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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2113141

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2113141

lundi 16 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2113141
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantTRUGNAN BATTIKH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2021, M. A C, représenté par Me Trugnan Battikh, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous une astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée de défaut de motivation et d'examen sérieux ;

- elle est entachée d'erreur de fait, elle a été prise en méconnaissance de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée de défaut de motivation et d'examen sérieux ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu en audience publique.

Une note en délibéré présentée par M. C a été enregistrée le 19 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant ivoirien né le 25 octobre 2001, a déposé le 16 octobre 2020 une demande de titre de séjour en qualité de jeune majeur pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Par un arrêté du 29 avril 2021, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 17 janvier 2022, M. C a obtenu l'aide juridictionnelle. Par suite, il n'y a plus lieu de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-0796 du 7 avril 2021, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 8 avril 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme E D, chef du pôle refus de séjour et interventions, à l'effet de signer les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des ressortissants étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, le préfet a notamment visé les articles L. 313-10 et L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que le 7° de son article L. 313-11 et a explicité les raisons pour lesquelles il a estimé que la situation de M. C, en considération notamment de ses perspectives d'insertion professionnelle, ne justifiait pas de lui délivrer un titre de séjour. La contestation, par M. C, de la véracité des mentions de la décision attaquée n'est pas de nature à caractériser un défaut de motivation. Il s'ensuit que la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré par le requérant de ce qu'elle serait entachée de défaut de motivation ou de défaut d'examen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 435-3 : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé. ".

6. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

7. Si M. C fait valoir que le préfet s'est mépris en mentionnant qu'il ne justifiait d'aucune inscription scolaire à l'appui de sa demande, d'une part, les inscriptions que l'intéressé fait valoir au sein d'un dispositif Masterclass " Initiative pour l'emploi des jeunes " du 7 janvier au 31 décembre 2019, puis, à compter de la rentrée 2020/2021, au sein du dispositif " PRIC " dans le cadre duquel il a suivi des cours de remise à niveau, ne revêtent pas le caractère d'une formation destinée à apporter une qualification professionnelle au sens des dispositions précitées de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, si M. C justifie avoir suivi une formation en vue d'obtenir le certificat d'aptitude professionnelle de " menuisier installateur ", il ressort tant des pièces du dossier que des écritures même du requérant qu'il n'a débuté cette formation qu'au mois de mars 2021, soit moins de six mois avant la date de la décision attaquée. Ainsi, la condition tenant au suivi, depuis au moins six mois, d'une formation destinée à apporter une qualification professionnelle n'était pas davantage remplie à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, en dépit des appréciations favorables dont M. C fait l'objet, y compris dans le cadre de sa formation en vue de l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle, dont il a été admis à poursuivre la seconde année d'étude, et du fait que sa mère est décédée dans son pays d'origine, ainsi que cela ressort notamment de la note sociale établie par l'association Aurore, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de l'admettre au séjour à titre exceptionnel sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision attaquée n'est pas davantage entachée d'erreur de fait.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2 Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. C fait valoir qu'il est arrivé en France au mois d'octobre 2016, alors âgé de 16 ans, qu'il y réside ainsi habituellement depuis cinq ans, qu'il y a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, a bénéficié d'un suivi socio-éducatif, qu'il a suivi des cours de français, qu'il s'est inscrit dans des dispositifs favorisant son insertion en France, notamment au plan professionnel, et qu'il s'est inscrit aux cours de certificat d'aptitude professionnelle " menuisier installateur ". Il fait également valoir qu'il n'a plus d'attache en Côte d'Ivoire dans la mesure où sa mère, la seule avec laquelle il était en relation, y est décédée. Cependant, alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 7 que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'admettre M. C au séjour sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des pièces du dossier et notamment de la note sociale précitée que l'intéressé n'est entré en France qu'en mai 2018. Il s'ensuit que les attaches et les intérêts dont M. C se prévaut en France ne sont pas suffisamment significatifs pour considérer que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes du dixième alinéa du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais repris à l'article L. 613-1 : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III. ".

11. Dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée et que la décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée sur son fondement n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte, le moyen tiré par le requérant de ce que la décision attaquée serait entachée d'insuffisance de motivation doit être écarté.

12. En deuxième lieu, dès lors que les moyens dirigés par le requérant contre la décision portant refus de séjour ne sont pas fondés, son moyen tiré l'illégalité, par la voie de l'exception, de cette décision, doit être écarté.

13. En troisième lieu, les moyens tirés par le requérant de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 7 et 9.

Sur la décision fixant le pays de destination :

14. En premier lieu, dès lors que les moyens dirigés par M. C contre la décision portant obligation de quitter le territoire français ne sont pas fondés, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

15. En dernier lieu, il ne ressort en tout état de cause pas des pièces du dossier que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte, et celles présentées sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. C à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Trugnan Battikh.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2023.

La rapporteure,

M. Parent

Le président,

A. Myara La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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