constructions implantées en limite séparative ne comportent pas de baies. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les toits terrasses de ces bâtiments, qui constituent la partie sommitale des façades, sont accessibles et sont ainsi susceptibles de créer des vues sur les parcelles voisines. Si le pétitionnaire soutient que des espaces végétalisés sont prévus sur ces toitures en bordure des limites séparatives, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette végétalisation serait, compte tenu de son positionnement, de sa qualité et de sa hauteur, de nature à obstruer la vue. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que les toitures terrasses accessibles des bâtiments dits les " Squares " implantés en limite séparative méconnaissent l'article 2.2.3 du règlement du plan local d'urbanisme précité.

En ce qui concerne la méconnaissance des fiches patrimoine du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal :

21. En premier lieu, il ressort des termes de la fiche STD 183 relative à l'ensemble de maisons formant une voie privée en impasse dont l'entrée est située au 18bis rue Génin, que les prescriptions qu'elle prévoit ne concernent que les travaux réalisés sur ces maisons et les clôtures. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les travaux litigieux ne seraient pas conformes à cette protection patrimoniale.

22. En deuxième lieu, aux termes de la fiche STD 200 relative aux maisons de bourg et immeubles édifiés 4-11 rue Lorget, 2-8 et 14 rue Génin, 5-12 rue Raspail, 7 et 12-28 rue Samson, 1-7 passage du Canal, 6-16 passage Meunier et Espace M. A, " concernant les 4, 6, 7 et 8 rue Lorget, les 6 et 8 rue Raspail et les 4 et 8 rue Génin (.) Dans le cadre de nouveaux projets pour de nouvelles constructions en mitoyenneté avec ces bâtiments, le gabarit du bâtiment projeté ne devra pas dépasser celui du bâtiment existant afin de ne pas l'écraser. Dans des séquences où les gabarits ne sont pas homogènes (ligne de faîtage des immeubles non continus), il peut même être judicieux d'être légèrement plus bas (un demi-niveau) que le bâtiment existant pour favoriser sa mise en valeur. Lorsque sur une séquence la ligne de faîtage entre plusieurs bâtiments est continue, il conviendra dans ce cas de reprendre les mêmes gabarits ".

23. Si le projet litigieux prévoit l'édification d'une construction adjacente au passage du canal, qui est répertorié par la fiche STD 200, il est en revanche constant qu'aucun des bâtiments projetés n'est en mitoyenneté avec ceux de la rue Lorget, de la rue Raspail et de la rue Génin. Par suite, les requérants ne peuvent utilement invoquer les prescriptions citées ci-dessus.

En ce qui concerne l'application de la séquence " éviter, réduire et compenser " :

24. Aux termes de l'article L. 122-1 du code de l'environnement : " II. - Les projets qui, par leur nature, leurs dimensions ou leur localisation, sont susceptibles d'avoir des incidences notables sur l'environnement ou la santé humaine font l'objet d'une évaluation environnementale ()/ IV. - L'évaluation environnementale est un processus constitué de l'élaboration, par le maître d'ouvrage, d'un rapport d'évaluation des incidences sur l'environnement, dénommé ci-après étude d'impact, de la réalisation des consultations prévues à la présente section, ainsi que de l'examen, par l'autorité compétente pour autoriser le projet, de l'ensemble des informations présentées dans l'étude d'impact et reçues dans le cadre des consultations effectuées et du maître d'ouvrage. L'évaluation environnementale permet de décrire et d'apprécier de manière appropriée, en fonction de chaque cas particulier, les incidences notables directes et indirectes d'un projet sur les facteurs suivants : 1°La population et la santé humaine ; ()/ 3° Les terres, le sol, l'eau, l'air et le climat /4° Les biens matériels, le patrimoine culturel et la paysage () ". L'article L. 122-1-1 du même code prévoit que " L'autorité compétente pour autoriser un projet soumis à évaluation environnementale prend en considération l'étude d'impact, l'avis des autorités mentionnées au V de l'article L. 122-1 ainsi que le résultat de la consultation du public ()/ La décision de l'autorité compétente est motivée au regard des incidences notables du projet sur l'environnement. Elle précise les prescriptions que devra respecter le maître d'ouvrage ainsi que les mesures et caractéristiques du projet destinées à éviter les incidences négatives notables, réduire celles qui ne peuvent être évitées et compenser celles qui ne peuvent être évitées ni réduites. Elle précise également les modalités du suivi des incidences du projet sur l'environnement ou la santé humaine ".

25. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le projet autorisé par le permis de construire est soumis à évaluation environnementale, le permis de construire doit, à peine d'illégalité, être assorti, le cas échéant, des prescriptions spéciales imposant au maître d'ouvrage, en plus de celles déjà prévues par la demande, les mesures appropriées et suffisantes pour assurer le respect du principe de prévention, destinées à éviter, réduire et compenser les effets négatifs notables du projet de construction ou d'aménagement sur l'environnement ou la santé humaine et, d'autre part, les mesures de suivi, tant des effets du projet sur l'environnement que des mesures destinées à éviter, réduire et compenser ces effets.

26. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'étude d'impact, que le projet aura un impact limité sur les trafics moyens journaliers qui pourra néanmoins atteindre 1 100 véhicules supplémentaires par jour dans la partie nord du boulevard Anatole France et à l'intersection de la rue Genin. Il est constant que ces voies connaissent d'ores et déjà une circulation dense et un niveau de pollution au dioxyde d'azote qui, selon cette même étude, devrait dépasser en 2030 non seulement l'objectif de qualité, également dépassé pour les particules, mais aussi les valeurs limites pour la protection de la santé humaine (volet 4, p. 92). Par ailleurs, ainsi que l'a relevé l'autorité environnementale, il est constant que le projet a pour effet d'exposer une population nouvelle à une qualité de l'air dégradée et induit de ce fait, indépendamment de l'augmentation des émissions des polluants, des effets négatifs notables sur la santé humaine. Enfin, il n'est pas contesté que si de nombreux projets d'aménagement routier sont prévus dans le quartier, ceux-ci ne devraient pas diminuer la circulation au droit du projet boulevard Anatole France où, selon les prévisions de l'étude d'impact (volet 4, p. 34), le trafic moyen journalier devrait s'établir à long terme à 21 843 véhicules, contre 5 690 actuellement.

27. D'autre part, si le projet prévoit la création de surfaces commerciales en rez-de-chaussée sur le boulevard Anatole France, une telle mesure ne peut être regardée comme de nature à éviter les incidences de la pollution au droit de cette voie dès lors qu'il n'est pas justifié que le dioxyde d'azote ne se propagerait pas aux étages supérieurs. Par ailleurs, les personnes fréquentant régulièrement ces surfaces commerciales, y compris pour de brèves durées, seront exposées à un risque pour leur santé en cas de dépassement répété de la valeur limite de concentration moyenne horaire. En outre, le front bâti du boulevard Anatole France ne peut être regardé comme une mesure d'évitement ayant pour effet, comme le relève le pétitionnaire lui-même dans son dernier mémoire en défense, " d'isoler totalement les bâtiments situés en retrait du boulevard Anatole France de toute problématique liée à la qualité de l'air ", dès lors que doivent y être édifiés des locaux à usage d'habitation. Enfin, comme il a été dit, si l'étude d'impact conclut, à long terme, à une diminution de moitié du trafic sur la partie sud du boulevard Anatole France, elle prévoit au contraire une augmentation très significative de la circulation dans sa partie nord qui, si elle n'est pas liée au projet lui-même, doit être prise en considération dans la mesure où ce dernier augmente sensiblement la population qui y sera confrontée quotidiennement. Dans ces conditions, eu égard au caractère lacunaire des mesures prévues par le projet pour éviter que les personnes fréquentant ou habitant le bâtiment donnant sur le boulevard Anatole France ne soient exposées à des concentrations en dioxyde d'azote dépassant les valeurs réglementaires limites et à l'absence de mesures de réduction et de compensation, les requérants sont fondés à soutenir que le maire de Saint-Denis a entaché sa décision d'illégalité en ne formulant pas de prescriptions spéciales à cet égard.

28. En deuxième lieu, il est constant que le projet se situe dans un environnement bruyant en raison de sa proximité avec de grandes infrastructures routières et que le bruit constitue un des principaux enjeux environnementaux identifiés par la Mission régionale d'autorité environnementale. Toutefois, le dossier de permis de construire ne comporte aucune analyse du niveau initial de pollution sonore du secteur. Si, en réponse à la demande de l'autorité environnementale de préciser ce point, le maître d'ouvrage a indiqué que la complexité du projet et du quartier y faisait obstacle, ces explications ne suffisent pas à justifier l'absence totale d'indication chiffrée sur le volume sonore existant actuellement sur la zone considérée. Par ailleurs, les défendeurs, qui se bornent à faire valoir que le projet aura un impact négligeable sur l'ambiance sonore du site, alors que l'incidence du différentiel, même extrêmement limité, est fonction du niveau originel, n'apportent aucun élément sur les conséquences de l'exposition d'une population nouvelle au bruit, particulièrement s'agissant de la résidence étudiante et des logements sociaux donnant sur le boulevard Anatole France sur lequel une forte augmentation de la circulation est prévue à long terme. A cet égard, comme il a été dit, la circonstance qu'un grand nombre de logements se trouvent relativement protégés des émissions sonores par le front bâti constitué par les immeubles donnant sur le boulevard Anatole France ne peut être regardé comme une mesure d'évitement pertinente dans la mesure où ces immeubles sont également destinés à être habités. En outre, en l'absence d'analyse du niveau actuel de bruit, il ne ressort pas des pièces du dossier que les mesures d'isolation des façades prévues par le pétitionnaire, avec un objectif variant de 30 à 39 decibels (volet 4, p. 96) seraient appropriées et suffisantes. Enfin, si l'arrêté litigieux prescrit au maître d'ouvrage d'étudier des mesures de réduction de l'impact sonore plus ambitieuses et de réaliser un relevé des niveaux de bruit notamment l'été une fois les travaux achevés, il ne comporte aucune prescription contraignante quant aux conséquences devant être attachées à de telles études et constats. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée est entachée d'illégalité en tant qu'elle ne comporte pas de prescriptions spéciales imposant -sans se contenter de recommander- au maître d'ouvrage de réaliser les analyses mentionnées ci-dessus avant l'achèvement des travaux et, le cas échéant, de modifier les techniques de construction, voire l'implantation et l'usage des différents bâtiments, afin de limiter les conséquences dommageables pour la santé humaine de l'exposition au bruit de populations nouvelles et, dans l'hypothèse où les volumes sonores seraient déjà très élevés, de l'augmentation, même extrêmement limitée, de ceux-ci.

29. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le projet aura pour effet de réduire fortement l'ensoleillement des pavillons de l'impasse Génin et de la résidence étudiante existant rue Génin. Contrairement à ce que soutiennent les défendeurs, la perte d'ensoleillement ne constitue pas seulement un préjudice d'agrément, mais doit être prise en considération en termes d'hygiène, de salubrité et de consommation énergétique des bâtiments concernés. Toutefois, eu égard au caractère limité à quelques immeubles avoisinants de cet impact du projet, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'absence de mesures destinées à éviter, réduire ou compenser cette incidence négative, mais non notable, pour l'environnement serait de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée.

30. En quatrième lieu, les requérants soutiennent que la construction projetée a un impact négatif sur le patrimoine bâti environnant. Toutefois, la seule circonstance que deux ensembles situés à proximité immédiate sont identifiés par le plan local d'urbanisme intercommunal de Plaine Commune comme patrimoine remarquable et que le projet rompt avec ces derniers par son gabarit et son architecture contemporaine ne suffit pas à établir l'existence d'une telle incidence.

Sur la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

31. Il résulte de tout ce qui précède que le permis de construire contesté n'est illégal qu'en tant, d'une part, que le maire de Saint-Denis ne l'a pas assorti de prescriptions spéciales imposant à la SAS Saint-Denis Génin les mesures appropriées et suffisantes pour assurer le respect du principe de prévention en ce qui concerne l'exposition de nouvelles populations à des pollutions atmosphériques et sonores, d'autre part, que les toitures terrasses accessibles des constructions dites les " Squares " implantées en limite séparative ne sont pas nanties de dispositifs, végétalisés ou non, obstruant la vue. Ces illégalités sont susceptibles d'être régularisées par la délivrance d'un permis de régularisation. Il y a donc lieu de surseoir à statuer et d'accorder à la SAS Saint-Denis Génin un délai de six mois pour justifier du permis de construire destiné à régulariser ces vices.

32. Il y a lieu de réserver tous droits et moyens des parties, sur lesquels il n'a pas été expressément statué par ce jugement, jusqu'en fin d'instance.

DECIDE :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la légalité du permis de construire n° PC 93066 19 A0107 pour permettre à la SAS Saint-Denis Génin d'obtenir le permis de construire régularisant les vices mentionnés aux paragraphes 20, 27 et 28, dans les conditions mentionnées au point 31.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association 18bis rue Génin, au syndicat des copropriétaires de la rive gauche du 18 bis rue Génin, au comité Porte de Paris, à l'union des associations des riverains du stade de France et l'association des habitants, usagers et salariés impactés par le projet de construction Saint-Denis Génin, à la commune de Saint-Denis, à la SAS Saint-Denis Génin et au préfet de la Seine-Saint-Denis

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Weidenfeld, présidente,

Mme Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La présidente-rapporteure,La première assesseure, K. WeidenfeldI. Jasmin-Sverdlin

La greffière

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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